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« L’enfant est l’avenir de l’homme », un regard sur la méthode Montessori

Charlotte Poussin, spécialiste de la méthode Montessori, a vécu une expérience décisive avec Diego, ce jeune enfant handicapé confié à ses soins et à ceux de son mari lors de son séjour à la Fazenda do Natal (Points-Coeur). Aujourd’hui, Charlotte répond à trois questions que nous lui posons en lien avec l’approche pédagogique, à laquelle elle consacre un important travail d’édition.

TDC : chère Charlotte, le récit de notre article précédent (Cf. article « Quand l’exclu devient un maître » du 2 janvier 2018) nous montre bien que Diego a particulièrement marqué ton séjour à la Fazenda do Natal. Comment est entré l’approche Montessori dans ta vie ?

Charlotte Poussin : Toute mon enfance j’ai cherché une école Montessori pour moi ! Sans le savoir ! Je n’aimais pas la façon dont les adultes s’adressaient à moi, à nous les enfants, à l’école. Chaque année je demandais à mes parents de me changer d’établissement car je me disais que c’était forcément mieux ailleurs. Mais c’était toujours pareil : ce ton condescendant, voir méprisant, ces sentences, ces ordres, ces commandements. J’avais tellement envie de découvrir, de chercher, de mener mes propres expériences ! 

Mais inlassablement on me disait que j’avais de vilains défauts : la curiosité et l’espièglerie ! On me disait que je bougeais trop aussi. Et pour cause, j’avais en CP l’âge qu’avaient les enfants de Moyenne Section, et je savais lire… Je suis reconnaissante à mes parents d’avoir régulièrement accepté de me changer d’école mais je n’ai pas trouvé celle qui me plaisait… sauf dans les livres, en lisant ceux de Maria Montessori à la fin de mon adolescence, et là j’ai eu un coup de foudre !  Ceci dit, à l’école, cela allait mieux pour moi, car à partir des années lycée, je m’y sentais enfin considérée comme une personne à part entière.

TDC :  Quel est ton regard sur les enfants d’aujourd'hui ? Leurs lumières, leurs besoins, leurs souffrances ? 

Charlotte Poussin : Selon moi, d’une certaine façon, l’enfant d’hier est le même que celui d’aujourd’hui. C’est un enfant qui a besoin de se construire lui-même, de « s’incarner » comme l’écrivait Maria Montessori. C’est-à-dire qu’il a besoin de se déployer spirituellement et psychiquement, et pas uniquement physiquement, et ce,  dès la naissance. 

Or l’enfant est à mon avis trop dirigé, contrôlé, téléguidé… Selon Maria Montessori, c’est en cela que réside la source du conflit qu'il y a entre les êtres humains, car les personnalités des enfants et les personnalités des adultes ont des caractéristiques et des buts totalement différents, alors que tout le monde tourne à l’heure des adultes. Si les enfants étaient psychiquement mieux étudiés et par conséquent, mieux compris, si on cessait d’oublier (ou de faire taire) l’enfant qui est resté en chacun de nous, on serait sans doute plus en paix avec les enfants et eux avec nous.

Car la paix cela s’apprend et cela commence à toute petite échelle. La construction de la paix commence par celle de l’harmonie entre l’enfant et l’adulte. Respecter l’enfant, c’est lui apprendre à se respecter et à tolérer les autres. Ce que disait Maria Montessori, c’est que ce qui se joue entre les enfants et les adultes, puis, entre les enfants entre eux à l’échelle de la famille, de la classe et du quartier, est en lien avec ce qui se passe à l’échelle des nations.

TDC : Quelles sont les conséquences des erreurs des adultes dans l’éducation des enfants ?   

Charlotte Poussin : Les erreurs des adultes lorsqu’ils s’occupent des enfants, même lorsqu’ils le font avec la meilleure volonté du monde, risquent de paralyser les petits d’homme dans les années les plus essentielles de la formation de leur personnalité. Il en résulte qu’ils sont souvent timides, complexés, frustrés, voire paniqués dans certaines situations. 

