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« Merry Christmas ! »

On entend ce cri raisonner de maison en maison en ces jours précédant Noël, que ce soit dans les maisons huppées ou au fond des plus pauvres baraques des bidonvilles : aux Philippines, Noël est certainement la fête la plus célébrée de l'année.


CC BY roger_alcantara

On se prépare aux célébrations de Noël bien avant l'Avent… Dès le mois de juillet, on discute déjà des décorations ! C'est que ce n'est pas une petite affaire la Pasko philippine ! Même les plus pauvres essaient tant bien que mal de célébrer la fête, de décorer quelque peu leur maison ou au moins de quitter leur quartier sordide pour aller auprès de tel autre membre de la famille le temps de la  soirée de fête.

Surtout la préparation s'intensifie neuf jours avant la Fête. Chaque matin, le même scénario se répète : à l'heure où d'ordinaire tout le pays est silencieux, des silhouettes s'avancent dans la nuit, la tête couverte pour ne pas attraper froid, et se retrouvent à l'entrée de l'église paroissiale prise d'assaut dès 2 h ou 3h du matin selon l'heure de la messe. Ainsi chaque jour pendant cette longue neuvaine des foules nombreuses se rendent au Simbang Gabi appelée aussi «Misa de Gallo » (Messe du coq). Et ce sont des gens de tous les milieux qui se rendent fidèlement pendant les neuf  jours à ce rendez-vous pas comme les autres, faisant de ce moment de l'année un temps spirituel intense. De fait les messes sont chantées et les prêtres prêchent de manière plus approfondie. C'est un véritable sacrifice pour ceux qui y participent (personne ne penserait à aller se recoucher après !) et en même temps un avant-goût de la fête qui vient. D'ailleurs à la sortie de l'église les nombreux vendeurs proposent des mets traditionnels comme bibinka ou putò bumbóng.

Si le matin est rythmé par ces liturgies festives, le soir n'est pas en reste grâce aux nombreux groupes de tous âges et de tous styles chantant à tue-tête des Christmas Carols. Ainsi, de maison en maison, se déplacent des groupes plus ou moins organisés – certains sont vraiment improvisés alors que d'autres se préparent pendant des semaines. Dans les quartiers plus déshérités ce sont surtout des groupes d'enfants qui viennent frapper aux portes pour partager quelque chose de cette joie de Noël avec leurs chants entrainants en tagalog ou en anglais, espérant recevoir bon accueil et quelques friandises, voire un petit billet…

C'est que Noël est aussi un temps de générosité pendant lequel de nombreux cadeaux sont échangés, au sein de la famille et au même dans les entreprises. Le matin de Noël, on va visiter les anciens  pour leur porter le respect et recevoir en retour quelque présent. Les parrains ou marraines ont aussi l'obligation de donner l'aguinaldo à leurs filleuls…

Cette générosité s'est manifestée de manière toute dramatique cette année en raison du typhon qui a pris par surprise des villages entiers de l'île de Mindanao, peu habitués à ce genre de phénomène. La réaction généreuse de tant de personnes, riches comme pauvres, en a bouleversé plus d'un comme cette amie, membre de l'Association Points-Cœur aux Philippines qui, travaillant pour une chaîne de télévision, en témoigna par ces mots émus : « The number of people who trooped to our station is simply overwhelming. I joined the team receiving donations for the victims and my heart melts and makes me very very proud of being a Filipino. Imagine, from big corporations donating millions and millions of pesos and goods to very very poor people who would tell you that instead of having special dinner for Christmas celebration, they decided to just donate the amount and have an ordinary meal to be in solidarity with the victims of the typhoon. » [1]

Bien sûr, avec l'influence américaine le père Noël (Santa Klaus) fait partie du paysage. Mais on sent bien que au-delà de ce personnage débonnaire le Mystère de Noël rejoint quelque chose de l'âme philippine formée au cours des siècles à travers la rencontre du Christianisme et des cultures de ceux qui l'annonçaient. La simplicité et la joie de l'évènement de Noël répond comme en écho à une disposition du peuple philippin. Cela est bien illustré par ailleurs par la dévotion au Santo Niño de Cebu qui rassemble aussi de nombreuses foules.

Cependant si Noël est un mystère de joie, la Croix n'est jamais bien loin, comme en témoigne la fête des Saints Innocents qui tombe juste deux jours après Noël. Aux Philippines on fête le Black Nazareno –  dévotion populaire à une statue du Christ portant la Croix – le 9 janvier. L'attachement à cette dévotion au Christ souffrant touche de nombreuses personnes même parmi celles qui sont loin de l'Église. Au-delà d'une certaine attraction pour le miraculeux – la statue en question est considérée comme miraculeuse –, cette dévotion rejoint l'âme mais aussi la vie de beaucoup de Philippins. Les évènements dramatiques évoqués plus haut et qui ne sont malheureusement pas loin d'être le quotidien de beaucoup en sont le témoignage éloquent.

Finalement on touche en ce pays forgé par le christianisme combien les mystères chrétiens permettent à chaque peuple d'exprimer ce qu'il est, ce qu'il porte, c'est à dire son génie et lui faire porter des fruits uniques comme le disait si bien le père Jules Monchanin.


[1] « Le nombre de personnes qui se sont rendues auprès de notre station de télévision est tout simplement impressionnant. Je me suis joint à l'équipe qui reçoit les dons pour les victimes et mon cœur fondait littéralement et je me suis sentie fière d'être philippine. Imaginez : cela allait depuis les grandes entreprises qui donnent des millions de pesos et des biens matériels jusqu'à des personnes très pauvres qui vous expliquent qu'au lieu d'avoir un dîner spécial pour les célébrations de Noël ils ont décidé de donner tout simplement le montant et d'avoir un repas simple par solidarité avec les victimes du typhon. »

 

 

 

 

 

 

 

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