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L’étonnante origine du chemin de croix

Il est des traditions si anciennes qu’on ne se demande même plus d’où elles viennent et comment elles ont commencé. Elles font tellement partie de la vie de l’Église qu’on s’imaginerait presque qu’elles ont toujours existé. Pourtant, toute tradition ne demeure vivante que dans la mesure où elle demeure fidèle à son origine — dans la mesure, pourrait-on dire, où son origine, si lointaine soit-elle dans le passé, demeure vivante et présente en elle.

Il en est ainsi du chemin de croix. Cette ancienne tradition, qui reste accrochée aux murs de nos églises, est ravivée chaque année pendant les vendredis de carême. Parmi les quatorze stations, il en est qui correspondent au texte des évangiles (comme la mise à contribution de Simon de Cyrène), tandis que d’autres n’ont pas de racine dans les évangiles (comme l’intervention de Véronique ou les trois chutes de Jésus). D’où vient donc cette tradition ? Comment a-t-elle commencé ?

L’origine du chemin de croix nous est révélée par une mystique allemande, la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich (1774-1824), dans le dernier chapitre sa ‘Vie de Marie’. Les lignes qui suivent traduisent des visions que la mystique eut de Marie après son départ de Jérusalem. Après l’Ascension, en effet, la communauté chrétienne demeure plusieurs années à Jérusalem, jusqu’à la démission de Ponce Pilate par l’empereur, qui marque le début, en 36-37, d’une première vague de persécution des chrétiens par les juifs. Les chrétiens quittent alors la terre sainte. Marie, avec l’apôtre Jean à qui elle a été confiée par Jésus, se rend à Éphèse, où elle mène une vie cachée dans les collines, à l’extérieur de la ville, dans une petite maison qui se visite encore aujourd’hui. Voici ce que nous dit la Bienheureuse Anne-Catherine :

« A quelque distance derrière la maison, sur le chemin qui menait au sommet de la montagne, la sainte Vierge avait disposé une espèce de chemin de la Croix. Quand elle habitait Jérusalem, elle n’avait jamais cessé, depuis la mort de son Fils, de suivre sa voie douloureuse, et d’arroser de ses larmes les lieux où il avait souffert. Elle en avait mesuré pas à pas tous les intervalles, et son amour ne pouvait se passer de la contemplation incessante de ce chemin de douleur.

Peu de temps après son arrivée ici, je la vis journellement se livrer à ces méditations sur la Passion, en suivant le chemin qui conduisait au haut de la montagne. Au commencement elle y allait seule, et elle mesurait, d’après le nombre des pas qu’elle avait si souvent comptés, la distance entre les diverses places où avait eu lieu quelque incident de la Passion du Sauveur. A chacune de ces places elle érigea une pierre ; ou, s’il s’y trouvait un arbre, elle y faisait une marque. Le chemin conduisait dans un bois, où un monticule représentait le Calvaire ; et une petite grotte dans un autre monticule, le Saint Sépulcre.

Quand elle eut divisé en douze stations ce chemin de la Croix, elle le suivit avec sa servante, plongée dans une contemplation silencieuse. Elles s’asseyaient à chacun des endroits qui rappelaient un épisode de la Passion, en méditaient dans leur cœur la signification mystérieuse, et remerciaient le Seigneur de son amour, en versant des larmes de compassion. Plus tard, elle arrangea mieux les stations. Je la vis écrire, avec un poinçon, sur chacune des pierres, l’indication du lieu qu’elle représentait, le nombre des pas et d’autres choses semblables. Je la vis aussi nettoyer la grotte du Saint Sépulcre, et la disposer de manière à ce qu’on pût y prier commodément.

Je ne vis pas à ces stations d’image, ni même de croix à demeure fixe. C’étaient de simples pierres commémoratives, avec des inscriptions. Mais avec le temps tout cela fut de mieux en mieux ordonné et arrangé ; même après la mort de la sainte Vierge, je vis ce chemin de la Croix fréquenté par des chrétiens qui s’y prosternaient et baisaient la terre. »

Maison de la Vierge Marie à Éphèse

Les stations du chemin nous donc entrer directement dans la mémoire et dans la méditation de celle qui « gardait toutes choses et les méditait dans son cœur ». Comme il est émouvant de penser que Marie a ainsi gardé la mémoire de cette femme, cette inconnue, qui est sortie de la foule pour s’approcher de son fils, et lui essuyer le visage…

Au-delà du chemin de croix, cette vision d’Anne-Catherine Emmerich nous rappelle que toute tradition a une origine, que cette origine est toujours personnelle et que respecter une tradition, ce n’est pas perpétuer une habitude, mais entrer dans une contemplation personnelle du mystère, contemplation qui est toujours à la fois celle de l’Église, et celle de Marie, mère de l’Église.

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