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d'Isabelle Guerrera  

Après des semaines d’hospitalisation (cf. « Tout à coup », article paru le 5 août 2013), Isabelle Guerrera atteinte de sclérose latérale amyotrophique apprend à redécouvrir avec un regard renouvelé et émerveillé la beauté des choses simples de son quotidien.
Ceci est un véritable hymne à la vie, plein de confiance et d’espérance !


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Il y a un mois j'ai écrit le texte  « Tout à coup » qui représentait le goût de vivre et surtout la confiance en ma santé, mais jamais le courage de sortir. C'est chose faite aujourd'hui !
Coupée du monde ? Absolument pas. Coupée de l'extérieur ? Oui, complètement. A cause des allergies ? Avec le recul je peux effectivement dire oui. A cause de l'absence du moteur ? Aussi. Par ma faute ? Et bien très sincèrement oui. Mais est-ce que j'ai des circonstances atténuantes ? Pour ceux qui m'ont vue durant les trois semaines d'hospitalisation, je crois qu'ils pourraient dire que oui.

Ce qui est « formidable », c'est qu'aujourd'hui, 14 septembre 2013, j'ai eu exactement la même sensation qu'il y a sept ans dans cette ferme jurassienne, la même sensation qu'il y a six ans dans la forêt valaisanne, la même sensation qu'il y a cinq ans au bord de la mer ! Oui, je me suis sentie respirer à pleins poumons et extrêmement vivante !
Avec un sentiment bien plus important encore : la perception d'avoir connu ce que signifie ne pas pouvoir respirer normalement !
Si vous saviez comme c'est fabuleux de respirer ! Mais vous le savez, vous…

Cela me rappelle un moment particulier ! J'étais à Crans Montana, pour tenter un début de régime alimentaire.
Nous faisions, entre autres, des séances de sophrologie ! J'écoutais la « prof ». Soudain, l'esprit libre et serein, j'ai regardé l'extérieur. C'était très beau. Montagnes et sapins à perte de vue. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu les pommes de pins sur les sapins ! Cela peut vous sembler futile, pourtant ça a été comme une forme de cadeau ! Voir des pives sur un arbre, respirer en ayant connu la difficulté de ne pouvoir le faire normalement !

Mais que s'est-il passé aujourd’hui ?
Aura et Pierre ont organisé une crémaillère pour nous montrer les travaux de leur villa : un beau sol de dalles qui donne un véritable cachet à l’extérieur de la maison. Nous voici au milieu de l'après-midi. Le chauffeur arrive ! Une pointe d'appréhension pour enfin revoir le monde extérieur  : vais-je avoir froid ? Y'a-t-il toujours autant de pollen ? En parallèle, la joie de revoir des amis que j'aime et la perspective de faire de nouvelles connaissances ! Cela fait disparaître toutes les craintes.
C'est incroyable ! En arrivant dans le hall de l'immeuble, il m’apparaît une évidence. La vie continue bien que je sois restée dans ma tour ! Je vois les échafaudages et finalement la porte s'ouvre ; voici les odeurs de nature qui me viennent au nez ! Dans l'appartement j'étais, sans exagérer, frigorifiée ! Au dehors, l'air était doux ! En arrivant dans la camionnette, comme toujours, le voyage des souvenirs commencent ! Moi qui suis une véritable pipelette je passerais volontiers tout le trajet à discuter. Puisque je ne peux pas parler, je me contente d'y penser en solitaire !
En arrivant sur place, je découvre le magnifique changement ! C'est ravissant ! La maison prend un véritable cachet. Immédiatement mes yeux se posent sur le bel olivier ! Soudain, comme très souvent dès mon arrivée dans n'importe quel lieu, le branle-bas de combat commence ! Pierre a tout organisé. Trois ou quatre messieurs font des efforts de taille pour m'emmener à la place prévue pour moi. Il y avait des planches pour que je sois vraiment à l'aise ! Cela me touche bien sûr. Malgré la « lourde » organisation mise en place pour cet événement, Aura et Pierre ont ajouté des tâches pour mon confort ! Et ils ont vu juste !
Quel bel endroit ! Dans le jardin, de belles tentes blanches pour accueilir les invités. Les tables dressées avec des services rigoureusement « biodégradables ».
A peines installées, les présentations commencent ! Maman et moi sommes connues comme le loup blanc !

