Home > Spiritualité > L’Avent ou le Mystère de Marie

Marie attend l’enfant qui est déjà là. Elle vit dans la promesse de Noël, mais elle sait que depuis l’instant où elle a dit son oui tout est déjà accompli. Loin d’être un vide qui sera rempli seulement plus tard, son attente elle-même fait déjà partie de la plénitude du Christ qui sera révélée avec sa naissance. Et Marie sera la première qui recevra de le contempler. Dans tout attente humaine, il y a une certaine appréhension : l’homme, généralement, ne sait pas si, au moment décisif, il tiendra le coup et sera à la hauteur, s’il a tout disposé correctement pour que l’événement attendu acquière sa forme juste et adéquate. Marie, en revanche, a la certitude que l’enfant qu’elle attend est Dieu même. Le Père lui a envoyé l’ange pour le lui annoncer. Et par son consentement, d’emblée elle prend part à ce qui vient ; elle n’a pas besoin de se soucier, de se préoccuper. Ce qui vient est. C’est Dieu qui vient. Il apporte l’accomplissement qu’il est lui-même, et avec cela il garantit que ceux sont avec lui tiendront le coup et seront à la hauteur.

 

Madonna del Parto d’Antonio Veneziano

 

Au fur et à mesure que le temps avance, la venue imminente se fait, pour la Mère, de plus en plus sensible. Et simultanément, elle voit les hommes de façon toujours plus nette dans la lumière de la rédemption qui vient. Pour elle, à présent, tout ce que le Fils accomplira un jour est comme contenu en elle ; et ainsi, elle reçoit la plus intime participation à tout ce qui viendra. Or, ses pensées ne s’attachent pas à cela, mais uniquement à ce que le Fils réalisera. Elle n’est que le point de départ, dans un recueillement tendu au don de soi, dans l’attente de l’accomplissement de Dieu. Et c’est justement dans cette attente que réside sa coopération.

Quand nous célébrons l’Avent avec elle, et que par la contemplation nous nous tournons vers son mystère marial, il nous convient de déposer une bonne fois tout ce que nous savons sur le christianisme et la vie de l’Église, et de remonter à cette cellule originaire de la vie chrétienne pour voir le Seigneur comme celui qui vient et qui accomplit la promesse. En son devenir, il est déjà ; en sa venue, il donne déjà. À sa mère, il offre la certitude de sa mission, et cette certitude contient la connaissance assurée de la rédemption du monde. Et ce cadeau ne s’arrête pas en elle ; il passe à travers elle à l’Église, jusqu’à nous. Nous y avons part. Lorsque Marie rencontre dans son entourage des personnes connues, elle les regarde du point de vue de la rédemption. Elles aussi sont de ces gens auxquels elle doit porter son Fils. Et le cercle s’élargit aux inconnus, à ceux qu’elle croise par hasard, aux lointains qu’elle ne verra jamais, qu’elle ne connaît pas du tout. Or, tous ont également besoin de la rédemption, et c’est la raison pour laquelle elle a quelque chose à donner à tous : son Fils. Et elle se réjouira donc de tous, parce qu’elle peut offrir à tous ce cadeau. Il ne sera que rarement question d’une tâche visible, saisissable, il s’agira presque toujours d’une tâche qui s’accomplit uniquement à l’intérieur du grand don de soi de Marie à Dieu. Ainsi, il y a dans sa mission quelque chose d’absolument imprévisible au moment de son fiat et qui devient visible à présent : l’inclusion de tous les autres ; la présence de tous dans l’attente du rédempteur. Même de ceux qui n’en savent encore rien, qui ne peuvent pas comprendre cela. L’accomplissement se trouve auprès de Dieu. Mais il se trouve aussi dans la vocation propre de Marie, dans sa mise à disposition, sa disponibilité, sa persévérance dans cette attitude. Et donc il réside aussi dans l’invitation qu’elle adresse à tous d’être présents et de collaborer, d’avoir part à sa participation, afin que tous puissent participer à la fête que le Fils prépare à sa Mère – sans émoussement au fil des temps – afin que ce soit Noël pour chacun, hier comme aujourd’hui, toujours et à jamais.

Dans cette confluence de tous les temps dans le temps de l’Avent, se trouve, caché au fond, le mystère de Marie : comment elle s’inscrit dans plus grand qu’elle, comment elle marche avec, comprend, obéit, aime. En tant qu’invités, il nous est donné de participer avec elle à son espérance, qui est fondée dans sa mission et, à travers celle-ci, dans la mission de chaque personne qui partage la foi. Il n’y a sans doute pas de meilleure préparation à Noël que cette conscience d’être contenus dans la prière de la Mère. Et dans son intrépide certitude que, par la grâce du Fils, nous serons à la hauteur de ses attentes à lui, le jour où il viendra à nous.

 

Adrienne Von Speyr, L’Avent, dans « École suisse » 41 (11.1954),

numéro spécial « L’Avent et Noël à l’école », 459-460

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