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Se donner, est comme l’unique moyen de se sauver

Héloïse du Réau, volontaire française actuellement en mission au Point-coeur San José Lopez à Cuba, partage quelques fiorettis de ses belles rencontres. Voici un extrait de sa lettre aux parrains datée du 25 août 2019.

Guillemette (volontaire) avec une amie du Point-Coeur – Cuba

J’aimerais vous raconter maintenant deux beaux moments qui témoignent pour moi de la véritable joie, celle qui n’occulte pas la souffrance, mais qui l’embrasse. 

Dayan et Pedrito

Ce sont deux amis du lieu de vie pour personnes handicapées que nous visitons chaque semaine. Un mardi matin, en arrivant là-bas, mon regard se pose sur Pedrito et Dayan assis l’un à côté de l’autre. Les deux sont un peu voutés en avant et semblent comploter quelque chose. En m’approchant, je vois dans les mains de Dayan, le chapelet de Pedrito et, sur les genoux de Pedrito, leurs casquettes respectives. Pas de complot ici, sinon deux personnes qui se réunissent pour prier. Je les rejoins, heureuse de pouvoir partager ce moment avec eux. Ensemble nous offrons une dizaine du chapelet pour leurs intentions. Ils ne peuvent peut-être pas parler, ou peu, mais il suffit de les regarder à cet instant, pour savoir que tout leur cœur est tourné vers le Seigneur. Ils sont profondément recueillis. A la fin de ce temps de prière, je dessine une croix sur le front de Dayan, qui me rend son plus beau sourire. Pedrito prend son temps et fait son signe de croix tout seul. Mais il attrape ma main et la colle à son front, pour que je fasse de même avec lui. Il récupère ensuite son chapelet des mains de Dayan et le range dans sa banane, poche avant, lieu dédié à cet effet. Il me demande seulement de l’aider pour fermer la fermeture éclair. Chaque fois, sa persévérance dans les tâches qu’il veut accomplir, m’impressionne. S’il rate, il recommence, jusqu’au moment où il y arrivera. Il entreprend ensuite de remettre sa casquette et me donne celle de Dayan pour que je la fixe sur sa tête. Pedrito a appris à se découvrir pour prier et, maintenant, il a à cœur de l’enseigner.

Pedrito a une cinquantaine d’années, Dayan, seize ans. Le premier a une foi inébranlable et le second se prépare à recevoir le baptême. Pour cette occasion, Pedrito me fait comprendre qu’il aimerait que nous offrions un chapelet à Dayan. Il prend son rôle de parrain très au sérieux. Il souhaite accompagner son ami dans son chemin de foi. Dayan, lui, a ce désir si pur de devenir enfant de Dieu. Il suit en confiance l’exemple de Pedrito. En s’arrêtant et en les regardant, en prenant le temps d’être avec eux, on y découvre des maîtres. Des maîtres dans la fidélité à la prière, des maîtres dans la manière de se préparer et de se recueillir, des maîtres dans l’abandon au Christ. Ils pourraient entrer dans la plainte constante ou dans la tristesse, mais ils ont choisi d’offrir leur vie et de rayonner de l’amour du Christ au milieu des autres. Quel signe d’espérance, quelle lumière au milieu de tant de souffrance !   

Il y a quelques jours, nous sommes allées là-bas avec un petit groupe d’adolescents qui veulent rencontrer nos amis de ce lieu. J’aimerais vous décrire un moment, celui qui m’a le plus touchée. En écoutant un de ces jeunes jouer de la guitare, Pedrito m’envoie le chercher pour qu’il joue à ses pieds. Devant lui s’exécute donc Raley, avec une chanson connue. Se joint à lui deux autres jeunes et, peu à peu, quelques amis. Tous chantent, dansent, tapent des mains et savourent le plus possible ce petit instant de bonheur ! Au loin, j’aperçois Milagro, en fauteuil roulant, qui vient d’être sortie dans le patio. En voyant ce qu’il se passe, elle se dirige vers nous et un sourire immense illumine son visage. Plus elle se rapproche, plus il se fait grand, plus elle agite ses jambes au rythme de la musique. Jessica lâche alors son déambulateur, attrape les pieds de Milagro et danse avec elle. La scène est belle : ces jeunes adolescents qui veulent partager avec eux un moment gratuit et ces amis qui, une fois de plus, nous impressionnent par la joie qu’ils savent transmettent. Sur le chemin du retour, un des jeunes nous dit qu’il est entré dans ce lieu « normal » et qu’il s’étonne d’en sortir aussi joyeux, en pensant à tout ce qui a pu le choquer à première vue. Un mystère pour lui ou, peut-être, l’œuvre de Dieu…

