Home > Littérature > Poème sur le quai du monde

 

Baixa 

 

Ville retraversée par ton attente de lumière
où Dieu accosterait les tentatives de l’esprit,
prodige retenu dans ton effacement,
– ce que tu ne dis pas,
ce front baissé devant le fleuve
au nom confus de grand voyage -,
ton centre, fortuitement, celui du monde,
ces deux colonnes, la conjonction
de l’âme et de l’aurore
cette descente dans les tons adoucis du rivage
et le remugle du départ, algues pour mieux attendre
un jour immense et déjà vu.
Rester pour épeler du fond meurtris cette lumière
– ici, dans le soleil, sa note détachée -,
pour engendrer l’exactitude du désir
et sur le globe en contre-jour de la beauté
voir cet oiseau, piteux, lustrer ses plumes.
Tel un voile effleuré qui sur le seuil
se soulève, puis, doucement s’apaise,
cette envolée à hauteur d’homme de ramiers
abouche  l’horizon, puis s’en revient
poser son éloquence en contrebas sur les galets.
Et d’ici, qu’aurait-on dû vouloir ?
Mais là, un peu devant et soulevée très doucement,
la flottaison de ce qui semble un oiseau mort,
son aile redressée
comme une voile.

Denis Cardinaux

Photo : Arturo Pastor, Quai des Colonnes, Lisbonne (Source)

Vous aimerez aussi
Toute chose est lourde de lumière
Nous ne sommes pas des îles !
Le silence apprivoisé
Milan mise à nue

2 Commentaires