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Poème intitulé Le chef d'orchestre

NGUYEN THANH BINH, Le Chef d'orchestre (coll. particulière)

Le chef d'orchestre

Si ce n'est sursaut brutal
de la terre qui soudain
éjecte de sa chair – sans le vouloir,
ô, c'est bien comme quand on respire !
Un hurlement lumineux,
Alors c'est juste un homme
en face des autres
Et qui fait trembler
Tous ceux à qui il s'offre
– tant de légèreté…

Il ferme les yeux
Et ses mains s'élèvent
Tout est fragile
La lumière s'accroche à lui
Son habit, ses mains, ses cheveux,
Sa cambrure – ô, sa cambrure,
Elle émeut et tord le cœur à la fois !
La lumière sur la cambrure de son dos
Dit tout déjà de ce qu'est l'exploit à venir
Elle le jette en avant
Le pousse violemment
Et il faut que ses mains s'élèvent,
Il faut qu'il consente à lever les mains
Pour ne pas basculer,
tomber dans le vide
Retourner, brûlé vif,
à la terre d'où il vient
Sa cambrure est si profonde
Elle est comme un grand coup de hache
Mais il ferme les yeux et ses mains se lèvent
Il résiste
Il ferme les yeux
La lumière s'accroche à ses mains
les prend
les porte en avant
Il se redresse
Il jaillit de la terre
Il est en équilibre

Derrière les yeux fermés
Il y a déjà la musique
Sous la chemise blanche à en souffrir
Il y a déjà la musique
Au bout des doigts impossibles
Il y a déjà la musique
La lumière sur son visage lui laisse le temps
de rassembler l'univers
Elle le caresse et lui la prend
en lui
– cet instant-là !
Sa bouche est sérieuse et sa joue s'arrondit,
tendue,
Il se rassemble
aussi
Il se prépare pour la lumière qui le veut
Qui lui tourne autour
Jusqu'à ce qu'il fasse jaillir la musique
Du bout de ses doigt magnifiques
 
Cambré
Dressé
Délié

Ô faîtes qu'il demeure,
Qu'il ne s'écroule pas,
Qu'il ne s'enfuie pas
Qu'il continue
Qu'un mouvement à l'autre succède
Qu'il soutienne l'ordre
de la lumière
Et que la musique
soit la lumière
au bout de ses doigts.
 

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