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Rencontre avec Rafael Baron, docteur en médecine, qui nous introduit dans ses découvertes médicales. Le docteur Baron propose une approche de la médecine qui ne considère pas le corps comme un matériau mais envisage la personne dans sa liberté, sa responsabilité, ses relations aux autres et à l’environnement. Dans ce premier volet, il nous introduit dans le documentaire : « Maladies à vendre » pour expliquer comment il a choisi de sortir de la « médecine dénaturée » détournée da sa vocation originelle.


CC BY-SA PierreG_09

J’utilise souvent le documentaire « Maladies à vendre » car il est facilement accessible sur youtube et son contenu très simple et pédagogique, résume bien la situation de tout un espace lié à la santé, mais je me permettrais de généraliser en disant : une direction prise par la société actuelle, dont l’évolution du monde médical constitue un des exemples. Il faut bien comprendre et admettre que l’industrie pharmaceutique n’est pas une institution caritative, ce sont des entreprises cotées en bourse, guidées par la logique de la maximalisation des bénéfices. L’enjeu de ce documentaire n’est pas tellement de dénoncer cela mais de passer d’une position du patient passif qui subit la maladie et le traitement à celle d’acteur responsable de sa santé.

Le documentaire « Maladies à vendre » est pour vous un bon résumé de la logique médicale actuelle et de la façon d’aborder le corps humain, comment définiriez-vous cette idéologie ?
Il s’agit essentiellement de rendre la population inconsciente, désintéressée et complètement passive, convaincue de n’avoir d’influence sur rien. Le message médiatique est  le suivant : faites ce que vous voulez sans vous soucier des conséquences et si jamais il y a un problème qui apparaît (en l’occurrence, une maladie) nous avons une solution (c’est-à-dire un panier de médicaments à volonté).

Cette déresponsabilisation associée à la recherche de plaisir et à la consommation à outrance de la société en général permet en fait de mettre le système à l’envers – ce n’est plus le système de santé qui est pour le patient et à son service (je suis désolé pour ceux qui vont être bouleversés par cette constatation) mais c’est le patient qui sert de fournisseur d’indicateurs pour les statistiques des procédures médicales et de « source inépuisable » pour l’industrie pharmaceutique (il est évident que la majorité des personnes sont prêtes à mettre le dernier sou sur la table pour avoir ne serait-ce que l’espoir de « récupérer la santé »). L’industrialisation de la pharmacologie n’est qu’une application de ce processus. Cette industrie représente aujourd’hui le 3e marché mondial avec plus de 500 milliards d’Euros annuels, juste derrière le marché de l’armement et la drogue. Les enjeux sont donc énormes et le besoin de trouver des nouveaux consommateurs est urgent pour pouvoir mettre sur le marché des nouvelles molécules, lorsque les brevets sont arrivés à échéance.

Il y a donc un cercle vicieux qui consiste à devoir élargir constamment le nombre de « patients » potentiels capables de payer des médicaments onéreux. Le film décrit les grandes réussites marketing de ces dernières décennies : le cholestérol, la dépression, la bi-polarité, les troubles de l’érection, le syndrome dysphorique prémenstruel…

Il est très intéressant de voir les subtilités du marketing à la limite de la manipulation. Le film permet de comprendre que le monde de la santé est devenu une fin en soi et que le « patient » n’est plus qu’un client nécessaire.

Comme médecin, il doit être difficile de prendre conscience d’un tel processus marketing autour de la santé. Quel fut votre parcours de conscientisation ?
J’ai toujours eu un intérêt pour le corps au-delà de l’aspect techniciste du monde médical actuel. J’ai pratiqué beaucoup de sport étant jeune. J’ai hésité à faire des études d’architecture du paysage car l’harmonie de ce qui est en nous veut se traduire et s'exprimer en ce qui nous entoure, mais aussi ce qui nous entoure influence notre monde intérieur ; la dépendance est réciproque. Enfin, j’ai vécu une expérience très forte dans le théâtre dansé, l’aventure dans laquelle je me suis lancé pour quelques années, qui demeure jusqu'à présent le temps le plus créatif de ma vie. Cette activité gestuelle m’a aidé à prendre confiance en moi pas de façon individualiste mais dans des relations. En pouvant exprimer le monde intérieur par la danse, j’ai pris davantage conscience de sa beauté et donc cela m’a aidé à faire confiance aux autres, dans un premier temps, et puis, dans un deuxième temps à vouloir aider à développer cette merveille, ce miracle, caché en chacun de nous. Si par négligence, nous ne permettons pas à notre potentiel de se développer, nos forces créatrices deviennent destructrices…

