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Vivian Maier, quand l’ordinaire mérite d’être regardé

Au Château de Tours, près de 120 épreuves argentiques noir et blanc et couleurs de Vivian Maier sont visibles jusqu’au 1er juin 2014. Occasion exceptionnelle de découvrir l’œuvre de la photographe la plus discrète du siècle dernier.

New York, 18 octobre 1953, Vivian Maier
© Vivian Maier / Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York

 

Née à New York en 1926, Vivian Maier passe une partie de son enfance en France avant de revenir dans sa ville natale en 1951 et de réaliser ses premières photographies. En 1956, elle s’installe à Chicago où elle demeurera jusqu’à sa mort en 2009.

Personnalité discrète, Vivian Maier a en effet réalisé plus de 120 000 prises de vue et produit en trente ans une œuvre conséquente qu’elle a gardé cachée tout au long de sa vie.

Pour gagner son pain quotidien, elle fut d’abord gouvernante d’enfants. Un appareil autour du cou, elle passera ses jours de repos et tout son temps libre à arpenter les rues de New York puis de Chicago. En 2007, une grande partie de ses biens ainsi que l’intégralité de sa production photographique sont déposés en garde-meuble puis saisis et vendus pour honorer les impayés.

Vivian Maier meurt dans l’anonymat le 21 avril 2009.

Ses étonnantes photographies ont été découvertes par hasard par John Maloof en 2007, dans une salle de ventes de Chicago, alors que celui-ci souhaitait se documenter sur l’histoire de sa ville. Ils seront alors 6 à s’approprier sa vie pour quelques centaines de dollars, alors que 5 ans plus tard, une seule épreuve photographique sera vendue à près de 8000 dollars.

 

Sans titre, 1954, Vivian Maier
© Vivian Maier / Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York

« Le foule est son domaine, comme l’air est celui de l’oiseau, comme l’eau celui du poisson. Sa passion et sa profession, c’est d’épouser la foule. Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Etre hors de chez soi et pourtant se sentir partout chez soi, voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde, tels sont quelques-uns des moindres plaisirs de ces esprits indépendants, passionnés, impartiaux, que la langue ne peut que maladroitement définir. » Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques.

Vivian Maier scrute l’ordinaire et devient poète de la rue. Pour cela, elle adopte un point de vue proche du sol : elle se servait d’un appareil Rolleiflex qu’elle pouvait tenir à hauteur de taille, l’objectif levé vers les piétons qu’elle croisait. Un grand nombre de ses portraits sont ainsi pris du bas vers le haut, dans un mouvement de contre)plongée caractéristique de ses prises de vues. Les personnages captés acquièrent de ce fait une allure imposante, revêtent une plus grande dignité.

Ses images montrent une réelle curiosité à l’égard des choses du quotidien et une profonde attention envers les passants qui croisent son regard. Son regard nous fait percevoir la rue autrement, comme un lieu où tout est important : les bâtiments, proches ou lointains, le mouvement des gens, les lampadaires, les cabines téléphoniques, les bouches d’incendie, les arbres, les enseignes, les vitrines. Tous ces éléments trouvent une cohérence qui fait éclater l’œuvre de Vivian Maier.

Souvent, elle s’attarde sur des gens en pleine réflexion ou tourmentés, elle saisit l’émotion à l’état pur. Elle ne photographie pas seulement l’essence mais aussi l’histoire des personnes qu’elle a devant elle : s’il faut savoir se servir quand une chose nous est offerte, Vivian Maier saisit ce privilège de voir la vie se mettre en scène devant son objectif.

 

Sans titre, 3 Septembre 1954, Vivian Maier
© Vivian Maier / Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York

« Son travail trahit une sympathie – presque une empathie – pour les imperfections et les fragilités de la société. Elle apprécie le monde réel, en dépit de ses horreurs, comme la source de tous les émerveillements, de toutes les fascinations et de toutes les valeurs, et ne le trouve pas moins précieux parce qu’il est irrationnel. » Joel Meyerowitz

Vivian Maier s’intéresse à ceux qui sont en marge, elle s’attache à capturer les profondes disparités d’une Amérique en plein essor. En photographiant les portraits des plus seuls, ceux pour qui la rue reste gravée sur le visage, elle nous partage une part de sa propre solitude : cela semble la rassurer de découvrir qu’elle n’est plus la seule paria de ce monde.

 

Chicago, IL, Janvier 1956, Vivian Maier
© Vivian Maier/Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York

 

« Voir le monde révéler ses mystères en une infime fraction de seconde peut être source d’une grande joie. » Joel Meyerowitz

Une artiste révélée après sa mort, cela n’a presque rien d’étonnant… Cependant, une interrogation subsiste aujourd’hui : qui fut véritablement Vivian Maier ? Nous pourrions le découvrir en plaçant bout à bout toute son œuvre photographique, retraçant ainsi l’itinéraire de sa vie, ce qu’elle a vu et vécu.

Vivian Maier préférerait sûrement que ses images soient considérées non comme un art mais comme la vie. Elle qui a gardé l‘anonymat tout au long de son existence, elle serait la première surprise de voir ce branle-bas déclenché dans les cénacles de la photographie. Mais peut-être que ces images changeront le sens de notre vie ! 

 

 

Jusqu’au 1er juin 2014 au CHÂTEAU DE TOURS
25 avenue André Malraux – 37000 Tours
Tél. : 02 47 70 88 46
Horaires : du mardi au vendredi de 14 H à 18H,
samedi et dimanche 14 H 15 à 18 H.
Entrée gratuite

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