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Mon appareil photo est une extension de mon être

Anand Sharan est membre de l’Académie des photographes de New York et directeur de l’Académie d’art et de photographie de Bangalore. Autodidacte, il voyage beaucoup pour capturer le Mystère.


© Anand Sharan

Comment a débuté votre carrière ?

J’étais directeur d’une agence de publicité et de marketing et cela m’a mis en contact avec la photographie. J’avais une très bonne place, avec toutes les sécurités financières, et j’ai pris le risque de tout abandonner pour la photographie d’art. Mon père m’a étonnament encouragé dans cette voie. Je n’avais aucun contact et aucune formation en photographie. J’ai dû apprendre la technique par moi-même à une époque où il n’y avait ni youtube, ni google, ni appareil digital.

Mon père était un intellectuel qui avait de nombreuses relations avec des écrivains, des artistes et des acteurs. Il m’a présenté à un célèbre reporter, T.S. Satyan. Je n’ai pas appris la technique photographique avec lui mais ma vie et mon art ont été profondément influencés par sa philosophie, son souci d’enregistrer l’histoire, son respect inconditionnel du sujet et sa volonté de transmettre un sens.

Qu’est ce que qui vous a conduit à photographier des temples ?

J’ai commencé à visiter des temples en Inde et j’ai été frappé par l’état d’abandon et de laisser-aller dans lequel ils se trouvent. Au nom du progrès, l’urbanisation galopante détruit des pans entiers de nos traditions et de notre patrimoine artistique. J’ai découvert des monuments ayant plus d’un millénaire qui sont recouverts de carrelage pour WC. Par curiosité, j’ai demandé au prêtre pourquoi ils utilisaient ce carrelage, il m’a répondu : « Ça fait propre ». Les lieux religieux en Inde, comme Varanasi, sont extrêmement sales et pollués, et cela accélère la destruction des monuments. Ils sont aussi souvent utilisés et détériorés pour des films.


© Anand Sharan

Par mon art, j’aimerais suivre les traces de T.S. Satyan et être un homme de conscience. Lors de ma première exposition, j’ai présenté les plus grands temples du sud de l’Inde pour informer sur la beauté de l’héritage culturel. J’espère que mon travail donnera le goût d’entretenir ces monuments. Comme photographe, j’ai eu la chance de pouvoir visiter ces lieux non seulement comme touriste mais de voir l’intérieur et l’envers du décor.

J’ai aussi présenté un travail sur les danses populaires indiennes qui utilisaient avant des costumes magnifiques, remplacés souvent aujourd’hui par du nylon. J’aimerais que, par mes photos, on réalise davantage la beauté de notre héritage.


© Anand Sharan

Vous êtes le directeur de l’école d’art et de photographie de Bangalore. Pourquoi cet intérêt pour l’enseignement ?

J’enseigne depuis 11 ans et j’aime beaucoup enseigner. Cela me donne l’occasion d’échanger avec de jeunes esprits et de révéler des talents cachés.

Mon appareil photo est une extension de mon être, et lorsque je l’ai entre les mains, c’est magique. Je commence à cliquer intuitivement. A travers mon objectif, chaque photographie fait une impression indélébile sur le papier mais surtout sur mon âme. Je suis passionné par mon art et il m’est difficile de choisir quelle image a le plus de signification pour moi. C'est quand je suis libre de m’exprimer à travers ma photographie que je suis le plus heureux. Je suis heureux de voir plusieurs de mes étudiants qui ont pu se lancer dans une carrière photographique.

D’où vient votre prédilection pour le noir et blanc ?

J’ai une fascination pour la forme simple et classique du noir et blanc. Le spectateur est entraîné de façon dramatique dans l’intention de l’artiste et le sujet est intrinsèquement au centre de la scène.
Les différentes nuances de gris et les contrastes subtiles ou marqués créent une image pure et sans prétention. L’aspect intemporel apporte une élégance et une qualité incomparables.

http://www.anandsharan.com


© Anand Sharan

Photo en page d'accueil : © Anand Sharan
 

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