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Après la Syrie, le centre de la crise entre l’Arabie Saoudite et l’Iran se déplace au Liban suite à l’arrestation du premier ministre Saad Hariri au cours d’une visite dans la péninsule arabique. 

Saad Hariri, premier ministre libanais (source)
 

En une semaine de soi-disant « purge anti-corruption », Mohamed Ben Salman fait arrêter plus de 200 personnes et bloque environ 1200 comptes bancaires saoudiens. Le Ritz de Ryad se transforme en prison dorée où se déroulent les interrogatoires. C’est là qu’est retenu le premier ministre libanais poussé à la démission. Sunnite et, de surcroît, citoyen saoudien, le renoncement à ses fonctions le prive en effet de son immunité. 

La démission constitue le point d’orgue d’une crise dont les tensions n’ont cessé de monter au cours des mois précédents : 

  • Suite à ses victoires sur l’EI en Syrie et au Liban, le Hezbollah gagne de plus en plus d’influence. A titre d’exemple, il prend des décisions concernant la Syrie sans l’unanimité de tous les ministres libanais (donc sans l’accord des alliés des saoudiens au Liban), comme l’ouverture de l’ambassade du Liban en Syrie, ses interventions militaires et son soutient envers les Houitis au Yemen. 
  • L’Iran soutient le Qatar après l’isolement imposé par l’Arabie Saoudite. Le Qatar étant le seul pays sunnite qui accueille un grand nombre de Chiites, leur donnant une liberté de mouvements qui a toujours gêné son voisin. 
  • Les saoudiens accusent en août le Hezbollah d’avoir des cellules terroristes au Koweit. 
  • Les deux puissances régionales s’accusent de déstabiliser la région : l’Arabie saoudite pointe du doigt le Hezbollah qui devient selon elle un état dans l’Etat et l’Iran reproche à l’Arabie Saoudite de nourrir le terrorisme et d’intervenir dans les affaires intérieures du Liban. 

Malgré la tentative de déstabilisation, les responsables libanais forment un front unanime qui réunit sunnites, chiites, druzes et chrétiens. Le Saoudien monte alors d’un cran et brandit la menace indirecte d’une intervention militaire en invitant ses ressortissants à quitter le territoire. Avec la visite du président Donald Trump en mai, puis celle de son gendre il y a quelques jours et enfin celle d’Emmanuel Macron, encore fumante, il renforce ses liens avec les Etats-Unis et l’Occident. Enfin, comble du comble, il s’allie avec Israël à qui il suggère de bombarder le Hezbollah. 

De fait, les paroles de Benjamin Netanyahu le 5 novembre dernier dans le cadre des débats suscités par le centenaire de la déclaration de Balfour ne sont pas de bonne augure : « Lorsque les israéliens et les arabes sont d’accord sur une chose, pérore-t-il, il faut que le monde soit attentif ». La semaine dernière, l’aviation Israélienne a d’ailleurs survolé illégalement le territoire libanais durant plus de 10 heures. 

Sous le couvert d’une purge anti corruption, Mohamed Ben Salam semble vouloir concentrer le pouvoir entre ses mains comme s’il préparait un coup de force. Avec cette opération contre le premier ministre libanais il espère sans doute que l’Iran ou le Hezbollah se rendent responsables d'une réaction qui justifierait une intervention militaire ou, dans le meilleur des cas, un isolement diplomatique. Le plan, apparament, préparé depuis des mois, semble répondre à la perte de l’influence sunnite que constituait l’EI au Moyen-Orient.

Après la destruction de la Syrie, est-ce donc le tour du Liban ?

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2 Commentaires

  1. Bruno ANEL

    Rien ne prouve que Saad Hariri ait été "arrêté" en Arabie Saoudite. Il s'est d'ailleurs déplacé à Abou Dhabi. Mais les Saoudiens disposent de gros moyens de pression sur lui : non parce qu'il a la nationalité saoudienne mais parce qu'e sa famille a de gros interets en Arabie. Et il doit se souvenir de la fin tragique de son père mort dans un attentat : ce que les Syriens avaient fait à Rafic, les Saoudiens peuvent le faire à Saad.