Home > Cinéma, Théâtre > La grotte des rêves perdus

de Paul Anel          19 septembre 2011

En salle depuis le 31 août, "La Grotte des Rêves Perdus", de Werner Herzog, nous emmène en 3D dans l'exploration de la plus ancienne galerie d'art au monde…

Peinture de la grotte Chauvet

Il y a plus d'une surprise qui attend le spectateur de "La grotte des rêves oubliés". Mais parce que les images de ce documentaire en 3D sont si fortes, si irremplaçables, je puis en parler ici sans craindre de gâcher en rien l'expérience qui vous attend. Au contraire. Quiconque acceptera de suivre Werner Herzog dans ce qui est sans doute la plus grande découverte archéologique de ces dernières décennies ne regrettera pas ces 90 minutes, et sortira de cette grotte (et de la salle de cinéma) comme on revient d'un voyage extraordinaire: un voyage aux sources de l'humanité.

La grotte Chauvet, à laquelle est dédiée le film du réalisateur de Nosferatu et Grizzli Man, fut découverte dans les collines ardéchoises en 1994 par des chercheurs français. Au départ, c'est un simple et ténu courant d'air froid qui les avertit de la présence d'une ouverture dans la roche. Ils parviennent à trouver le conduit, à peine plus large qu'une cheminée, et s'y aventurent. Celui-ci débouche bientôt sur une enfilade de vastes salles au cœur même de la montagne. Ils découvriront plus tard que l'entrée en avait été obstruée par un éboulement il y a plusieurs milliers d'années, scellant ainsi ce qu'ils allaient découvrir être la plus ancienne galerie d'art au monde.

En effet, leur torche découvrent bientôt sur les murs de la grotte des fresques extraordinaires de réalisme et de force, représentant la faune qui foulait le sol de l'Ardèche il y a de cela 32 mille ans: lions, bisons, rhinocéros… Mais la grotte Chauvet nous révèle bien davantage que des animaux : elle est unique en cela qu'elle nous révèle qui est l'homme. En voici quelques exemples.

Un fait qui a beaucoup intrigué les chercheurs, c'est la superposition de plusieurs dessins du même animal, de telle sorte par exemple qu'un cheval semble avoir cinq pattes au lieu de quatre. Ou un rhinocéros deux, voire trois cornes au lieu d'une seule. Jusqu'à ce que l'un d'entre eux eut l'intuition géniale d'éteindre les lampes électriques, et d'allumer un feu devant la paroi. En effet, –et ce n'est pas le moindre mystère de cette grotte –, aucune peinture n'orne la première salle, celle dans laquelle s'engouffrait autrefois la lumière du soleil. Mais les peintures n'apparaissent que là où le soleil n'entrait pas, de sorte que le feu seul les éclairait… Et que découvrirent nos chercheurs à la lumière du feu ? Que ce dernier faisait danser les ombres sur la paroi, de telle sorte que les animaux semblaient se mettre en marche ! Il y a trente-deux mille ans, nos ancêtres savaient donc observer et le mouvement de l'animal, et les contours irréguliers de la paroi, et la lumière dansante d'une flamme, et unifier tout cela dans une œuvre d'art… Il y a trente-deux mille ans, l'homme était loin d'être un animal : il était artiste, metteur en scène, et savait recréer l'animé à partir de l'inanimé.

Autre découverte : sur une plus petite paroi les explorateurs observent non plus des figures animales, mais la forme d'une main, toujours la même, trempée dans une peinture rouge et appliquée sur la roche. En poussant plus loin leur analyse, les chercheurs découvrent que l'homme dont c'était la main avait un doigt légèrement déformé. Et lorsque au plus profond de la grotte, qui présente plusieurs dizaines de galeries, à des kilomètres de cette première découverte, la même main, avec le même doigt légèrement déformé est à nouveau identifiée à la surface de la roche, c'est un moment qui entre dans l'histoire de la préhistoire : pour la toute première fois, un homme préhistorique sort de l'anonymat scientifique de l' "espèce" pour accéder au statut de personne : pour la première fois un homme préhistorique est individualisé à travers son acte. Ici, un homme est passé. Il a traversé ces galeries. Il mesurait tant. Il avait un petit doigt légèrement tordu…

Bien d'autres découvertes attendaient encore les chercheurs, comme elles vous attendent encore dans la salle de cinéma… Et en particulier celle, tout au fond de la grotte, dans la toute dernière salle, sur le grand stalactite tombant de la voute, sur la face cachée de ce stalactite, d'une peinture différente de toutes les autres, unique, et en face de laquelle les chercheurs comprirent immédiatement  qu'ils venaient de découvrir la perle rare… Mais comme il faut bien laisser un peu de place de mystère, je laisse à la caméra d'Herzog le soin de continuer avec vous l'exploration de cette "grotte des rêves perdus"…

 

 

Vous aimerez aussi
Témoignage sur le cancer
Silence, de Martin Scorcese
Cinéma : Paterson ou la poésie des petites choses
Mateo : « Quand on ouvre la porte à l’espoir, tout est possible »