Peu à peu, à force d’être en permanence critiqués, jugés, réprimés, corrigés par un tiers, comparés, évalués, ils en perdent la capacité de croire en eux. Ils osent de moins en moins, sont peu téméraires et curieux, prennent moins d’initiatives pour ne pas être repris ou interrompus, et risquent de voir diminuer leur appétit spirituel et intellectuel. Ils apprennent à obéir par la récompense et la punition sans avoir au préalable assez développé leur propre volonté et leur propre confiance en eux. 

Ce qui se joue entre les enfants et les adultes, puis, entre les enfants entre eux à l’échelle de la famille, de la classe et du quartier, est en lien avec ce qui se passe à l’échelle des nations.

Ils risquent de devenir des suiveurs, et non des créatifs, ni des chercheurs… On peut presque dire qu’ils risquent de développer un certain sentiment d’infériorité. Et s’ils ne l’ont pas on le leur reproche, ils sont remis « à leur place ».

Dans d’autres cas de figure, ils sont surprotégés, on fait tout à leur place en les jugeant incapables. Or les enfants ne sont pas des êtres faibles. Ce qui les caractérise ce n’est pas la faiblesse, mais la vulnérabilité et la dépendance. Et ils ne demandent qu’à être aidés à ne plus avoir besoin d’aide ! Ils sont forts et ont besoin que leurs élans intérieurs, leurs intuitions, leurs forces vitales, puissent s’exprimer et s’épanouir. Un enfant dont les besoins fondamentaux peuvent s’exprimer et s’épanouir est stable, actif, ordonné, pacifique, obéissant, curieux, persévérant, empathique.  Maria Montessori écrivait dans L’éducation et la paix (DDB) :

« Nous devons retrousser nos manches et faire de l’enfant notre préoccupation principale.  Les efforts de la science doivent se centrer sur lui, car il est la source et la clé des énigmes de l’humanité. L’enfant est doté de pouvoirs, d’une sensibilité et d’un instinct créateur qui n’ont encore été ni reconnus ni utilisés. Pour se développer, il a besoin d’un champ de possibilités beaucoup plus vaste que celui qui lui a été offert jusque-là ». 

Maria Montessori insistait sur le fait que chaque enfant est porteur d’un grand espoir pour l’humanité et qu’il peut nous servir de phare dans la nuit. D’ailleurs, selon notre croyance, n’est-ce pas Enfant que Dieu a souhaité s’incarner ?

Propos recueillis par P. Arnaud de Malartic. 

 

Ecouter Charlotte Poussin invitée à l’émission La Maison des Maternelles.

 

Livres de Maria Montessori recommandés pour commencer (DDB):

  • L’enfant (nouvelle édition traduite par Charlotte Poussin à paraître en mars 2018) ; 
  • L’enfant dans la famille ;
  • Le manuel pratique de la méthode Montessori (traduit par Charlotte Poussin en 2016) ; 
  • L’enfant est l’avenir de l’homme (paru en 2017) ; 
  • L’éducation et la paix ; 

Livres de Charlotte Poussin sur l’éducation Montessori :

  • Que sais-je ? La pédagogie Montessori (Presses universitaires de France) ; 
  • Montessori de la naissance à 3 ans, apprends-moi à être moi-même (Eyrolles) ; 
  • Apprends-moi à faire seul, la pédagogie Montessori expliquée aux parents (Eyrolles) ; 
  • Montessori de 6 à 12 ans, apprends-moi à penser par moi-même (Eyrolles) ; 
  • Coffrets pédagogiques chez Eyrolles ; 
  • Livres pour enfants : Ma journée Montessori (Bayard Jeunesse). 

https://www.facebook.com/apprendsmoimontessori/

 

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