Home > Société > Les choses parlent

Je fais la vaisselle et je l’écoute. Elle n’arrête pas de me parler, elle communique. Les choses sont une langue que l’on entend quand on n’est pas occupé avec soi-même. On peut les entendre si on se tait. C’est la même chose avec les gens : je remarque que les gens me parlent d’une manière différente du moment que je vis moins préoccupé par moi-même.

 

Photo : © Anne Gallot

 

L’autre jour, une connaissance m’a fait part de ses craintes concernant sa santé, révélant une hypocondrie mortelle. Jusqu’à présent, il avait semblé insouciant, mais il s’est ensuite retrouvé en insécurité, victime d’une appréhension. En réfléchissant à ce mystère, je me suis rendu compte qu’il ne m’avait jamais parlé de la sorte car je ne l’avais jamais entendu auparavant. Dans la conversation, si nous renonçons à notre protagonisme, le langage de l’autre se dégage en percevant en nous une écoute sans prétention. Parce que les gens qui nous entourent doivent être pris en compte. Tout comme les choses : ces plats que je savonne.

 

Tableau à l’huile de Frédéric Eymeri – Troisième recherche de l’objet – 500×500 mm

 

La pratique de la prière du cœur m’aide à voir que je vis comme un sourd : quand on s’arrête, on découvre que ce n’est pas que la réalité est muette, mais qu’on vit avec un bouchon dans les oreilles. C’est un excellent ORL, mon petit tabouret en bois. Nous n’écoutons pas la réalité parce que nous la manipulons. Je veux dire que nous utilisons les choses à nos propres fins. Je peux faire la vaisselle en cherchant une récompense émotionnelle, un changement d’attitude de ma femme après une dispute, ou je peux faire la vaisselle sans attendre de récompense, sans même chercher un conseil spirituel. Je verrai alors les vrais plats, car la réalité n’est plus mon majordome.

La prière du cœur renforce la perception de ce qui se passe sans moi, malgré moi, au-delà de moi. Lorsque nous luttons contre ce cérumen qui nous empêche de percevoir, ce que beaucoup de traditions appellent l’ego, alors nous entendons les plats que nous rinçons dans la cuisine, le visage d’un enfant, les arbres de la rue que nous traversons, celui qui nous parle d’une souffrance, d’une lumière dans la maison. Tout annonce une Présence. L’amour sonne, la réalité. Je ne fais pas de théories, mais je raconte ce qui m’arrive : que je suis différent parce que je commence à écouter les choses qui m’entourent. La vaisselle que je fais.

 

Tableau à l’huile de Frédéric Eymeri – Quatrième recherche de l’objet – 550×460 mm

 

Article écrit par Jesús Montiel et publié le 15 mars 2020 sur le journal El Debate de Hoy.

Traduit de l’espagnol par C.M

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