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L’amour : âme du ministère sacerdotal

En ce jeudi Saint, nous appuyant sur les commentaires d’Adrienne Von Speyr, nous allons suivre la vocation de saint Jean qui repose sa tête sur le cœur du Christ, qui reçoit le testament du Christ à la Croix, qui a pour mission de « demeurer dans l’amour ».

 

© Olena Smaha – A fragment of Passions Christi

 

L’amour de Jean est un abandon total et confiant dans les mains du Seigneur qui ne cesse de dilater le cœur de son ami. Cette dilatation introduit Saint Jean dans le « toujours-plus » de l’amour trinitaire : « Etant celui qui connait l’amour du Seigneur, Jean est aussi celui qui connait particulièrement son toujours-plus. Celui-ci est, premièrement, le toujours-plus des relations entre les deux amis, le Christ et Jean. Deuxièmement, c’est le toujours-plus ressenti par Jean dans la prière et la prédication. Et troisièmement, le toujours-plus révélé dans la vision de l’Apocalypse » [1]Jean. Le Verbe s’est fait chair I, p12

Autrement dit, l’amitié du Seigneur introduit Saint Jean dans une mission toujours plus grande, belle et exigeante. L’amitié ouvre un horizon toujours plus vaste, elle n’est jamais exclusive mais conduit à l’adoration : « Que Jean offre son amitié aux autres apôtres, qu’il aime son prochain, qu’il rencontre quelqu’un, il sent toujours combien le Seigneur l’aime et que cet amour du Seigneur n’a pas le droit de s’arrêter à lui, que lui-même doit servir au Seigneur d’exemple pour les hommes, pour toute forme d’amour. Et là encore, il n’y aucune contrainte. Cela va de soi, c’est tellement naturel, que dans le même esprit, Jean passe de l’amitié à l’adoration ; en tant qu’adoration, il est ami ; en tant qu’ami, il adore. Cela d’une manière qui serait impossible chez les hommes, mais qui est la condition pour que le Seigneur puisse offrir à Jean son amitié et que celui-ci n’en abuse pas. C’est la manifestation d’une délicatesse infinie et virile, d’un respect dans l’amour. Ainsi en est-il du premier toujours-plus qui résulte du contact avec le Seigneur et forme un nouvel arrière-plan sur lequel la figure humaine du Seigneur se détache, faisant ressortir plus clairement son contour » [2]Jean. Le Verbe s’est fait chair I, p12

Jean est le premier disciple à suivre le Christ [3]Jn 1,35 , cela lui donne une place d’archétype pari les saints. Chaque mission a une couleur unique, mais avant de commencer les étapes-clés de sa vocation, Adrienne fait remarquer que l’amour préférentiel pour Jean révèle que la mission n’est pas d’abord une « tâche » ou une fonction, mais un don gratuit : « L’apôtre Jean fait partie de cette suite, il est le premier appelé, parce qu’il est l’amour. Il n’est ni vocation, ni choix, ni fonction aucune qui ne reposent sur le fondement déjà établi de l’amour. Ainsi en est-il partout dans l’Eglise catholique. Les disciples suivent le Seigneur sans qu’Il soit dit où, ni jusqu’où, ni jusqu’à quand. C’est un engagement simple, pour toujours » [4]Jean. Le Verbe s’est fait chair II, p19

Reposer sa tête sur le cœur du Christ

Le rapport entre Jean et Jésus est tout autre que celui des disciples, en particulier au moment de la Passion. Jean ne parle pas explicitement de l’Institution de l’Eucharistie au dernier repas. Il en donne plutôt le sens et le « contenu » par le récit des gestes de tendresse du Christ qui lave de ses mains les pieds de ses amis et laisse Jean reposer sa tête sur son cœur. Adrienne explique le sens de la place privilégiée de Jean :

« Le Seigneur consent à cette manière d’exprimer l’amour, pour que tous les autres y reconnaissent l’amour. Il ne les serre pas tous l’un après l’autre dans ses bras. Il confère un ministère d’amour, ministère assez souvent difficile à comprendre et qui n’est perceptible qu’à bien peu, parce que fréquemment il n’agit pas de façon extérieure. Pour être aperçu et compris, il a lui-même besoin de l’amour. Jean est ici en même temps le premier prêtre et comme tel, un encouragement à l’amour. Il fait voir que le ministère sacerdotal n’exclut pas du tout le ministère d’amour, que l’amour en est plutôt l’âme. Aussi longtemps qu’un prêtre n’aurait pas le courage de poser sa tête sur la poitrine du Seigneur, son amour ne serait pas encore pleinement donné. Ce que Jean représente de façon exemplaire, c’est l’abandon total dans l’amour, le repos dans l’amour, dans un amour qui ne se préoccupe plus uniquement d’agir et d’exiger, mais qui pour une fois n’est qu’amour et repose comme amour ». [5]Jean, Le Discours d’adieu, I, pp. 62-64

Toute la mission de Jean découle de cette expérience d’être préféré, d’être aimé, de communier avec son ami dans une intimité qui intègre leurs missions respectives et leur joie d’être ensemble.

