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Foi chrétienne et compassion

Les enseignements de l’assemblée générale de Caritas International.

Michel Roy, nouveau secrétaire général de Caritas  International
CC BY-NC-SA www-france
 

L’assemblée générale des 164 organismes membres de Caritas International qui s’est tenue à Rome du 22 au 26 mai a été précédée d’une mini-crise : quelques semaines avant, le cardinal Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican, avait fait savoir que le Saint-Siège s’opposait à la reconduction du mandat de la secrétaire générale, la britannique Lesley Ann Knight. Cette décision provoqua une forte émotion au sein des Caritas nationales, et le cardinal Oscar Rodriguez Madariaga, archevêque de Tegucigalpa et président de C.I. , fit connaître son « incompréhension » devant cette décision.

Pour comprendre la position du Vatican, il faut réaliser que, avant d’être des organisations non gouvernementales, les Caritas sont des services d’Eglise chargés de mettre en œuvre sa diaconie. Pour des raisons juridiques et financières, elles ont des statuts de type associatif distincts des églises, mais tous les cadres des Caritas sont nommés par les évêques, à la différence des mouvements (le CCFD par exemple) qui sont autonomes.

La question qui a opposé le Vatican à Caritas International – en fait, à certaines Caritas nationales – est de nature à la fois politique et théologique : l’exercice de la charité chrétienne doit-il se faire en référence explicite à l’Eglise, ou doit-on considérer que tout acte de charité posé envers les pauvres s’exerce tacitement au nom du Christ et même envers lui (au sens de Matthieu 25)? Le débat n’est pas nouveau, et on voit tout de suite les caricatures auxquelles il peut se prêter : Rome veut qu’on utilise la charité pour « faire des chrétiens », les Caritas se laïcisent, etc. Le bénévole de base a un peu de mal à saisir l’enjeu du débat. En fond de tableau, une donnée bien réelle : les gouvernements ont de plus en plus tendance à se décharger sur les ONG, confessionnelles ou non, de l’assistance aux déshérités. Inévitable dans les pays en développement, institutionnalisé en Allemagne, ce phénomène gagne la France[1].

Une fois n’est pas coutume, c’est vers la France que l’on s’est tourné pour trouver un consensus : Michel Roy, directeur du plaidoyer international au Secours Catholique, a été élu secrétaire général à une large majorité et avec l’aval bienveillant du Vatican. Toujours très marqué par les intuitions de son fondateur Mgr Jean Rodhain et une spiritualité inspirée de Lourdes, le Secours Catholique / Caritas France a préservé son identité catholique tout en faisant référence dans la lutte contre la pauvreté et l’action internationale. « Nous avons beaucoup réfléchi à cette question » commente François Soulage, président du Secours Catholique. « Contrairement à d’autres Caritas davantage engagées sur des champs professionnels, comme en Allemagne  où la Caritas est chargée par l’État d’assurer les services sociaux, avec un grand nombre de salariés qui ne sont pas forcément des agents d’évangélisation. Il n’empêche que le Saint-Siège a posé la question importante du lien à faire entre l’exercice de la charité et notre foi de chrétiens ». De fait, nombre de bénévoles du Secours Catholique ont  un enracinement paroissial fort. Il est probable que la démarche Diaconia 2013 initiée par la conférence épiscopale française a aussi été accueillie favorablement  par le Vatican : sur le modèle d’Ecclesia 2007, son objectif est de rechercher l’harmonie entre les trois axes de la mission de l’Eglise : le service du frère (diakonia), le témoignage et l’annonce de la Parole (martyria) et la célébration du Seigneur (liturgeia).


[1] La démission de Xavier Emmanuelli de son poste de président du Samu social de Paris s’inscrit dans ce contexte (cf La Croix du 20/07/2011)

 

 

 

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5 Commentaires

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Oui, il parle de compassion : la diaconie de l'Eglise est compassion envers les deshérités, sur le modèle du Christ serviteur qui guerissait les malades et nourissait les foules . "Il eut pitié de cette foule", nous dit l'évangile de dimanche dernier. Le débat qui a eu lieu au sein des Caritas portait précisément sur la compassion, même si la mot n'est pas employé. :

  2. Franck C.

    Ne le prenez pas mal, mais, oui, c'était bien le sens de ma question… Je trouve que c'est une manière très malheureusement éloignée de la réalité que de parler de la compassion comme vous le faites dans cette article. A vrai dire, ce n'est pas tant l'article qui me fait réagir que votre titre avec cet article-là. bonne journée.

  3. Tabitha

    Je partage assez l'avis de Franck : l'article ne parle pas explicitement de compassion, ou alors on utilise le mot diaconie pour le mot compassion ….. or leur étymologie diffère et donc leur sens spécifique : ( cum-passio : endurer avec, donc souffrir avec  /  diakonos : serviteur)
    La compassion, c'est avant tout, sur le modèle du Christ, le partage des souffrances de ceux qui sont accablés par toutes sortes de maux. Il s'est offert pour nous, il a partagé notre vie d'homme en toutes choses, excepté le péché, et il a suscité des saints qui ont épousé cette mission reçue de lui, par exemple, de façon éminente St Damien de Molokaï mort de la lèpre contractée au serviice des lépreux relégués dans cette île de Hawaï.
    La diaconie , c'est le service, dans un sens plus général. Pour tous et par tous. C'est, par exemple,  la mission des Caritas qui, pour certaines, avaient enraciné leur action selon certains axiomes très politisés (toujours les mêmes, évidemment…..pas très original !)
    C'est ce à quoi le Vatican a voulu absolument mettre fin, avec  le mandat de Mme Knight : peut-on oeuvrer au sein des Caritas en gommant ( voire en s'opposant à….) la spécificité chrétienne ?

  4. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Je pense que la vision de la diaconie par thabita est erronée : la diaconie s'exerce au nom du Christ serviteur. En ce sens , elle ne peut s'exercer véritablement que si l'on porte les souffrances de l'autre.: c'est le sens du mot compassion.
    Le compte rendu d'une assemblée générale ne peut évidemment pas rendre compte de la somme d'amour et de compassion investi dans l'action caritative par chacun de ses acteurs. Mais ce constat vaut pour toute association, et même pour l'activité vaticane : les institutions sont au service de la mission de l'Eglise: annoncer, célébrer, servir ; elles ne la vivent pas en direct. L'interpellation adressée aux Caritas par le  Vatican était bien un rappel à servir comme le Christ. Nous sommes en plein dans le sujet qui nous occupe: la compassion.