Home > Cinéma, Théâtre > Cheyenne Carron : La chute des hommes

Cheyenne Carron : La chute des hommes

Après L'Apôtre (2014) et Patries (2016), la réalisatrice Cheyenne Carron annonce la sortie de La chute des hommes, prévue pour novembre. Abordant la recherche d’identité, la radicalisation, la chute et la grâce, elle assume courageusement dans son film les questions de notre société vis à vis de l'islam. Entretien exclusif. 

Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser ce film ? Que cherchiez-vous ?

En France nous vivons beaucoup d’attentats depuis quelques d’années.. c’est devenu presque notre quotidien, alors m’emparer de ce sujet, c’est simplement traiter un sujet de mon temps.

Les cinéastes sont là pour ça, parler de l’époque qu’ils traversent.

Dans votre film, Lucie cherche la Beauté dans une certaine innocence. Quel message votre film voudrait faire passer à tous les jeunes français qui se retrouvent confrontés à au phénomène islamiste ? 

Peut-être leur dire, qu’il y a la Beauté, mais aussi le Mal.. et pour finir, ceux qui veulent le Mal, mais qui au bout de leur chemin trouve la rédemption et vive en eux « La Beauté ».  Le monde est savamment complexe c’est ce qui en fait sa richesse. Je crois que c’est de cette complexité que j’ai essayé de parler dans mon film.

Comment les trois personnages de votre film, Lucie, Younes et Abou Abdel Rachid, sont ils confrontés à cette "chute des hommes?"

Ils sont tout les trois pris dans cette chute des Hommes, mais peut-être que cette chute est nécessaire pour mieux se relever. C’est à dire que sur terre nous sommes éprouvés, tentés, mais c'est parfois pour que soit tiré le meilleur de nous-même, du moins, pour celui qui sait se relever. Personne n’est condamné à faire le Mal pour toujours.

Pourquoi selon vous, des jeunes français sont attirés par le radicalisme ? 

Certains s’engagent par conviction religieuse, d’autres par dépit de ne pas faire partie d’une société occidentale qu’ils n’aiment pas à cause du passé colonial de la France, d’autres car ils préfèrent faire la guerre que devenir livreurs de pizzas… Certains se sont radicalisés en prison… Et puis il y a ceux qui sont perdus dans une identité qu’ils recherchent parce que même s’ils sont nés en France, ils ne reconnaissent pas la culture française et sont nostalgiques de la culture de leur ancêtres. Ils épousent alors un Islam littéral… Il y a toutes sortes de parcours qui conduisent ces hommes à prendre les armes.

Votre film est dédié à tous les victimes du terrorisme, ainsi qu’au P. Olivier-Marie de Presmenil qui vous a préparé au baptême et qui a failli être égorgé en 2012. Qu’est-ce que votre film pourrait transmettre au peuple français, et aux musulmans en particulier, après l’assassinat du P. Jacques Hamel en juillet dernier ?

A travers le monde, les musulmans sont les premiers à mourir des mains de leurs terroristes. Je n’ai rien à leur dire en particulier, mais peut-être que je dirai à mes frères chrétiens qu’il va falloir apprendre à se défendre.

Il faut dire aussi, que les gens d’argent ont voulu un monde mondialisé. Ils ont supprimé les repères si fragiles et si indispensables pour protéger les peuples et l’âme des peuples. Alors les gens sont perdus, on leur demande de renoncer à leurs valeurs et de se fondre dans un monde aseptisé. Mais bizarrement après avoir bien étudié tout ça, je suis moins manichéenne qu’au tout début de mon écriture. Le choix des armes n’est pas le bon, c’est certain. Mais notre approche politique des peuples qui ont développé une autre culture que la nôtre n’est pas toujours la bonne non plus…

Abou Abdel Rachid, ce jeune français converti à l’islam et devenu djihadiste, se réfugie dans la prière d’un ‘je vous salue Marie’. Quel regard portez-vous sur tous les djihadistes ?

Cette prière est l’une des plus belle que nous avons dans la religion Catholique. Le djihadiste, la récite un peu comme un appel de détresse à la Mère céleste. Il a failli mourir, et reconnaissant de ne pas avoir été tué, il se tourne naturellement vers Marie.

On peut lire ce verset de l'Évangile sur l'affiche de votre film : « le vent souffle là où il veut » (Jn 3,8). Que vouliez vous dire ? 

Dieu a choisi de sauver le djihadiste qui se repend, Dieu sauve qui il veut.

 

Propos recueillis par Josette Khoury 

Pré-commander le DVD

Vous aimerez aussi
Noël au Liban : une chorale musulmane chante la naissance du Christ
Un prêtre copte du Caire : « seule la prière a le pouvoir de faire descendre le ciel sur la terre »
« Déradicaliser un djihadiste est illusoire : on est pas aux alcooliques anonymes »
Abbas Ibrahim : « La patrie n’est pas un hôtel. C’est une identité et une appartenance. »

1 Commentaire