Saint Pierre reconnait la mission de Saint Jean et le mandate pour demander au Christ qui sera le traitre. Jean est ainsi entre l’Eglise et le Seigneur. Adrienne Von Speyr compare cette situation de Jean qui interroge le Seigneur, à la vie contemplative qui dialogue et prie le Seigneur au nom de toute l’Eglise, car tout doit passer dans l’amour : « Le dialogue d’une personne aimante avec le Seigneur ne peut plus être un entretien privé, car l’amour la poussera à renoncer de plus en plus à ses droits pour devenir un instrument du Seigneur et de l’Eglise. Il conformera de plus en plus ses pensées et ses soucis aux pensées et aux soucis du Seigneur et de l’Eglise. L’Eglise laissera, il est vrai, toute liberté à ceux qui aiment, quant à la manière de formuler leur prière et leurs questions, sous l’impulsion de leur amour. Toutefois elle s’adresse aux âmes aimantes, qui de tout temps appuient leur tête sur la poitrine du Seigneur » [6]Jean, Le Discours d’adieu, I, pp 65-66

Le disciple présent à la Croix

A la Croix, Jean est le seul disciple, li reçoit une double mission : celle d’accueillir Marie chez lui, comme sa mère et celle de se tenir au pied de l’humanité crucifiée. Jean a pour mission de protéger Marie, de protéger sa vulnérabilité, car Marie a tout perdu, de protéger son silence qui contemple le mystère de la rédemption, de protéger l’amour de Marie pour son Fils. Jean est le témoin de cette relation unique entre Jésus et sa mère et des ultimes paroles d’amour du Christ : il a la mission de transmettre ces secrets à Pierre et à l’Eglise. Cette mission de protéger la vulnérabilité de l’amour qui s’offre est le signe de l’amitié et de la confiance du Christ envers lui.

 

© Olena Smaha – A Fragment of The Crucifixion with precursors

 

De son coté, Marie reçoit la mission d’accompagner le ministère de l’amour de Saint Jean : « A la Mère est confié le sacerdoce de Jean ; elle le prend dans sa prière, elle assume tout ce qui, dans ses difficultés, se porte et se résout plus facilement par une femme. Et cette faculté féminine n’a pas seulement un caractère humain, elle est préfigurée dans sa conception tout immaculée et dans son service vis-à-vis du Fils : elle accomplit en Jean ce qu’elle a déjà accompli en son Fils, elle lui donne tout ce qui, en elle, tient du Fils. Elle est la première à qui, dans sa prière, est confié le sacerdoce. Elle tient la fonction féminine dans le sacerdoce. Le sacerdoce de Jean ne repose pas exclusivement sur son amitié avec le Seigneur. C’est un vrai ministère. Et la Mère est incluse dans ce ministère. Le Seigneur Lui-même l’a confiée à Jean. La fécondité de Marie devait participer à la dispersion eucharistique du Fils ; puisqu’elle lui a donné naissance, elle a dû avoir part à la naissance de l’Eglise. Le Seigneur lui donne cette part à travers Jean. Par lui, elle participe à la mission de tous les chrétiens. De même que la mission d’amour de Jean ne reste jamais purement personnelle, mais revêt un caractère ministériel et eucharistique, de même le sens universel de la mission de Marie s’achève, quand elle est confiée à Jean ». [7]Jean, Naissance de l’Eglise, I, pp.165-166

 

Jacques Bagnoud, Adrienne von Speyr, Médecin et mystique (extraits), Editions Chōra, pp.118-121

References

1, 2 Jean. Le Verbe s’est fait chair I, p12
3 Jn 1,35
4 Jean. Le Verbe s’est fait chair II, p19
5 Jean, Le Discours d’adieu, I, pp. 62-64
6 Jean, Le Discours d’adieu, I, pp 65-66
7 Jean, Naissance de l’Eglise, I, pp.165-166
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