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Pavel Florensky : science, création et amour trinitaire (I)

Nous publions quelques extraits d’un article écrit en Espagnol par Marisa Mosto, 1)docteur en Philosophie et professeur dans la faculté de Philosophie et Lettres et dans la Faculté de Théologie de l’Université Pontificale Catholique à Buenos Aires et Marcos Jasminoy 3)a une licence en philosophie, il fait son doctorat en philosophie et enseigne dans la Faculté de Théologie de l'Université Catholique de Buenos Aires sur la vie passionnante et les écrits de Florensky, scientifique, philosophe, théologien et prêtre orthodoxe.

Florenski et Bulgákov, par le peintre Mijaíl Nésterov
 

« … Je voulais t’écrire à toi et aux enfants, que toutes les idées scientifiques que j’apprécie ont surgi en moi à partir de la sensibilité au Mystère. » 2)Pavel Florenkij, d’une lettre à sa femme datée du 23 mars 1936, depuis El Lager. Cité par Lubomír Žák, Verità come ethos, 72

Paul Alexandrovitch Florensky naquit le 9 janvier 1882 à Evlach, actuel Azerbaïdjan. Il était le plus âgé des sept enfants d’Alexandre Ivanovich, ingénieur ferroviaire, et d’Olga Pavlovna Saparova. Toutes ces années de son enfance et de son adolescence qu’il passera entre Batumi et Tbilissi, sont d’une importance capitale pour la compréhension de ses œuvres. Années durant lesquelles il expérimenta non seulement la chaleureuse proximité avec sa noumbreuse famille – parents, frères et sœurs, tantes passionnées par la musique- mais également la présence éblouissante de la nature : la mer Noire et le Caucase.

Le petit Paul a toujours fait preuve d’une grande sensibilité, il avait l’habitude d’être envahi par un sentiment d’une profonde et mystérieuse familiarité avec la nature : « Au bord de la mer, je sentais que je me trouvais face à face avec la matière, solitaire, mystérieuse et Eternité Infinie de laquelle tout provient et vers laquelle tout retourne. Elle m’appelait et j’étais avec elle. » 4)des Mémoires de Florenskij, cité par Lubomír Žák, Verità come ethos, 81 Cette expérience du Mystère apparaîtra plus tard dans son œuvre, souvent sous le nom des Deux mondes entrecroisés, le monde du visible, et celui de l’invisible ; du temporel et de l’Eternel, du phénoménal et du nouménal, en définitive, du terrestre et du divin. Paul avait l’intuition que tout ce qu’il percevait dans la nature : plantes, pierres, oiseaux, animaux, phénomènes atmosphériques et marins, couleurs, arômes, saveurs s’entrelaçaient réciproquement dans des liens multiformes créant ainsi le tissu d’une unique harmonie universelle. En d’autres termes, il percevait qu’entre les êtres naturels et le monde existait une unité très particulière : une « parenté mystérieuse ».

A dix-huit ans, il rentre à l’Université de Moscou, où il étudie les mathématiques entre 1900 et 1904, discipline qu’il considère comme un instrument qui l’ouvrira à la compréhension de la dynamique de la pensée. A Moscou il reçut l’importante influence du fameux professeur Nokolaï V. Bugaev, auteur de plusieurs ouvrages sur l’analyse et la théorie des nombres. Bugaev avait développé des hypothèses symboliques et mathématiques liées au domaine spirituel qui attirèrent le jeune Florensky. Son intérêt s’orienta  fondamentalement vers le principe de la discontinuité – thème qui fera l’objet de sa thèse de doctorat – et le lien possible entre le domaine des nombres et les questions philosophiques.

A partir de ce moment, son engagement en philosophie commence à être plus continu. Il assiste aux cours de philosophie d’importants disciples de Vladimir Soloviev, considéré comme le père de l’époque dite « d’argent » de la pensée russe: Sergueï N. Trubeckoï, Lev M. Lopatin et A.I. Vvedenski, qui était quant à lui professeur à la faculté de Théologie.

Son travail à la bibliothèque a été également très intense ; il y fréquentait les sources de l’histoire de la philosophie européenne à travers un grand travail de traduction. 

L’étape suivante de sa formation le conduira vers l’Académie de Théologie de Moscou qu’il fréquente comme étudiant entre 1904 et 1908. Ses études théologiques étaient accompagnées et enrichies par l’influence spirituelle des deux grands Starets : l’évêque-starets Antoine Florensov et le Starets Isidore Gruzinski, ermite de Gethsémani dans la Laure (monastère) de la Trinité-Saint-Serge. Ce fut le Staret Isidor qui toucha les cordes les plus intimes du cœur de Florensky :

« La personne porteuse de l’Esprit est belle, et elle l’est en un double sens. D’une part, elle est belle objectivement, dans la mesure où elle est objet de contemplation pour tous ceux qui l’entourent ; et d’autre part elle est belle subjectivement, dans la mesure où elle est centre d’une contemplation purifiée et neuve de tout ce qui l’entoure. Chez le Saint se révèle à notre regard, la beauté de la créature originale et devant le regard du Saint, la créature originelle se dépouille de sa corruption ». 5)Pavel Florenski, La colonne et le fondement de la Vérité, 292-293

Sa relation avec le Starets Isidore est une étape importante dans sa vie spirituelle qui le fait toucher d’une façon personnelle, authentique, irréversible, la présence et la vitalité du Royaume de l’Esprit. Un lieu où se touchent les deux mondes et une province qu’il ne sera pas disposé à abandonner. Le rocher sur lequel il souhaite demeurer et vers lequel il désire attirer tous ceux qui entrent dans l’orbite de son œuvre. Quand il écrira des années plus tard La colonne et le fondement de la vérité, il le commencera avec ces paroles :

« L’expérience religieuse vivante comme unique moyen légitime pour la connaissance des dogmes » : c’est ainsi que je voudrais exprimer l’intention générale de mon livre, ou plus exactement, de ces esquisses de moi-même, écrites à différents moments et avec différents états d’âmes ». 6)Pavel Florenski, La colonne et le fondement de la Vérité, 35

Marisa Mosto et Marcos Jasminoy

Voici l’intégralité de l’article en espagnol

References   [ + ]

1. docteur en Philosophie et professeur dans la faculté de Philosophie et Lettres et dans la Faculté de Théologie de l’Université Pontificale Catholique à Buenos Aires
2. Pavel Florenkij, d’une lettre à sa femme datée du 23 mars 1936, depuis El Lager. Cité par Lubomír Žák, Verità come ethos, 72
3. a une licence en philosophie, il fait son doctorat en philosophie et enseigne dans la Faculté de Théologie de l'Université Catholique de Buenos Aires
4. des Mémoires de Florenskij, cité par Lubomír Žák, Verità come ethos, 81
5. Pavel Florenski, La colonne et le fondement de la Vérité, 292-293
6. Pavel Florenski, La colonne et le fondement de la Vérité, 35
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