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Comme nous le disions précédemment, il faudra beaucoup de temps pour que les demandes de la Dame soient exaucées.

Jacinthe et François décéderont en 1919 et 1920 de l’épidémie de Grippe espagnole, comme du reste il leur avait été annoncé. Le pèlerinage et la dévotion seront autorisés par l’Evêque dés 1921. Mais la situation n’était pas des meilleures, tant du point vue politique – avec un Etat portugais anticlérical – que du point de vue ecclésial. C’est seulement le 13 octobre 1930 que l’Eglise reconnaît définitivement les apparitions après une longue enquête.

L’année suivante, l’épiscopat portugais s’unit pout consacrer le pays au Cœur Immaculé de Marie. Mais Lucie, qui avait pris l’habit chez les Sœurs de Sainte Dorothée, rappelle que c'était une consécration du monde que la dame avait demandée. 

La consécration du monde et de la Russie

Lorsrs de l’apparition de juillet 1917, la Dame avait demandé clairement cette consécration pour empêcher les fléaux annoncés (guerre, faim et persécution contre l’Eglise et le Saint Père) : « Je suis venue pour demander la consécration de la Russie à mon « Cœur Immaculé » et la communion réparatrice des premiers samedis du mois. Si vous écoutez ma demande, la Russie se convertira et vous aurez la paix. Si ce n’est pas le cas, elle propagera ses erreurs dans le monde, promouvant guerres et persécutions contre l’Eglise ; les bons seront martyrisés, le Saint Père souffrira beaucoup, des nations seront détruites ». Sr Lucie fera savoir que cette consécration devait être faite par le pape de manière publique et solennelle en union avec tous les Evêques du monde, accompagnée d'une diffusion de la dévotion à son Coeur Immaculé et d'une consécration spécifique de la Russie dans les mêmes conditions.

Une nouvelle décennie doit passer. En 1942, Pie XII consacre le monde au cours d’un message radiodiffusé, puis, en 1952, la Russie[1]

Le 13 mai 1946, le légat du Pape, le Cardinal Masella, présent à Fatima pour le couronnement pontifical de la statue de la Vierge de la Chapelle construite sur le lieu des apparitions, face à 80.000 pèlerins, rappela à tous les paroles de la Dame et l’annonce de la persécution de l’Eglise et du Saint Père. Mais il insistera sur la fin du message de la Dame de la « Cova » : « Finalement, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint Père me consacrera la Russie qui se convertira et un temps de paix sera accordé au monde. »

Les papes et Fatima

En 1967, à l’occasion des cinquante ans des apparitions, le sanctuaire le plus visité en Europe après celui de Lourdes, recevait pour la première fois un Pape en la personne de Paul VI. La cérémonie se déroule en présence de Sœur Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie.

Le pape Jean-Paul II se rendra au sanctuaire de Fatima en 1982 pour remercier la Vierge de lui avoir sauvé la vie lors de l’attentat sur la place Saint Pierre, le 13 mai de l’année précédente, jour anniversaire de la première apparition de la Vierge aux bergers. Ce jour là, il sera victime d’un nouvel attentat. Mais il poursuit la cérémonie et fait déposer en guise de remerciement la bale extraite de son dos dans la couronne de la Vierge.

C’est bien le premier attentat manqué qui fut à l’origine de la décision de saint Jean Paul II de rendre publique le troisième secret que la Dame avait révélé aux bergers. Ce secret échauffe les imaginations. Il sera révélé après la cérémonie de béatification de François et Jacinthe en 2000 à la « Cova da Iria », par le Cardinal Sodano. Lucie l’avait écrit et envoyé à son Evêque par obéissance. Celui-ci l’avait alors fait suivre à la secrétairerie d’Etat du Vatican.

Le troisième message

Le troisième secret dévoile l’intercession particulière de la Dame de la “Cova” pour ses enfants. On y découvre une vision des trois bergers. La Dame est là, ainsi qu’un Ange qui crie : « pénitence ». Ensuite, arrivent un  « Evêque » vêtu de blanc (eux reconnaissent immédiatement le Pape) et d’autres évêques, prêtres, religieux et religieuses qui gravissent une montagne escarpée dont le sommet est surmonté d’une croix de bois. Le Saint Père traversait une ville en ruine, affligé par la douleur et la peine, priant pour les âmes des cadavres qu’il trouvait en chemin. Au sommet, il se met à genou devant la croix, mais un groupe de soldats tirent plusieurs coups de feu et des flèches. Des prêtres, religieux et religieuses et les laïques des deux sexes et de classes sociales tombent avec lui. A côté de la croix se trouvent deux anges tenant des vases de cristal avec lesquels ils récoltent le sang des martyrs et en aspergent les âmes de ceux qui s’approchent de Dieu.

