Home > Spiritualité > La Vie s’est manifestée

d'Isabel Rodelet   

Comme ultime préparation à la fête de Noël, nous vous proposons quelques lignes de Jean-Paul II, dans lesquelles il contemple ce mystère à la lumière des paroles de Saint Jean : "la vie s'est manifestée", elle s'est rendue visible.


Nativité de William Congdon

L'apôtre Jean, dans sa première lettre, nous annonce avec un enthousiasme joyeux, que la "vie – c'est-à-dire la vie divine, la vie éternelle, Dieu lui-même comme vie – s'est faite visible" (cf. 1Jn 1, 2). La vie peut être rejointe, elle peut être "vue" et "touchée". C'est le contenu essentiel du message évangélique, sur lequel insiste de façon particulière Jean. C'est le mystère de l'Incarnation. Le mystère du Verbe "qui se fait chair", et qui vient "habiter au milieu de nous". C'est le mystère de Noël (…).

La vie infinie de Dieu, vie bienheureuse, vie de parfaite plénitude, vie transcendante et surnaturelle, vient à notre rencontre, s'offre à nous, se rend accessible à l'homme, se propose comme possible, et même comme le bonheur plénier de l'homme. Qui aurait jamais pu y penser ? Nous, pauvres et fragiles créatures, souvent incapables de garder et de respecter notre propre vie physique et naturelle, nous, des êtres faits pour une vie éternelle et divine ? Qui aurait jamais pu l'imaginer, si cela n'avait pas été révélé par l'amour de Dieu, infiniment miséricordieux ?

Et pourtant, c'est le destin de l'homme. C'est la chance qui est offerte à tous. Même aux plus misérables pécheurs, même aux plus odieux qui méprisent la vie. Tous peuvent arriver à participer à la vie divine elle-même, parce qu'ainsi l'a voulu, dans le Christ, le Père céleste. C'est le message chrétien. C'est le message de Noël.

"La vie s'est faite visible – dit Jean (cf. 1 Jn 1, 2) – nous l'avons vue et de cela nous rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle". Il est sûr que, aujourd'hui, deux mille ans après la présence physique de Jésus sur terre, nous ne pouvons pas avoir la même expérience de Lui qu'ont eue Jean et les autres apôtres ; et pourtant, nous aussi, aujourd'hui, nous pouvons ou nous devons être ses témoins. Et qui est le "témoin" ? C'est celui qui a été "présent au moment des faits", qui a, pour ainsi dire, "vu et touché" ce dont il témoigne. Il a eu une connaissance directe, expérimentale.

Mais nous, après deux mille ans, comment pouvons-nous avoir une telle connaissance du Christ ? Comment pouvons-nous, par conséquent, "témoigner de Lui" ?

Il y a aujourd'hui et il y aura toujours, jusqu'à la fin du monde, comme nous le savons et comme le Concile nous le rappelle, différentes formes de présence du Christ au milieu de nous : dans la liturgie, dans sa Parole, dans le prêtre, dans le petit, dans le pauvre… Il faut savoir voir ces présences, "avoir les yeux pour voir et les oreilles pour entendre" : avec une connaissance directe qui est vraie communion de vie. Communion de vie avec Lui. Qu'est-ce qu'est en effet la vie de grâce, la communion sacramentelle, une liturgie à laquelle on participe vraiment, si ce n'est communion de vie avec le Christ ? Et y a-t-il meilleure connaissance que celle qui naît de la communion avec lui, que nous accueillons dans la foi ?

Que le prochain Noël soit donc pour vous un accroissement de communion de vie avec le Christ. Laissez-vous illuminer humblement par la lumière de la foi. Ouvrez-vous avec simplicité et confiance aux enseignements de l'Evangile et de l'Eglise sur Noël. C'est la vérité de ces enseignements qui vous permettra de vivre intensément la réalité de Noël. Elle vous permettra, un peu comme l'apôtre Jean, de "voir et toucher la vie". Du reste, jusqu'à ce que nous arrivions à cela, nous ne pouvons pas encore nous considérer pleinement comme des disciples du Seigneur Jésus. Notre chemin reste incomplet et nous âge spirituel immature. Nous ne sommes pas encore des "hommes mûrs", comme dirait Saint Paul (1 Co 14, 20).

Pour une connaissance vraiment profonde du mystère de Noël, en plus de la foi, il faut la charité, par l'exercice des bonnes œuvres, de la justice et de la miséricorde. C'est seulement ainsi que nous pourrons avoir cette mystérieuse "expérience" dont parle saint Jean et qui naît de la communion et porte à la communion. "Ce que nous avons vu et entendu – dit en effet l'apôtre (1 Jn 1, 3) – nous vous l'annonçons aussi à vous, pour que vous aussi vous soyez en communion avec nous". L'expérience de Noël naît de l'amour, est illuminée par l'amour, suscite l'amour et répand l'amour.

"Notre communion – explique ensuite Jean (1 Jn 1, 3) – est avec le Père et avec le Fils". Le mystère de Noël est source de communion, parce qu'il est communion avec Dieu dans son Fils Jésus-Christ. "Touchant et voyant" la vie faite visible, nous passons de la mort à la vie, nous guérissons de nos maladies, nous nous remplissons de la vie et nous pouvons donc transmettre la vie.

Pourquoi, enfin, cette communion ? C'est encore Jean qui nous le dit : "pour que notre joie soit parfaite" (cf. 1 Jn 1, 4). La vraie joie est l'objectif et la conséquence de la communion de vie avec Dieu et avec les frères. Nous cherchons tous instinctivement le bonheur. C'est en soi quelque chose de naturel. Mais savons-nous toujours où est la vraie joie ? Le savez-vous, vous les jeunes ? Le savez-vous, vous les adultes ? Nous, chrétiens, nous savons où est la vraie joie : dans la communion avec Dieu et avec les frères. Dans l'ouverture de notre esprit à la venue parmi nous, à Noël, du Dieu qui se fait homme, qui naît comme n'importe quel autre enfant sur terre, pauvre parmi les pauvres, nécessiteux parmi les nécessiteux.

Le Dieu très haut qui se fait tout petit. Sans perdre sa dignité infinie, il assume et fait sienne notre misère infinie, et derrière elle, il cache, d'une certaine façon, la divinité.

Je souhaite que vous puissiez vous aussi porter en abondance ces "fruits de vie éternelle". Que l''Esprit Saint, avec ses dons de sagesse et d'intelligence, vous guide vers une connaissance plus profonde du mystère de Noël, mystère de lumière, de communion, de joie dans le Seigneur.

Audience générale du mercredi 21 décembre 1988

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