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The Artist ou la prison de l’orgueil

Une pluie de récompenses internationales est tombée sur le film de Michel Hazanavicius « The Artist ». Premier film français à obtenir le prestigieux Oscar du meilleur film, « The Artist » vient d’être reprogrammé dans les salles de cinéma de l’Hexagone à partir de février 2012. Les critiques ont fait l’éloge des qualités techniques, artistiques et cinématographiques de « the Artist ». Le succès s’explique aussi par l’humanité et la profondeur du scénario.

 

L’histoire retrace la déchéance de George Valentin (alias Jean Dujardin), un artiste qui avait tout pour réussir : argent, succès, humour, amour. La crise de 1929 ruine ses projets, mais ne suffit pas à expliquer sa descente aux enfers. George Valentin est pris au piège de son propre orgueil. Blessé dans son amour propre, il se laisse emporter par sa susceptibilité, il dénigre les conseils de ses collaborateurs, il refuse de voir ses limites ou plutôt de demander de l’aide, il considère surtout son art comme une compétence acquise qu’il suffit de « répéter », il devient présomptueux, il s’entête dans son projet et l’échec humiliant lui fait perdre toute confiance en lui-même.

Le réalisateur Michel Hazanavicius utilise admirablement la naïveté du style noir&blanc muet pour décrire cet enfermement invincible de l’orgueil qui refuse de sortir de lui-même et de se laisser aider. George Valentin rejette toute aide de son fidèle chauffeur et de sa seule amie Peppy Miller (Bérénice Bejo). Accueillir la main tendue exige de George Valentin un tout petit pas d’humilité qui est pourtant toujours plus hors de sa portée, inaccessible, et toute compassion d’autrui lui est insupportable.

Au bord du suicide, le souvenir d’un moment de gratuité durant un tournage permet enfin à George Valentin de sortir de sa bulle et d’accueillir l’aide de Peppy Miller.

Le style muet souligne aussi l’intensité et la profondeur du langage du corps. Chaque geste porte une émotion, extériorise un mouvement de l’âme, exprime une idée ou une intention du coeur. Au cinéma, le corps est souvent utilisé comme un simple objet : il est tantôt caché et nié dans la culture protestante américaine tantôt étalé de façon vulgaire en Europe. Dans les deux cas, le corps est un objet de souffrance ou de plaisir, mais n’est plus l’expression de l’intériorité et de l’unité de la personne. Dans « The Artist » le corps exprime dans le silence, avec pudeur et délicatesse, la voix du cœur. L’unité du corps et de l’âme fait du film une danse. L’itinéraire personnel de Jean Dujardin lui permet de passer de l’humour au drame, du tragique au festif. Le « happy end » hollywoodien célèbre, par un duo de claquette, le retour dans la compagnie.

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