Home > Charisme > Dossier « Charisme » (6) : La CDF se prononce sur les charismes

Dossier « Charisme » (6) : La CDF se prononce sur les charismes

La Congrégation pour la doctrine de la foi défend le caractère personnel de tout charisme et invite à ne pas considérer les mouvements comme des « ressources indifférenciées ». C’est ce que le document « L’Eglise rajeunit » enseigne, en insistant également sur l'autorité des évêques. Aprouvé par le pape, il a été présenté le 14 juin dernier par les cardinaux Gerhard Müller, préfet de la doctrine de la foi, et Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques. En voici un résumé.

Ascension, icône de Kiko Argüello. Devant la mère marquée par les douleurs de la passion, les apôtres sont invités à tourner leurs yeux vers le Christ. 
 

Un rappel ecclésiologique

Les dons charismatiques en vue de la mission

En comprenant l’Église à la lumière de la Trinité comme « communion pour la mission » (§1), ce document adressé aux évêques montre que dons hiérarchiques et dons charismatiques sont au service de « la pleine participation des fidèles à la communion et à la mission évangélisatrice » de l’Eglise (§13). Bien qu’on doive distinguer la structure sacramentelle des dons charismatiques et qu’il soit rappelé la primauté de la succession apostolique, leur relation mutuelle « confirme la coessentialité des dons hiérarchiques – en soi stables, permanents et irrévocables – et des dons charismatiques » (§13). Le document précise en outre : « Bien que les formes historiques prises par ces derniers ne soient jamais garanties pour toujours, la dimension charismatique ne peut jamais être absente de la vie et de la mission de l’Église » (§13). En effet, les charismes « distribués librement par l’Esprit Saint » (§15) sont donnés « afin que la grâce sacramentelle porte du fruit dans la vie chrétienne de façon diversifiée et à tous ses niveaux » (§15).

Les critères de discernement

Par ailleurs, complétant ceux déjà donnés par Jean Paul II[1], le document précise les critères d’ecclésialité des charismes (§18) :

  • Primat de la vocation de chaque chrétien à la sainteté.
  • Engagement dans la diffusion missionnaire de l’Évangile. 
  • Confession de la foi catholique. 
  • Témoignage d’une réelle communion avec toute l’Église. 
  • Estime et reconnaissance pour la complémentarité réciproque d’autres composantes charismatiques dans l’Église. 
  • Acceptation des moments d’épreuve dans le discernement des charismes. 
  • Présence de fruits spirituels.
  • Dimension sociale de l’évangélisation. 

Les deux points capitaux du document

Outre le rappel du rôle de l’évêque et de la relation entre l’Eglise universelle et l’Eglise particulière, deux points sont à souligner particulièrement : la lumière donnée sur la nature d’un charisme, ainsi que l’exhortation finale.

Les charismes partagés

Tout d’abord, le point numéro 16 affirme que les charismes partagés ou non possèdent toujours un caractère personnel :

Les dons charismatiques « sont donnés à une personne déterminée, mais ils peuvent être partagés par d’autres, de sorte qu’ils se maintiennent à travers le temps comme un héritage vivant et précieux, qui engendre une affinité spirituelle particulière entre de nombreuses personnes » (Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, 24). La relation entre le caractère personnel du charisme et la possibilité d’y participer exprime un élément décisif de sa dynamique, en tant qu’elle concerne le rapport qui, au sein de la communion ecclésiale, lie toujours la personne et la communauté. Dans la pratique, les dons charismatiques peuvent engendrer des affinités, des proximités et des parentés spirituelles à travers lesquelles le patrimoine charismatique est partagé et approfondi, à partir de la personne du fondateur, en donnant vie à de vraies familles spirituelles. Sous leurs diverses formes, les associations ecclésiales se présentent comme des dons charismatiques partagés. Les mouvements ecclésiaux et les nouvelles communautés montrent comment un charisme originaire déterminé peut agréger des fidèles et les aider à vivre pleinement leur propre vocation chrétienne et leur propre état de vie, au service de la mission ecclésiale. Les formes concrètes et historiques de ce partage peuvent être en soi différenciées, raison pour laquelle, à partir d’un charisme originaire, fondateur, peuvent exister diverses fondations, comme le montre l’histoire de la spiritualité.

C'est donc parce qu'il est partagé par d'autres au point de susciter une nouvelle famille spirituelle qu'un charisme personnel donné à un fondateur « se présente » comme un « charisme originaire ou fondateur ». Lorsque c'est le cas, cela implique alors une « reconnaissance spécifique » de la part de l’autorité ecclésiastique (§17). 

La double exhortation finale

Après avoir développé la relation entre les dons charismatiques et les états de vie au sein de l’Eglise universelle et particulière, le document débouche sur un double rappel d’une importance capitale, dont le deuxième terme est mieux connu que le premier :

« Du point de vue de la relation entre dons hiérarchiques et dons charismatiques, il est nécessaire de respecter deux critères fondamentaux à considérer de façon inséparable : a) le respect des particularités charismatiques des associations ecclésiales particulières, en évitant des montages juridiques forcés qui atrophient la nouveauté dont l’expérience spécifique est porteuse. Ainsi, on évitera que les différents charismes puissent être considérés comme une ressource indifférenciée à l’intérieur de l’Église. b) Le respect du regimen ecclésial fondamental, en favorisant l’insertion efficace des dons charismatiques dans la vie de l’Église universelle et particulière, et en évitant que la réalité charismatique soit conçue de manière parallèle à la vie ecclésiale, sans référence organique aux dons hiérarchiques. (§ 23). 

Le document conclut avec une référence à Marie qui « a su parfaitement accueillir et faire fructifier les grâces singulières dont elle a été enrichie de manière surabondante par la très sainte Trinité » (§24).

(Source)

Vous aimerez aussi
« L’art c’est l’espérance et l’affection qui parfume les douleurs des hommes »
Ukraine : rencontre avec le père Alexandre, orthodoxe
Noël en Provence : les santons aussi sont des maîtres “ès gratuité”
Pèlerinage à Rome des personnes de la rue : témoignage

1 Commentaire

  1. bekeongle

    Voilà qui a le mérite d'être clair ! Et qui devrait faciliter la compréhension par certains de ce que sont ces charismes, de leur fécondité ecclésiale, de leur diversité, de leur nécessaire insertion dans la vie de l'Eglise sans laquelle ils n'existeraient tout simplement pas car on retrouverait alors le drame qui affecte nos amis protestants.

    Chez eux, en effet, l'absence de Magistère a provoqué une multiplication invraisemblable de branches, en raison des divergences parfois minimes, parfois fortes, entre les membres de certaines communautés : dans le livre "Rome, sweet Home", l'auteur parle de 25000 ! depuis Luther ….. 

    Mais, non moins clairement, JP II comme Benoît XVI ont mis clairement les pasteurs en garde contre le danger d'uniformisation : or on pourrait multiplier les exemples de ce que la CEF est capable de faire dans ce domaine, le dernier avatar touchant la Communauté des Saints Apôtres inspirée par le Père Zanotti, et qui vient de se faire virer de Belgique ….Au motif pathétique que ce sont des prêtres et des séminaristes français et que, vous comprenez, on ne peut quand même pas enlever tous ces gens à la France qui est déjà dans le besoin (elle qui va garder dans le même temps des séminaristes et des prêtres africains ou  d'autres contrées qui, certainement, n'en n'ont évidemment pas besoin !!!!! si le sujet n'était pas si grave, on en pleurerait de rire, non ?)