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« Espérir », un recueil pour s’éveiller aux clartés du monde

« Éveiller, donner de l’ardeur » : tel est le sens, en ancien français, du mot-titre de ce premier recueil de poèmes de Denis Cardinaux. Un verbe qui littéralement appelle l’Esprit. « Que sa grâce vous esperit » entend-on au XVe siècle à Angers, dans le Mystère de la Résurrection dédié au roi René. Ce titre donne la clé de l’ouvrage : il est racine, sève, souffle ; terre et ciel à la fois. Classique ou libre, chaque strophe éveille l’être dans son rapport au monde, aiguise sa conscience, et rappelle à l’âme, vers après vers, qu’ « un ange caresse la joue du monde ».

Le recueil s’articule en trois parties qui s’enfantent les unes les autres. Des « Vasques » brisées sont annoncées dans « Tu peux, Beauté », laquelle est elle-même annoncée dans « Bleu-Kazakhstan ».

Tout commence dans cet ailleurs steppique qui sent la terre solide, rude et pure comme le cœur d’un marcheur. L’auteur n’a qu’entre 23 et 28 ans au moment où il compose ces textes. Son paysage bleu et vaste des origines rappelle celui d’une Genèse revisitée, où le jardin ombragé d’Eve serait remplacé par les hauts plateaux d’Adam. La quête sacrée de ce recueil ne tient pas du mystère concentrique du cloître mais du parcours à Ciel ouvert. Elle est un Voyage, une marche au rythme éternel des pas d’un homme qui se sait homme sur la peau lourde de la Terre, la terre des « mutilés d’une guerre sans nom ».

Le cheminement ne pouvait que s’engager dans l’obscurité, dans la « Grande Nuit » du premier poème, puisqu’il n’est qu’inlassable recherche de Lumière. Il faut d’abord « pénétrer les sciences de la nuit » pour pouvoir redécouvrir la clarté avec l’émerveillement du premier jour. Le poète voyageur est un quêteur de feu. Flamme, étincelle, soleil glorieux ou lunaire clair-obscur… il saisit tous les éclairages qui s’offrent à sa perception pour révéler les contours du réel, et en dégager, au-delà des énigmes, « la bénédiction de l’évidence ».

Si les sensations physiques sont recueillies avec cette précision aiguë, c’est qu’elles sont autant de notes dont la justesse est cruciale pour saisir l’harmonie du monde. L’« homme du sol et des clartés terrestres » est ce voyageur faisant de courtes haltes pour scruter le son et l’essence des choses dans l’hyper-présent d’un silence. Mais sans lourdeur, sans angoisse, dans la liberté tranquille de celui qui sait qu’il va quelque part, et que tout sera éclairé en son temps. La concision est ici un art de la marche, une discipline du regard. Il ne s’agit pas de se repaître mais de communier ; il ne s’agit pas d’appesantir, mais bien d’ « espérir ». Périr à ses primes interprétations pour mieux espérer. Spiritualiser le périssable. Réentendre dans les cloaques « le timbre des étoiles ». Laisser survenir, pas à pas, souffle après souffle, l’état d’hyper-conscience qui peut s’appeler prière, contemplation devant l’« icône » par excellence qu’est le monde créé.

Marie Malherbe

Le recueil est déjà publié, en attendant sa distribution, vous pouvez le demander  ici.

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