Le Cardinal Ratzinger, alors préfet pour la Congrégation de la Doctrine de la Foi affirmera que « Fatima nous aide à comprendre les signes des temps et à y trouver la juste réponse de la foi. »[2] Il explique que la parole clé du secret est le cri de l’Ange : « Pénitence, pénitence, et pénitence ! ». Pour le Cardinal, le sens de la vision est de susciter la force du bien qui peut toujours s’opposer à temps contre la puissance du mal. Dans la souffrance de l’« Evêque blanc » il reconnaît celle que les papes ont dû supporter depuis Pie X.

Benoît XVI affirme que l’action de la main maternelle de la Vierge au cours de l’attentat de la place Saint Pierre, nous permet de voir qu’il n’existe pas de destin immuable et que la puissance de la foi et de la prière peuvent influencer le cours de l’histoire. Il évoque enfin le sang du martyr accomplit en union avec la Passion du Christ. Le sang du christ et des martyrs féconde l’Eglise. C’est un signe d’espérance, une force rénovatrice qui rajeunit continuellement l’Eglise.

Le cœur du message de Fatima

AU cours de sa visite de Benoît XVI à Fatima pour les 10 ans de la béatification des bergers, en communion avec ses prédécesseurs, il attire l’attention sur le message central de la Dame de la « Cova » : « Avec le famille humaine, disposée à sacrifier ses liens les plus sacrés sur l’autel des égoïsmes mesquins des nations, races, idéologies, groupes et individus, notre Mère bénie est venue du Ciel, offrant la possibilité de semer dans le cœur de tous ceux qui se confient à elle, l’Amour de Dieu qui brûle dans le sien. »[3]

Comme le soulignera le Cardinal Amato à la fin de sa conférence, Le message de Fatima entre charisme et prophétie[4] : « Marie est l’étoile de la mer, qui accompagne l’Eglise et l’humanité dans le cours tourmenté de l’histoire, suscitant en nos cœurs de fidèles, l’énergie du bien, qui neutralise et vainc les assauts dévastateurs des hommes et des idéologies perverses. En cela réside le charisme de Fatima, qui est un don de la Trinité, pour que l’humanité et l’Eglise soient toujours plus conscientes de la lutte du bien contre le mal et de l’inévitable victoire de la grâce sur le péché. »

A la fin de sa vie, Lucie dira en effet : « Le propos de toutes les apparitions de la Vierge est celui de faire grandir toujours plus la foi, l’espérance et la charité ; tout le reste menait à cela »[5].

 


[1] Selon sr. Lucie, la réalisation partielle de la demande obtiendra la fin de la guerre, mais pas la conversion de la Russie. En effet, sans doute à cause des corrections imposées par ses directeurs spirituels dans sa lettre au Pape, les Evêques du monde ne seront pas associés à ces consécrations.

[2] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Le Message de Fatima, Librairie éditrice Vaticane, Cité du Vatican 2000. Pag. 36

[3] HOMELIE DU SAINT PERE BENOÎT XVI Esplanade du Sanctuaire de Fatima. Jeudi 13 Mai 2010

[4] Cardinal Amato, L’Observatoire Romain, 7 Mai 2015.

[5] http://www.lucia.pt

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1 Commentaire

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    La Russie s'est-elle convertie, comme la Vierge l'avait annoncé ? Dans la conception qui prévalait avant Vatican II, "conversion" signifiait retour dans l'Eglise Catholique. Ce qui n'avait pas de signification réelle pour l'orthodoxie russe dont l'origine historique se trouve à Constantinople. Toujours est-il que le christianisme a connu un renouveau rapide en Russie aprés la chute du régime communiste, dont les symboles les plus évidents furent la reconstruction de la cathédrale du Saint Sauveur de Moscou à l'endroit même où Staline l'avait fait dynamiter, ainsi que le baptême du président Boris Eltsine . Soeur Lucia a suivi ces évènements avec interet mais ne s'est pas prononcée sur leur interprétation.