Notre corps forme un tout, les émotions influent sur le système nerveux, qui lui est à la base et en inter-collaboration avec le système endocrinien (hormonal), le système endocrinien a un pouvoir puissant sur le fonctionnement du système immunitaire qui accueille tous les « visiteurs étrangers » (dont des cellules cancéreuses qui naissent tous les jours dans notre corps)… et ainsi de suite. Les émotions restent pourtant secondaires par rapport aux « matériaux de construction » : l’alimentation, la question du repos et du sommeil qui permet la régénération des cellules, etc.

Ce rapport harmonieux avec le corps me semble essentiel pour ne pas réduire la médecine à traiter un symptôme. Si l’on considère la personne dans sa totalité, on perçoit que chaque maladie constitue, d’une certaine façon, le signal d’un dérèglement, d’un comportement inapproprié, d’une intoxication de l’organisme. Agir uniquement mécaniquement ou chimiquement sur le symptôme, c’est refuser de voir la complexité du corps humain avec ses interdépendances entre les organes et les systèmes. Sans oublier le super-intelligent système immunitaire qui rassemble de façon géniale le ministère de la défense et de la santé.

J’ai ensuite fait plusieurs rencontres marquantes dans le monde médical avec des personnes qui mettaient la recherche de la vérité au-dessus de tous les intérêts. Mes yeux s’ouvrirent peu à peu. Et puis l’année dernière, en guise de conclusion, ces paroles d’un professeur de Varsovie qui osa partager ses observations en nous disant  : « Chers confrères, durant nos études médicales, on ne nous prépare pas tant à soigner des gens qu’à être des esclaves dociles de l’industrie pharmaceutique ». La formation médicale consiste de plus en plus souvent à appliquer des procédures où ni le patient ni le médecin ne sont responsabilisés.

 Le documentaire évoque par exemple le cholestérol : l’industrie pharmaceutique a réussi à tellement faire baisser la norme et l’âge autorisée dans les procédures médicales qu'aux USA l’on peut maintenant donner des statines à des enfants de 7 ans.

Les manuels pour les étudiants en médecine sont de plus en plus souvent « sponsorisés » par des entreprises pharmaceutiques, de même que la recherche. Quelle objectivité de la « science » peut-on espérer dans ce contexte ?

Que faut-il faire pour garder l’espérance ?
Une collègue médecin me disait dépitée : à quoi bon diffuser ce genre d'informations puisqu’on ne peut rien faire ? Il me semble justement que le premier pas pour retrouver un rapport équilibré avec son corps est d’être conscient, libre et responsable.

Il faut ensuite retrouver un climat de confiance entre le médecin et les patients et cela est compliqué car le marketing actuel vise à inculquer une confiance aveugle dans la « science », avec ce phénomène des processus dépersonnalisants. A son origine, la médecine était un art ; aujourd’hui elle n’est souvent même plus de l’artisanat. Pour ma part je propose avant tout de revoir ce que l’on appelle l’hygiène et l’équilibre de vie, dont nous allons pouvoir parler dans un prochain article. Il me semble important de fournir à chacun une sorte de boîte à outils qui nous permettrait de prendre la responsabilité de notre organisme dans un espace qui nous est accessible pour nous rendre plus indépendants face au système institutionnalisé de la santé mais aussi de nous rendre plus responsables de notre attitude au quotidien.

Propos recueillis par J. Bagnoud

 

Documentaire : "Maladies à vendre" (durée : 51mn30)

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5 Commentaires

  1. Laurence Amy

    Félicitations de nous faire partager un témoignage si capital!

