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Lettre de Roumanie (3/4) : vers la joie

Suite de la 3ème lettre d’Hermine Pillet, datée du 12 juillet 2019, en mission au Point-Cœur Saint Nicolas de Deva, Roumanie. 

Les éclats de rire de la prison

Chaque mercredi, nous allons à Mintia, un village situé à l’extérieur de Deva, où se trouve un quartier tzigane particulièrement pauvre, sans doute celui où j’ai découvert les plus belles richesses. Les premiers mois, j’ai reçu comme une douloureuse épine dans le cœur, la violence des enfants de ce quartier : leurs gestes, leurs paroles, leurs regards hurlaient trop brutalement toutes les souffrances qu’ils ne parvenaient pas à exprimer. Immense douleur que de voir ces enfants, si petits et déjà tant de fois blessés par la vie. Impossible de détacher mon regard de ces plaies secrètes dont chacun d’eux semble souffrir plus que je ne peux l’imaginer. Impossible de fermer l’œil le soir, en pensant à ces vies si durement éprouvées. Impossible aussi, en apprenant à les connaître, de ne pas les aimer de tout mon cœur. Petit à petit, au fil des jeux, des courses et des tours de magie, nous nous sommes apprivoisés. Ils n’ont plus eu peur de moi, ni de ce que je pouvais penser à leur sujet. Je n’ai plus eu peur d’eux, de m’approcher au plus près de leur souffrance au risque d’en être éclaboussée. Et nous avons appris à jouer ensemble, à rire et à nous taquiner, à inventer des histoires où chacun peut glisser un peu de ce qu’il a sur le cœur, ou à faire des bêtises (toutes petites bien-sûr), de celles qui font renaître l’innocence de l’enfance.

Edi

Chaque mercredi désormais, Serban, Sebi, Artur, Moise, Edi et tous les autres, se retrouvent ensemble pour jouer à la prison. Une prison pas comme les autres parce qu’on y rigole beaucoup ! Une prison faite de planches de bois ou de vieux tapis poussiéreux. Une prison où les voleurs et les policiers échangent allègrement leurs rôles. Une prison dont il faut s’échapper le plus vite possible lorsque les gardiens se sont « endormis » dans des ronflements trop bruyants pour être vrais. Une prison où l’on retourne, après avoir couru à perdre haleine, poursuivi par une flopée de petits policiers hilares, hauts comme trois pommes. Une prison où, quand on vient d’être attrapé, il faut pleurer de tout son cœur en appelant sa maman jusqu’à ce que les petits gardiens soient morts de rire. Une prison où chacun s’exprime à sa façon : le petit Sebi, en s’asseyant tout près de moi parce que ce petit policier-là, ce qu’il attend, c’est un gros câlin ! Serban, en courant le plus vite possible et en tirant pour de faux de bruyants coups de pistolet, parce que ça lui donne l’air d’être le chef. Edi, en criant de toutes ses forces : « Mâinile sus »« les mains en l’air ! », quand il a enfin rattrapé le voleur, d’un air bien trop sérieux pour ses quatre ans. Gabi qui, lui, se contente de regarder cette petite bande délurée courir en tous sens : il est heureux !

Les petits policiers

Et la joie de ceux qui se trouvent derrière les barreaux vient parfois contaminer ceux qui passent un peu trop près. Cette petite dame, qui s’ennuie et tourne en rond sur le seuil de sa baraque et qui, un beau jour, alors que je m’appliquais à pleurer pour de faux, enfermée dans ma prison, s’est tout d’un coup mise à rire, d’un rire intarissable et aussi communicatif qu’inattendu. Les petits visages, d’abord surpris, se sont tournés vers elle et, à leur tour, se sont pliés en mille éclats de rire.

(à suivre…)

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