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C’est au nom de la raison que l’Eglise parle !

La décision finale vient de tomber jeudi 12 avril 2012. Le S.T.F. (Suprême Tribunal Fédéral), la plus haute instance judiciaire brésilienne, a voté par huit voix contre deux la dépénalisation de l’avortement pour les femmes porteuses d’enfant atteint d’anencéphalie. Présentée comme toujours sous un angle « humanitaire » et de « compassion » pour ces femmes, elle ouvre de fait une brèche significative vers une légalisation partielle puis totale de l’avortement dans un pays qui pouvait légitimement être fier de ne pas suivre les pires défauts des pays occidentaux. Et elle est loin d’aider réellement les femmes qui vivent de telles situations. Plusieurs mensonges entourent cette loi :


Giotto, Le massacre des innocents

1) La maladie dite « anencéphalie » est traduite souvent par « sans cerveau » ou par « mort cérébrale » ce qui est faux. Le fœtus possède un cerveau mais qui pour un motif encore inconnu n’est pas étanche au liquide amniotique. Son développement s’en trouve donc gravement atteint. Quand l’organisme aura besoin du cerveau celui-ci ne pourra assurer sa fonction et entraînera le décès de l’enfant. Légaliser l’avortement pour une telle maladie ouvre donc bien de fait une brèche dans une loi qui protège le droit à la vie de tous, quelle que soit l'espérance de vie supposée. Demain ce sont tous les enfants porteurs de maladies génétiques qui pourront être supprimés, après-demain les enfants potentiellement handicapés et ainsi de suite. Une société peut-elle s’attribuer le droit de décider quelle vie vaut la peine d’être vécue et quelle autre non ?  

2) « On ne peut imposer à une femme qu’elle porte en elle neuf mois un enfant mort ». Là aussi il y a mensonge. L’enfant est bien vivant, la relation entre la femme et son enfant est tout à fait normale. Mais celui-ci possède un défaut de formation par rapport aux autres enfants. Défaut pour le moment irréversible mais qui ne bloque en rien la vie intra-utérine. Les femmes qui ont donné la vie savent bien que cette vie est réelle et intense. L’enfant vit et bouge, il communique même. Ce qui est en jeu ici c’est aussi l’aide à apporter à de telles femmes lorsque le diagnostic d’anencéphalie a été posé. Pourquoi la loi ne prévoit-elle rien pour l’accompagnement de ces femmes ?  

3) « L’avortement est la seule solution ». Faux. Il existe des mesures de prévention comme la prise régulière d’acide folique lors de la période fertile de la femme. Les chances de concevoir un bébé atteint d’anencéphalie deviennent alors quasi nulles. Pourquoi les mesures de prévention sont-elles sans cesse rangées aux oubliettes ?

4) « De tels bébés meurent tous quelques heures après la naissance ». Autre argument qui n’est pas vrai, certains ont une durée de vie de plusieurs jours après la naissance. Là encore, a-t-on le droit de s’arroger la décision de vie ou de mort d’un enfant à partir d’un diagnostic prénatal ? A partir de combien de mois de « vie potentielle » une existence humaine vaut-elle plus qu’une autre ?          

5) « Les arguments des « religieux » ne sont pas recevables car l’Eglise n’a pas le droit d’imposer ses croyances à l’ensemble de la société, la religion doit rester dans la sphère privée ». L’Eglise n’invoque pas d’argument religieux lorsqu’elle dialogue avec la société. Elle rappelle que la loi de toute vie humaine est qu’elle arrive un jour à terme, autrement dit tous nous mourrons un jour ! Au nom des droits inaliénables de la vie humaine, droits reconnus par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et par la Constitution du Brésil, elle demande juste que personne ne s’approprie le droit de modifier l’arrivée de ce terme. C’est au nom de la raison qu’elle parle, d’une raison appelée à prendre en compte la totalité des facteurs de l’existence. Et l’un d’eux, le plus important, c’est justement le droit de toute vie humaine d’aller sans interruption jusqu’à son terme naturel. 

 

Pour aller plus loin (en portugais):

– Le principal journal du Brésil dialogue avec Don João Carlos Petrini, président de la commission pour la famille de la CNBB (Conférence Nationale des Evêques du Brésil) http://oglobo.globo.com/pais/religioso-contra-aborto-de-fetos-anencefalos-4612366

– Autre réaction http://www.cnpf.org.br/

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