Nous sommes très heureuses de retrouver au bout de quatre bonnes années, une femme remarquable qui a bien plus de quatre-vingt printemps et qui s'appelle Thérèse.
Très vite les invités arrivent ! Les grands amis du quotidien, les connaissances du passé, comme mon prof de musique et son incroyable moustache, sans parler de son épouse si adorable. La très jolie et douce petite fille de Pierre. Enfin des nouvelles personnes qui spontanément viennent vers moi. Je suis un peu gênée par le fait que je ne peux que leur sourire, pourtant ils viennent pour me dire leur joie de mettre un visage sur les mots élogieux d'Aura !
L'adorable Eve qui a concocté de succulentes verrines, le très souriant ami avec sa ravissante petite de six ans, un peu timide au début… Enfin une très belle famille de cinq : trois enfants et deux parents ! J'ai carrément demandé à une amie, Judith de prendre mon carton de communication et d'appeler cette maman qui se prénomme Constance ; de cette façon, nous avons pu « discuter ». C'était un moment très agréable car son jeune homme de onze mois m'a remplie de bonheur par ses mille sourires et son innocence ! En plus, j'ai trouvé une nouvelle lectrice ! Que demander de mieux ?
Nourriture chère nourriture ! Les buffets canadiens sont toujours très appétissants. Jeanne était très polyvalente. Les mets imposants étaient soigneusement photographiés. Quant aux autres ils finissaient sous mon nez pour que je puisse me régaler à ma façon qui, somme toute, est relativement peu commune et donc originale ! Le temps file à toute vitesse lorsque l'activité est intéressante ! Oui !
Voilà pourquoi au lieu de dire comme la plupart du temps avec le carton « je voudrais », j'ai dit « je veux des bisous ». Maman m'installe la minerve et tout le monde semble content de me voir en position verticale ! Ce plein de bisous me donne du punch pour rentrer !
Je l'ai déjà dit précédemment, lorsque j'arrive à un endroit, j'éprouve un sentiment de gêne et d'émotion puisque beaucoup de gens, en particulier ces messieurs, se mettent en quatre pour me permettre d'accéder au lieu en question. Très souvent je pleure. Mais cette fois ce n'est pas le cas. La plupart des hôtes s'étaient levés pour me regarder partir en me faisant des signes de la main et d'énormes sourires !
Dans la camionnette de retour, le chauffeur prend une route que je ne prends pas d'habitude. C'est tout simplement magnifique. Une allée d'arbres encore tout verts ! C'est donc possible. Je n'ai pas eu d'allergies, la confiance est revenue. Trois mois plus tard, mais qu'importe ?

Lorsque je suis heureuse l'inspiration me vient. Je sais que de retour à la maison je commencerai à rédiger ce petit récit. C'est exactement ainsi que j'ai fait !
Merveilleux ! Respirer c'est la vie ! Manger aussi ! Il m'a suffi d'un mois et demi pour reprendre goût à la vie sans pouvoir manger comme avant. Il m'a fallu presque trois mois pour regagner la confiance et finalement revivre comme avant. Mais je le comprends et le respecte ce temps !
Finir par une poésie comme j'aime le faire ces derniers temps  ?
Et bien non !
Car la poésie exprime les sentiments forts, qui repreprésentent ce que l'on ressent de beau ou de douloureux .
Mais cette belle sortie, remplie de beauté, d'amour et d'amitié ne m'inspire que joie et même rire ! Alors ?
Voici une petite blague qu'André, un extraordinaire ami, nous a sortie : « Quelle est la lettre la plus triste de l'alphabet ? »
Le U !  Car le « u rit noir ». C'est un peu con mais très drôle à mon goût !

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1 Commentaire

  1. Raffiot Yannick

    Isabelle,

    faut-il que je te lise pour revivre ma liberté, celle que l'on fini par oublier si fragile quand elle n'est plus.

    yANNICK