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Albert Camus face au Mal, « La peste » à 70 ans

En 1947, deux ans après la fin de la seconde guerre mondiale, l’écrivain français Albert Camus publiait La Peste, premier roman de sa trilogie sur l’homme révolté qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1957. 

Dans la ville « ordinaire » d’Oran, on assiste au déclenchement, à la longue durée et au déclin d’une épidémie de peste, qui fait de nombreuses victimes. La ville est alors isolée du reste du monde par les autorités. Dans ce théâtre dramatique, plusieurs personnages sont confrontés au problème du mal, de la souffrance, de la mort, de l’exil, de la séparation, mais aussi de l’amitié et de l’amour. 

Albert Camus conçoit l’art comme « l’imagination à partir du réel ». Le réel, dans le cas de La Peste, c’est l’occupation Nazie et la résistance. L’imagination de Camus compare donc cette situation vécue par les  français, avec une peste et consigne les réactions des gens : négation, énervement, divertissements, fuite,  la peur, etc… 

On peut suivre pas à pas le personnage principal, un jeune médecin de trente-cinq ans, le Docteur Rieux, qui, malgré sa peur et ses difficultés (une femme gravement malade), s’engage résolument dans la lutte acharnée contre le fléau parce que « quand on voit la misère et la douleur qu’elle apporte, il faut être fou, aveugle ou lâche pour se résigner à la peste. » Fort de ce sentiment, il ne compte pas ses heures auprès des malades. Rieux refuse d’être un héros au sens où on l’entend communément, mais pour lui « la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté », c’est-à-dire « faire son métier », ni plus ni moins et prendre acte de la réalité telle qu’elle se vit, sans abdiquer. 

Il est le compagnon attentif des autres personnages qui lui livrent leurs combats et leurs réflexions sur le mal. Ces derniers offrent finalement, à sa suite, leur contribution à cette lutte honnête : par exemple, Rambert, le journaliste qui ne pense d’abord qu’à s’échapper de la ville pour rejoindre celle qu’il aime, ou bien Grand, cet humble employé de mairie, qui regrette depuis des années de n’avoir pas su aimer son épouse, partie depuis longtemps. Ces deux personnages sont hantés par la souffrance de la séparation et la peur de la perte du bonheur. 

Et puis, il y a l’énigmatique Tarrou. Il confie à Rieux : « Je souffrais déjà de la peste bien avant de connaître cette ville et cette épidémie ». Faisant le lien entre le penchant au mal qui existe en tout homme et la peste il conclut : « C’est pourquoi encore cette épidémie ne m’apprend rien, sinon qu’il faut la combattre à vos côtés. Je sais de science certaine… que chacun la porte en soi, la peste, parce que personne, non personne au monde n’est indemne. Et qu’il faut se surveiller sans arrêt pour ne pas être amené, dans une minute de distraction, à respirer dans la figure d’un autre et à lui coller l’infection… L’honnête homme, celui qui n’infecte presque personne, c’est celui qui a le moins de distraction possible. » 

Au milieu d’une tragédie où l’absurde est traité jusqu’au scandale de la mort des enfants innocents, ce livre plein d’humanité nous montre le cœur de l’homme, qui se révèle davantage dans la souffrance. L’auteur, conscient que le combat est à accomplir tout au long de la vie, termine le livre par cette note : «Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer qu’il y a de choses à mépriser ». 

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