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Jean-Michel Blanquer fait sa première rentrée des classes

« Il est grand temps… » écrit Jean-Michel Blanquer dans L’Ecole de demain, propositions pour une Éducation nationale rénovée, peu avant d’être choisi ministre de l’éducation du gouvernement Macron. Cette expression sonne-t-elle le glas de réformes a priori novatrices, a posteriori catastrophiques ? Qu’on ne s’y trompe pas, le refrain, cette fois-ci, semble différent.

     « Il est grand temps de tracer une voie propre, par-delà les clivages stériles, à unir la société autour de son école au service de la réussite des enfants et des adolescents ». Ouf ! Dès la préface de son livre, L’Ecole de demain, il semble tirer la leçon des dernières décennies en terme d’éducation et laisser de côté les querelles politiques. 

Un homme pragmatique, un essai structuré

    À travers son essai, cet homme d’expérience semble pragmatique, nuancé et surtout, doté d’un atout essentiel : du bon sens ! De la maternelle au lycée, sans oublier la carrière des professeurs et l’organisation du système éducatif, tout est passé en revue selon un schéma bien établi, à savoir, ce que nous enseigne l’expérience, la comparaison internationale, l’apport scientifique et en dernier lieu, le projet proposé. Nul n’est besoin d’être particulièrement érudit pour comprendre cet essai. Les propos sont clairs et chaque chapitre aboutit à une synthèse des mesures clés.

Apprendre les fondamentaux 

    À défaut de pouvoir présenter l’ensemble de son projet, voici quelques éléments qui semblent intéressants. Au sujet de l’école primaire, il rappelle que l’objectif « doit être d’apprendre à chaque enfant à lire, à écrire, à compter et à respecter les autres à travers l’apprentissage des règles de la société. » (p.25) et il dénonce une tendance à la dispersion, non pas tant dans les discours que dans le temps réel consacré à l’apprentissage des fondamentaux. Pour y parvenir, il préconise un enseignement structuré, systématique et explicite laissant place à la répétition, à l’entraînement. On y lit avec plaisir que l’école élémentaire doit « être le lieu où se transmettent les grandes références culturelles ainsi que les valeurs universelles » sans oublier « une histoire et une géographie de la France qui donne à chaque enfant un sens de la chronologie et de l’espace de son pays » (p.41). Cette école se veut « une école de l’exigence, de l’excellence et du mérite ». 

« L’égalitarisme joue contre l’égalité » (p.55)

C’est d’ailleurs parce qu’il prône le mérite, la valorisation des talents de chaque élève ou encore la reconnaissance des intelligences multiples qu’il ne peut être pleinement en accord avec l’idée de collège unique. Un collège unique tombe dans la dérive de l’égalitarisme. Il préfère ainsi parler d’un « collège commun », dans la lignée de l’école, permettant d’ancrer les fondamentaux tout en valorisant l’expression et l’approfondissement des talents de chacun, et ce, dans un meilleur encadrement et une juste discipline. 

Le lycée, une antichambre de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle

    Alors que le collège était vu comme le prolongement de l’école, le lycée, lui, est vu comme l’antichambre de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle. Le projet est donc d’aider le lycéen, jeune personne autonome, à exprimer et développer ses talents et à se préparer aux grandes mutations de la société, de l’économie et de la technologie. De ce fait, les apprentissages sont davantage ciblés et approfondis. Par ailleurs, Jean-Michel Blanquer propose de développer les formations professionnelles en fonction des besoins économiques locaux.

Une responsabilisation du personnel éducatif 

Dans le tableau qu’il dresse du système éducatif, il met le personnel éducatif face à ses responsabilités en rappelant par exemple, l’importance de « l’effet-maître » sur les élèves, consistant à dire que leur réussite dépend grandement des compétences de l’enseignant et des pratiques qu’il met en œuvre. À plus grande échelle, il parle également d’« effet-établissement », mettant au jour l’importance du travail en équipe autour d’un projet pédagogique précis. Ces considérations amènent alors à repenser le recrutement des enseignants suite aux concours. En effet, pour gagner en cohérence dans les équipes pédagogiques, il veut développer des postes à profil et souhaite qu’il y ait une plus grande autonomie des établissements, des directeurs. S’il se montre exigeant à l’égard des élèves, il l’est tout autant à l’égard des professeurs. Pour qu’ils soient de bons enseignants, ils doivent être des spécialistes de leur(s) matière(s) tout en ayant une bonne culture générale, une parfaite maîtrise de la langue française, ils doivent avoir une attention particulière à chacun des élèves et enfin connaître parfaitement leur environnement professionnel. Citant Charles Péguy, il veut systématiser la formation continue : « les hommes les plus éminents sont ceux qui n’ont pas cessé, qui ne cessent pas de se cultiver, de travailler ; on n’a rien sans peine, et la vie est un perpétuel travail. » (p.111)

De la parole à l’action

    Alors que les élèves français retournent sur les bancs de l’école et que les critiques fusent contre le ministre de l’éducation, sachons sans naïveté aucune, reconnaître son bon sens, son pragmatisme et son indéfectible volonté de mener chaque élève à la réussite. 

 

Note :

1. Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, tome I, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1987, p.1058.

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