    Ce type de rencontre, loin de nous aliéner, replace l'Homme au centre de lui-même, au centre de ses multiples potentialités créatrices, responsables et libératrices. Ce nécessaire "retour à soi" n'est pas tant égocentrique qu'il permet bientôt l'ouverture aux autres, au sens large d'une harmonisation "environnementale", horizontale…et verticale!

    "L'homme ne peut échapper à l'amour de lui-même, à l'adoration de lui-même que s'il rencontre au-dedans de lui-même, une Présence qui le délivre de lui-même" Maurice Zundel

    Merci!

    Laurence Amy

  2. bekeongle

    Médecin moi-même, je ne peux que souscrire à la teneur générale de ces propos.

    J'ai toujours considéré qu'il était indispensable à l'opérateur que je suis dans le domaine oculaire de ne pas me prendre pour le premier décideur ! D'où la phrase, anodine en apparence mais riche de sens, que j'utilise lorsque j'estime que le confort du patient que j'ai en face de moi, parfois bien âgé, évidemment, mérite une attention que l'intervention va résoudre éventuellement "Je pense que, je crois que, l'opération de la cataracte vous apporterait un bienfait, compte tenu de la gêne que vous décrivez et qui nuit à votre qualité de vie."

    "Docteur, est-ce que c'est pressé ?" ce qui traduit une anxiété parfaitement légitime (et bien connue dans ce domaine si précieux de la vue ….)

    Non ! il n'y a aucune urgence ! Faites cela quand vous aurez réglé certains examens qui sont en vue et plus urgent, ou lorsque vous serez revenu de ce voyage prévu depuis longtemps etc…

    Ce dialogue confiant, désamorce la plupart du temps, la grande interrogation d'une chirurgie qui est très connue, très codifiée, et qui donne globalement de très bons résultats dont nous sommes légitimement fiers….

    Mais quelle pompe à fric !!!!! c'en est écoeurant car tous les ans, ce sont 2 à 3 patients qui viennent se faire examiner, qui n'ont pas de gêne particulière, mais auxquels on a dit "il FAUT QUE JE,JE,JE VOUS OPERE RAPIDEMENT "  parfois, il n'y a même pas de cataracte…

    Pour 2 ou 3 par an dans ce cabinet où nous travaillons à 4 avec les mêmes façons d'agir, vous imaginez sans peine la quantité de ceux qui sont opérés sans réels beoins ! 

    Mais comment résister à l'attrait du pognon, quand vous n'avez plus que des valeurs d'entreprise?

    Et le serment d'hypocrite que ces Médecins ont prêté après que la loi de 75 ait rayé la notion concernant l'avortement, mention expresse datant d'Hippocrate (400 ans avant JC, quand même!) comment ne pas voir qu'il a été une des sources les plus faisandée qui a pollué définitivement la grandeur de cette "vocation" médicale.

    Oui! reprenez votre libre arbitre pour tout ce qu'on vous propose aujourd'hui, même en cancéro. Il n'y a pas un domaine de l'activité médicale qui échappe à l'emprise du pognon des labo et l'affaire Cahuzac montre à quel point il est difficile de résister à cette pression !

    Quand vous êtes dans un organisme décideur, comment renoncer aux 200, 300, peut-être 500.000 euros qu'on vous propose pour imposer une norme qui va déclencher une surconsommation très rentable ??? A moi, on ne l'a jamais proposé, mais j'attends çà avec impatience  (rappelez-vous cette grotesque histoire du virus H1 N1 avec ses fosses communes qu'il fallait préparer etc , alors que dès le départ on a vu que c'était une grippette !!!! 4.200.000 pauvres gugusses qui se sont fait refiler çà dans le sang, quand même …..) 

  3. B2J

    Bravo aux 3 "B" & 2 "Jacques" : Rafael Baron, Jacuqes Bagnoud et Bekeongle, 

    l'un pour son combat, le second pour l'article, le dernier pour son témoignage et son coup de sang si carratéristique.

    Non au Big Brother ! A la vie, je dis oui !

     

  4. Anonyme

    Pharmacien d'officine, un métier à deux casquettes au service de la santé et un métier commercial. Tou les jours , il faut lutter pour garder toujours la première casquette.