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Voici la deuxième partie du témoignage de Gaby, partageant l’amour de son travail et sa passion pour la Vie, tenant la salle d’attente de son époux Thomas, médecin généraliste à Vienne.

 
 
 
Gaby
 

 

Le pape François parle d’une « révolution de la tendresse ». Est-ce que cela vous parle ? 

 

En fait la question de savoir de ce que signifie traiter une personne malade. Notre conviction est que toute personne, indépendamment de sa condition de santé, a une très grande dignité. Chacun est enfant de Dieu et pour cette raison doit être traitée avec beaucoup de tendresse, même lorsque celle-ci est désagréable. Parfois les patients arrivent énervés, ils nous crient dessus, mais si la personne est désagréable, c’est parce qu’elle souffre. Elle ne vient pas ici faire un pique-nique ou prendre un café et faire la conversation. Elle vient ici avec une souffrance, une douleur. Pour Thomas, c’est une grande joie d’essayer de mettre à disposition ses connaissances et ce talent que Dieu lui a donné, pour essayer de poser un diagnostic et proposer une solution pour la santé du patient. Dans notre cabinet nous essayons de donner le meilleur traitement médical, et surtout, que le patient soit croyant ou non, nous essayons de leur offrir une expérience de paix. Notre cabinet a été béni, la croix est accrochée à un mur ainsi qu’un portrait du Christ. Notre cabinet n’est pas le plus luxueux, mais nous avons tout fait nous-mêmes avec beaucoup de tendresse.

 

Les chaises par exemple, appartenaient à un monastère qui a fermé et ils ne savaient pas quoi faire de ces chaises. J’ai demandé à la mère supérieure de nous les donner. Nous lui avons fait un don et avons rapporté les chaises avec nous. Tout a été fait de cette façon, avec beaucoup de tendresse. Nous ne sommes pas le cabinet moderne typique où la décoration a coûté 120.000 Euros… Non, non ! Tout a été fait avec beaucoup de tendresse et je pense que c’est pour cela que certains nous aiment et nous préfèrent à d’autres cabinets médicaux : ils sentent que nous sommes humains, que nous essayons de donner le meilleur et de faire chaque chose avec humanité, y compris la décoration.

 

Qu’en est-il de la partie strictement médicale ?

 

Nous disposons du meilleur équipement et des meilleurs instruments présents sur le marché, par exemple pour mesurer la tension ou pour l’électrocardiogramme. Et puis Thomas a ses mains et son cerveau. Il dit toujours qu’il travaille de ses mains. Avant de commencer la journée au cabinet, il prie Jésus qu’il l’aide à trouver les bonnes paroles, et l’Esprit Saint pour qu’il lui ouvre l’entendement et l’aide à discerner avec tout ce que lui disent ses patients, pour faire un bon diagnostic, trouver ce qui provoque la douleur et résoudre leur problème.

Thomas est doué d’un don tout particulier qui lui permet lorsqu’il ausculte un patient, de visualiser mentalement l’intérieur du corps, les organes en trois dimensions. Selon c’est un talent donné par Dieu, car il le voit le corps si clairement dans sa tête.

 

 

 

Faut-il beaucoup de temps pour poser un bon diagnostic ?

 

Thomas passe beaucoup de temps à parler avec le patient, pose de nombreuses questions. Et parfois les personnes qui attendent dans la salle d’attente s’impatientent… Mais si Thomas pense nécessaire de passer plus de temps avec un patient et de parler plus longuement avec lui car il ne comprend pas tout de suite l’origine de cette douleur ou de ce problème, il n’hésite pas à prolonger la consultation. Il lui demande alors ce qu’il a fait il y a cinq ans, puis il y a dix ans et commence ainsi à accumuler des informations qui lui permettent de poser un bon diagnostic. Et souvent lorsqu’il sort les analyses – il fait lui-même la prise de sang -, elles ne font que confirmer ce dont il avait déjà l’intuition.

 

Une fois par exemple, il y avait ici un Monsieur qui arrivait d’Afrique et qui se sentait mal et Thomas m’a appelée pour que je le voie aussi – Thomas nous appelle souvent moi ou l’assistant pour nous enseigner car il estime important que nous fassions aussi de la prévention dès la salle d’attente, d’autant qu’il peut s’agir d’une maladie contagieuse – et il m’a dit qu’il pensait que c’était un cas de malaria. Le patient en question a dit qu’il y avait la malaria dans son pays mais qu’il n’y était resté que pendant un mois et que ce n’était pas la saison des moustiques. Mais effectivement lorsque les analyses de sang sont arrivées du laboratoire trois jours plus tard, nous avons eu la confirmation que c’était la malaria.

Je crois vraiment que Thomas a ce talent du diagnostic.

 

Prendre autant de temps pour chaque patient exige une haute conscience professionnelle. L’essentiel est de maintenir la claire conscience qu’indépendamment de la maladie du patient, son âme est saine. Une personne malade a la même dignité qu’une personne en bonne santé. Il arrive malheureusement trop souvent que les personnes souffrantes ne soient pas considérées, il n’y a plus qu’un malade. Comme si la personne derrière le malade n’était plus si importante. Pour Thomas, il faut protéger avant tout la dignité de la personne malade, de l’être humain et ne pas perdre de vue que la souffrance est une façon d’aimer Dieu. Et il parle longuement avec les personnes qui souffrent beaucoup émotionnellement ou physiquement. Il essaye de leur faire comprendre – surtout lorsqu’il sait que ce sont des personnes croyantes – qu’il faut voir la douleur dans une autre dimension. Pour cela il faut beaucoup de temps : d’abord pour traiter la personne dans toute sa dignité, indépendamment de sa confession religieuse ; puis, si la personne est croyante, alors il se sent en confiance pour lui parler de la souffrance sous l’aspect de l’offrande: « Vous avez une souffrance, offrez-la à Dieu. Du point de vue médical, je vais essayer de tout faire pour la guérir et la soulager ».

 

Il aime aussi beaucoup prévenir, ne pas attendre que le patient ait un problème grave. C’est pourquoi quand un patient nouveau arrive, il fait des examens nécessaires pour savoir dans quel état il arrive et comment il peut prévenir les problèmes futurs. 

 

Propos recueillis par Marie Isabelle Schallenberg

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

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