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Les excuses d’une ancienne garde rouge

Le 12 janvier dernier, Song Binbin, fille d’un ancien membre éminent du parti communiste chinois, demandait pardon pour des actes commis pendant la Révolution culturelle de Chine de 1966 à 1976, notamment pour l’un des meurtres les plus célèbres de cette époque.

Durant 10 ans, Mao Zedong a mené un combat sans précédent, causant la mort de millions de Chinois. Son armée était composée essentiellement de la jeunesse du pays, appelée « gardes rouges ». Ils ont fait régner en Chine un climat de terreur par la destruction de monuments, de lieux de culte et par l’envoi des intellectuels dans les campagnes pour être « ré-éduqués » par le travail manuel. Pour Mao, la reconstruction socialiste devait se faire en éradiquant l’idéologie bourgeoise et les valeurs traditionnelles. Les intellectuels et les cadres du parti communiste étaient bafoués, humiliés publiquement ainsi que les mandarins et les élites.

Les gardes rouges constituaient un mouvement de masse chinois comprenant des étudiants et des collégiens. Mao, qui a déclenché le mouvement en invitant les jeunes à se soulever contre leurs parents et leurs enseignants, tentait de reprendre le pouvoir après des années d'une politique qui avait échoué en purgeant le Parti communiste des capitalistes. Ces gardes rouges ont été les auteurs de terribles excès.

Song Binbin en est une ancienne figure. Elle est aussi restée célèbre pour avoir remis sur la place Tiananmen, le 18 août 1966, devant des milliers de jeunes, le brassard de garde rouge à Mao en personne.

Elle doit son nom à la traduction « élevée » et « polie ». Un jour, alors que Mao lui dit « sois violente » elle change de nom en Yaowu qui signifie « vouloir le combat ». Elle a à peine 20 ans.

Le feu au poudre, c’est Song Binbin qui en a été en partie responsable lors du passage à tabac mortel d’une directrice d’école en août 1966, Bian Zhongyun. Elle a démenti avoir participé à cet assassinat. Sans préciser son rôle exact, elle a cependant déclaré avoir vécu depuis « tenaillée par le remords ». « Je vous en prie, laissez-moi exprimer mon chagrin éternel et adresser mes excuses à la directrice Bian »,  a-t-elle lancé sur les lieux de son ancienne école, entourée d'autres anciens élèves recueillis devant une statue de la défunte. « Je ne suis pas parvenue à protéger les responsables de l'école, et cela a représenté, durant toute ma vie, une source de peine et de remords. »

45 ans plus tard, elle revient sur ce terrible passé en présentant des excuses publiques, voulant par ailleurs que la famille de la victime en soit témoin avant qu’elle ne s’éteigne. De plus, elle met en garde contre ces fausses idéologies qui marquent au fer rouge tout un peuple.

Ce n’est pas la première à le faire. Depuis quelques années, plusieurs anciens gardes rouges ont demandé pardon pour leurs agissements durant la Révolution culturelle.

Song Binbin, qui a émigré aux États-Unis en 1980 avant de revenir à Pékin en 2003, espère que la contrition ouvrira le débat sur une introspection lors de la Révolution culturelle. « Si nous ne comprenons pas et n'examinons pas méticuleusement l'état d'esprit derrière la Révolution culturelle, des incidents semblables se reproduiront », a-t-elle dit.

Si certains y voient une forme de démagogie, d’autres approuvent la sincérité de cet acte.

C’est finalement un signe d’espérance que l’on voit apparaître peu à peu avec le défilé de ceux qui s’inclinent devant leurs victimes.

Si l’histoire peut parfois refermer de lourds secrets, l’homme quant à lui, peine sous le poids du péché. Song Binbin et tant d’autres en sont les exemples. Finalement, en avouant elle se condamne elle-même mais elle ouvre la porte à l’espérance en demandant « son rachat ».

Adélaïde Quenardel 

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