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Parce que Dieu m’a aimée en premier

Sofia Ambort, volontaire Argentine, terminant son temps de mission au Point-Cœur Saint Jerónimo Emiliani en Equateur, s’adresse à ses parrains qui l’ont soutenue spirituellement ou financièrement tout le temps de sa mission, en leur remettant quelques fiorettis de l’expérience qu’elle a vécue. Voici un extrait de sa dernière lettre aux parrains. 

 

Point-cœur Equateur

 

Me voici … vous écrivant les lignes de ma dernière lettre, en compagnie de Jésus Hostie qui se cache dans le tabernacle de la petite chapelle que nous avons le privilège d’avoir dans notre maison : avec le bruit de fond de la musique forte du quartier, le rire des voisins qui s’assoient devant leur maison pour partager des moments de famille, le cri des enfants que mon oreille perçoit de tous côtés … des enfants qui jouent, qui pleurent et crient aussi, mais qui sont encore des enfants, mes enfants … mes maîtres !

Je n’aurais jamais pensé que ces choses si simples, ces gens si petits, si souffrants, mais si riches, avec un désir de donner et de se donner, m’éduqueraient autant pour la vie, la vie qui commence sur terre et se poursuit sans fin au ciel. Parce que dans l’expérience, la grande expérience de les aimer, j’ai compris que j’étais faite pour le ciel, que je ne peux atteindre que par la voie dure et belle de l’amour. Je termine cette grande mission que Dieu a généreusement mise entre mes mains, sa générosité qui a toujours précédé la mienne, parce qu’en elle Il ne se laisse pas emporter. Il s’est donné à moi dans les petits, Il s’est incarné pour moi dans la nature humaine, en elle, en embrassant nos enfants, en réconfortant un ami triste, et en pardonnant à ma communauté, en regardant chaque visage dans toute sa profondeur.

« Elle était au pied de la Croix et Elle se tenait debout. »  L’attitude de Marie qui est devenue nécessaire chaque jour de la mission. Deux attitudes qui ne vont pas l’une sans l’autre. Etre près de la Croix d’un enfant qui n’est pas regardé par ses parents, d’une mère qui pleure la perte inexplicable de sa fille, d’un ami de l’hôpital psychiatrique qui a été oublié par ceux qu’il aime le plus, et d’un jeune qui cherche son identité sans savoir où la trouver. Différentes croix qui exigeaient des personnes se tenant debout : pour que ceux qui la portent soient regardés, consolés, accompagnés…

 

Point-cœur Equateur

 

J’ai vécu un stabat juxta dans les attitudes et dans le cœur, même si souvent, parce que j’étais si limitée, je me tenais – mais loin – de ce frère de communauté qui avait besoin de moi, ou de cet enfant à la porte qui m’appelait et je n’ai pas su répondre comme il le fallait. Je suis arrivée à la mission en pensant que je pouvais être capable d’aimer comme mon cœur le désirait, ou que c’était facile de le faire, mais je pars avec la belle leçon que si je peux aimer c’est parce que Dieu m’a aimée en premier parce qu’Il a choisi d’aimer en moi. C’est d’une dépendance totale vis-à-vis du Christ dont il s’agit.

La mission pour moi était celle d’essayer d’être fidèle au dessein de Dieu dans ma vie, celui de me faire vivre la grande expérience d’aimer et d’être aimée. Une expérience qui m’a éduquée et qui m’a permis de reconnaître mes maîtres, de reconnaître que je devais tout désapprendre pour apprendre à apprendre. Un mystère que je ne peux pas et ne veux pas comprendre, mais dans lequel je tiens à y demeurer. Et cette école de l’amour continue…

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