 

Photo du baptême : Dayan (au centre), entouré de Pedrito son parrain et Odalys sa marraine

Martika et Jose 

C‘est une de nos amis, Irma, qui nous a emmenées chez eux. Elle est leur voisine d’en face. Martika et Jose sont arrivés depuis deux ans dans le quartier pour s’occuper d’une personne de leur famille qui est malade, elle s’appelle Ofélia. Irma nous fait part aussi de leur présence et attention à son égard. « Ils sont de ces voisins qui éclairent votre journée », nous dit-elle. Il y a peu, Irma a appris qu’Ofelia ne va pas bien du tout. En discutant avec Martika, cette dernière lui demande si elle connaît des membres de l’Eglise, qui pourraient l’accompagner dans ses derniers jours. Martika se souvient qu’Ofelia est très attachée à la Virgen de la Caridad, sainte patronne de Cuba. Irma nous conduit donc une première fois là-bas, nous discutons un peu avec eux à l’entrée de leur maison. Ils nous expliquent qu’ils ne connaissent pas grand-chose de tout ça, qu’ils ne savent pas si Ofelia est baptisée, mais qu’ils aimeraient qu’elle puisse recevoir une bénédiction. Ils savent que pour elle, cela a du sens. Nous revenons donc, le jour-même, avec un prêtre. Ofelia reçoit le baptême et le sacrement des malades, en la présence de Martika et Jose, particulièrement émus. Le lendemain, elle rejoint le Père. 

Quelques jours plus tard, nous les rencontrons dans la rue. Ils nous disent qu’ils aimeraient nous connaître un peu plus et rencontrer de nouveau le prêtre, ils aimeraient partager avec nous sur ce temps fort… Nous les visitons donc. Ils nous racontent comment ils ont passé ces derniers jours, les derniers souvenirs qu’ils ont, le vide, mais aussi la joie de se retrouver en famille… Nous apprenons qu’Ofelia est la belle-mère de la sœur de Martika. La relation familiale peut paraître un peu loin mais, pourtant, quand ils ont appris qu’elle se retrouvait seule et malade, ils ont tout lâché pour venir s’occuper d’elle. Pour eux, c’était évident qu’ils ne la laisseraient pas seule. Ils savent, qu’ici, les familles sont particulièrement éclatées, alors ils ont décidé de lui en offrir une. Pas toujours simple de jongler avec le fils adolescent de Martika, et Ofelia, mais le désir d’être unis est plus fort. Ils nous font part, aussi, de leur travail, de leurs préoccupations. Jose nous raconte comment il est sorti de l’alcoolisme depuis huit ans et cinq mois et Martika nous parle de ses fils qui ont trouvé en lui une figure paternelle. Ils sont curieux, aussi, de comprendre « les choses de la Foi ». Ils ont soif de comprendre, de partager et, surtout, de se donner. D’entrée de jeu, ils se montrent disponibles pour n’importe quel service qu’ils peuvent rendre au prêtre, à la paroisse, ou à nous. 

Se donner, est comme l’unique moyen de se sauver, de se reconstruire et d’être heureux. Pour Jose, son égoïsme est la cause de son alcoolisme. Regarder les autres et accepter sa fragilité est ce qui lui a permis de changer. Se donner est ce qui lui permet de se maintenir. En quelques mots, Jose et Martika nous éduquent au don de soi et témoignent de la joie que cela donne. Chacun a, derrière lui, des blessures importantes et certaines toujours à vif mais, en étant au service des autres, ils avancent heureux.

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