Home > Littérature > Le clown au bas blanc

 

Fardé,
Grimé,
Maquillé,
Attifé de postiche
Le clown se meut.


© Paul Walter

Triste,
Angoissé,
Oppressé,
Bouche bée,
Le clown m'émeut.

Derrière son masque dégoulinant
Du bon boute-en-train que l'on applaudit,
C'est la figure de l'homme souffrant
Qui émerveille l'artiste transit.

Et l'on rit de ce cri.
Lui, il pleure et se meurt !
Et l'on nie cet ami.
Lui, il offre son cœur !

Qui d'entre-nous ne s'est jamais grimé
Pour voiler l'absurdité de son être ?
Qui de nous a déjà osé paraître
Sans son habit de pitre gominé ?

Ah clown ! Qu'il est bon de contempler ton visage…
Qu'il est doux d'y recueillir mon image !
Ah clown ! Comme elle est belle ton humanité…
J'aimerais tellement te ressembler !

Ah clown ! Tu me rejoins…
Présent de Noël !
Ah clown ! Te voici l'oint…
Descendu du ciel !

Triste clown
Au bas blanc
Réjouis-toi
Sois croyant !

Christ clown
Bel enfant
Viens à moi
Je t'attends !
 

Vous aimerez aussi
Les voeux de Dietrich Bonhoeffer ou la grande Allemagne face à la barbarie
Pietá
Le roi David
« L’adieu » du poète Yves Bonnefoy

1 Commentaire

  1. p. Denis

    Merci Alexandre pour ce beau poème. La figure du clown est si touchante, pour nous qui avançons toujours un peu maladroit, un peu à côté, et pourtant, c'est à travers ces traits marqués que la lumère se répand. Rouault a tant médité sur les clowns, ils étaient pour lui comme la figure du Christ :
    Voici ce qu'il dit quelque part :
    "Pour moi, depuis la fin d’un beau jour où la première étoile qui brille au firmament m’a je ne sais pourquoi… étreint le cœur, j’en ai fait inconsciemment découler toute une poétique. Cette voiture de nomades arrêtée sur la route, le vieux cheval étique qui paît l’herbe maigre, le vieux pitre  assis au coin de sa roulotte en train de repriser son habit brillant et bariolé, ce contraste de choses brillantes, scintillantes, faites pour amuser et cette vie d’une tristesse infinie… si on la voit d’un peu haut… Puis j’ai amplifié tout cela. J’ai vu clairement que le " Pitre " c’était moi, c’était nous… presque nous tous… Cet habit riche et pailleté, c’est la vie qui nous le donne, nous sommes tous des Pitres plus ou moins, nous portons tous un " habit pailleté ", mais si l’on nous surprend comme j’ai surpris le vieux pitre oh ! alors qui osera dire qu’il n’est pas pris jusqu’au fond des entrailles par une incommensurable pitié. J’ai le défaut (défaut peut-être… en tous cas c’est pour moi un abîme de souffrances…), " de ne jamais laisser à personne son habit pailleté ", fût-il roi ou empereur, l’homme que j’ai devant moi c’est son âme que je veux voir… et plus il est grand et plus on le glorifie humainement, plus je crains pour son âme…
    Je me suis laissé entraîner à vous parler intimement, la voie où je vais est périlleuse, elle est bordée de chaque côté par des précipices… et une fois en route, il est plus dangereux de retourner en arrière que de marcher toujours en avant… Tirer tout son art d’un regard d’une vieille rosse de saltimbanque (homme ou cheval), c’est d’un " orgueil fou " ou d’une " humilité parfaite " si l’" on est fait pour faire cela ".
     
    Georges ROUAULT,
Lettre à Édouard Schuré, non datée,
publiée dans Le Goéland,
Paramé, juin 1952.

Recueilli dans Les créateurs et le sacré,
par Camille Bourniquel et
Jean Guichard-Meili,
Cerf, 1956.