Home > Arts plastiques > En Syrie, les pierres crieront

En Syrie, les pierres crieront

Un sculpteur syrien exprime le drame de son peuple à travers des compositions faites de galets. 

Le 26 mars dernier, le Cardinal Zenari, lors d’une interview donné à ACI Prensa, expliquait : « En Syrie, il y a beaucoup d’atrocités, mais aussi beaucoup d’exemples de gens qui, ne cherchant pas leur propre intérêt, font le bien, moi je les appelle "Fleurs du désert". Plus de mille personnes ont perdu leur vie en essayant d’aider ». Nizar Ali Bader, artiste syrien, fait partie de ces « fleurs du désert » qui, à travers son art, cherche à transmettre le cri de son peuple et sa capacité d’espérance et de foi.

Nizar ramasse soigneusement des galets d’une montagne syrienne, Jabal Safoun, pour composer ses œuvres. Il tient à ce que ses galets viennent de sa terre syrienne, pour que le cri de ses œuvres soit vraiment syrien, dit-il sur sa page facebook.

Plusieurs thèmes sont abordés dans ses œuvres : la nature, les musiciens, l’amour, la maternité, la compassion, la souffrance du peuple syrien (la mort, l’exil, la séparation des familles…). Les couleurs vives et les positions des galets donnent une vie et un mouvement incroyable pour des pierres qui sont censées être, par nature, figées. On écoute les musiciens jouer vraiment ; on voit le mouvement des familles marchant en exil, toute la fatigue dans l’inclination de leurs épaules ; l’élan d’espérance de cette femme qui offre dignement son enfant mort vers le Ciel, ne donnant pas le dernier mot au désespoir.

Dans toutes ses œuvres qui révèlent la souffrance de son peuple, est presque toujours présente, la lune, comme rappel constant de l’Infini. Rappel de la Providence de Dieu présente, malgré tout, dans les évènements, si douloureux et absurdes soient-ils. Présence de Dieu qui ramène l’Homme à une véritable Espérance, à une foi qui est pure grâce et qui devient capable de se dépasser, de garder ‘haut’ le regard et le cœur, malgré toute la souffrance.

Ces œuvres semblent nous faire comme rentrer dans ce regard de foi en la Providence dont parle Romano Guardini. Foi dont le peuple syrien ne cesse d’en témoigner au monde entier depuis 6ans, offrant ses martyrs.

« On ne mesure la portée de la soumission à la Providence que lorsque le regard et la volonté sont  impuissants, et que le cœur ne sait plus où tout cela doit mener. C’est alors l’heure du combat qui doit vaincre le monde par la foi. La foi puise dans la Parole de Dieu l’assurance que rien de ce qui arrive n’échappe à Sa Providence, même lorsqu’on ne le sent pas. La foi tient pour assuré que l’incohérence apparente des choses cache un ordre providentiel ; que les pertes apparentes sont en réalité des gains ; que derrière toute misère se cache une richesse. On apprend, dans la prière, à dire « oui » à la sagesse et à la puissance de Dieu. Par des essais sans cesse renouvelés, dans la sincérité, la générosité et le courage, le cœur s’exerce à dire « oui » à l’amour de Dieu mystérieusement à l’œuvre ». (Romano Guardini, Iniciation à la prière, p.84)

Voir le site facebook de Nizar ali Badr.

Vous aimerez aussi
« L’art c’est l’espérance et l’affection qui parfume les douleurs des hommes »
Noël à Alep : « On veut transformer tous les décombres en quelque chose de beau »
Sylvie Derely, la sculpture reprend vie
Conflit au Moyen Orient, l’exemple du Liban