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Leonard Cohen : « Hineni, I’m ready my Lord » (Me voici Seigneur, je suis prêt.)

Le 7 novembre, à l'âge de 82 ans, Leonard Cohen a tiré sa dernière révérence. Le voilà « devant le Seigneur avec rien d'autre sur la langue qu’Alleluia »[1] comme il chantait dans ce qui fut peut être son morceau le plus célèbre.

Sa disparition nous laisse orphelins d'un homme qui nous révélait les recoins de notre cœur, nos désirs les plus profonds et nous entraînait dans sa recherche insatiable… Chacun de ses poèmes, chacune de ses chansons était un baume, un cri, un psaume ou une prière… jusqu'à son dernier album sorti trois semaines plus tôt : « You want it darker ».

 

Dans le refrain de la chanson du même nom, il reprenait : « Hineni, Hineni, I'm ready my Lord. » Il s'agit de la réponse d'Abraham à Dieu qui lui demande de sacrifier son fils Isaac : « Me voici, Seigneur, je suis prêt ! »

Dans ses trois derniers albums, Leonard Cohen implorait avec de plus en plus d'insistance la miséricorde, la guérison, le salut, il attendait l'heure de « rendre son costume »[2]. C'était les prières d'un homme conscient qu'il arrive au bout du chemin, à l'heure où il devra rendre compte de sa vie, de ses erreurs, de ses amours, de ses péchés, et tout déposer devant « the gates of Mercy »[3].  C'est les prières d'un homme confiant en la Miséricorde et la grâce divine. Il appelait cette rencontre ultime de toutes ses forces, de toute sa voix : « Come healing », « Going Home », « Leaving the table », « Hineni hineni »…

Sa prière a finalement été entendue, son Seigneur est venu le chercher peu après sa femme Marianne Ihlen qui lui avait inspiré la chanson « So long Marianne ». Celle-ci l'avait devancé fin juillet, il lui écrivait une lettre émouvante deux jours avant sa mort : « Marianne, le temps est venu où nos corps sont si vieux qu'ils tombent en morceaux et je pense que je te suivrai très bientôt. Sache que je suis si proche derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu peux toucher la mienne. »

Pourtant Leonard ne nous a pas quittés sans nous laisser un dernier album comme un testament, « quittant la table, sortant du jeu »[4] avant même que nous ayons eu le temps de l'écouter de bout en bout, de le méditer, de le recueillir… Il n'est plus là pour parcourir le monde en tournée, chantant et priant avec son public, à genoux sur scène comme il le faisait si spontanément. Mais à nous de continuer la route, de creuser l'héritage qu'il nous laisse, pas moins d'une vingtaine d'albums dont la plupart n'a pas pris une ride et dont nous n'avons pas fini de découvrir la profondeur.

« Come Healing » pendant sa tournée en 2014, Leonard est à genoux sur scène :

Il y a déjà quelques années Bono rendait hommage à Leonard Cohen : «On a le sentiment que Leonard ne se lassera jamais d'attendre, d'attendre que Dieu rentre dans la pièce, d'attendre que le mot juste, la rime qui convient, l'expression rigoureuse de sa pensée. C'est de l'humilité aussi. Il ne pense jamais avoir atteint l'excellence. Nous, les petits, ne sommes pas à la hauteur de ce qu'il jette. »[5]

Qu'à la suite de ce prophète nous ne nous lassions pas de chercher et d'attendre Celui que notre cœur désire.

"I'll stand before the Lord of Song with nothing on my tongue but Hallelujah."

 


[1] « I’ll stand before the Lord of Song with nothing on my tongue but Hallelujah », in Hallelujah

[2] « Going home without my burden, going home behind the curtain, going home without the costume that I wore », in Going home

[3] « Behold the gates of mercy, in arbitraty space, and none of us deserving the cruelty or the grace », in Come healing

[4] « I’m leaving the table, I’m out of the game… », in Leaving the table

[5] Entretien avec Bono dans le film « I’m Your Man » réalisé suite au concert-hommage dédié à Leonard Cohen en 2005

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