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L’exemple laissé par Charles d’Autriche et sa femme Zita

Le 3 avril dernier, nous avons eu la joie de recevoir à Genève l’Archiduc Christian de Habsbourg-Lorraine, venu nous présenter son grand-père, le Bienheureux empereur et roi Charles d’Autriche-Hongrie. Cette conférence passionnante nous a permis de comprendre comment sa vie, ses vertus et celles de son épouse la Servante de Dieu Zita, pouvaient être un modèle à suivre pour chacun d’entre nous. Puis la réflexion s’est étendue à la mise en œuvre d’un tel exemple dans vie politique actuelle. Nous vous présentons ici un résumé.


© Points-Cœur

Charles d’Autriche est le seul chef d’État européen laïc du XXème siècle à avoir été déclaré bienheureux par l’Église. Son procès de canonisation est en cours. Comme le procès de béatification de son épouse Zita a aussi débuté, Charles et Zita pourraient donc devenir un des rares couples mariés à être tous les deux béatifiés voire peut-être canonisés. Souvent un chrétien pense que la vie d'un saint est hors d'atteinte pour lui, inaccessible. Or, Charles et sa femme Zita sont des exemples à suivre pour tout le monde, pour toutes les époques.

La béatification de Charles d’Autriche, en 2004, est la dernière effectuée par Jean-Paul II. Lors du discours de béatification, le rôle de chef d’État de Charles n’a été abordé qu’à la fin, alors même qu’il a été le dernier Empereur d’Autriche, le dernier Roi apostolique de Hongrie et le dernier Roi de Bohême, le tout en prenant ses fonctions dans les conditions exceptionnellement difficiles de la Première Guerre Mondiale. Avant de l’évoquer, l'Église a voulu mettre en avant son rôle de mari, de père de famille dévoué, d’artisan de paix entre les peuples mais aussi entre les personnes ; un exemple pour les dirigeants chrétiens ainsi que sa foi profonde et son courage personnel, physique, militaire, politique.

Père de famille dévoué, mari fidèle et aimant

L'Empereur Charles est né au Château de Persenbeug, en 1887. Quand il a huit ans, une religieuse Ursuline de Hongrie, Sœur Vincenzia, qui porte les stigmates, prédit étrangement que le jeune Charles "va devenir empereur, qu'il souffrira beaucoup et sera la cible du mal". Il n’est alors qu’un héritier assez lointain du trône. L’enfance du futur empereur s’est déroulée d’une manière aussi normale que possible.

À quatre ou cinq ans, il demande à ses parents de pouvoir effectuer des petits travaux pour gagner quelques sous qu'il donne alors aux pauvres rencontrés lors de ses promenades.

Éduqué d’abord par des tuteurs privés, il se rend ensuite dans un collège à Vienne. Les professeurs disent de lui que c’est un garçon intelligent, appliqué et qui se donne du mal. À seize ans, comme le veut la coutume, il effectue son service militaire. Après quelque temps de formation, il est envoyé en garnison en différents lieux de l'Empire. Ces séjours et ces voyages lui permettent d’avoir une bonne compréhension de la taille et des diversités de l’Empire austro-hongrois. Les nombreuses  cultures, religions et langues (dix-neuf dans l’Empire) font de cet Empire une Union européenne avant l’heure.

Après les fiançailles de Charles avec la princesse Zita de Bourbon-Parme, celle-ci part à Rome avec ses parents où ils sont reçus par le Pape (le futur Saint Pie X). De manière inattendue, celui-ci déclare que Charles "sera empereur car il est le cadeau fait par Dieu à ses peuples en remerciement de tout le bien que les Habsbourg ont fait à l’Église pendant des siècles." Zita dira plus tard à ses enfants qu’à ce moment précis, elle avait failli contredire le Pape, Charles n’étant que second dans la ligne de succession. Mais trois ans plus tard, l’héritier direct de l’Empire Austro-Hongrois, l' Archiduc François-Ferdinand, est assassiné à Sarajevo. Charles devient empereur à 27 ans au milieu des horreurs de la première guerre mondiale. 

Lors de ses fiançailles, Charles dit à Zita : "Maintenant nous devons nous aider l'un l'autre à aller au ciel." Nous y sommes tous appelés. En 1916 a lieu le couronnement de Charles à Budapest. Il sera oint avec le Saint Chrême. Zita dira du couronnement que c’était donc presque comme un sacrement, que leur tâche était quasi sacrée et qu'ils s'y consacraient corps  et âme. Ils seront très heureux et auront huit enfants. Leur foi augmente tous les jours, suivant l’image d’un triangle, ayant pour base l’épouse et le mari, qui se rapprochent l'un de l'autre au fur et à mesure qu'ils se rapprochent du sommet qui est Dieu.

Chef d’État courageux

Charles explique dans sa première déclaration officielle que sa priorité absolue est d’obtenir la paix, ce qui ne plaît pas trop à son allié, l'Allemagne.

Les soldats austro-hongrois baptisent leur nouvel empereur "Charles le soudain", à force de le voir apparaître brusquement à l’improviste sur le front, même au milieu des batailles, en visite de soutien et de contrôle. Charles refuse de condamner les déserteurs, il octroie des amnisties contre l’avis des tribunaux militaires. Il s’oppose formellement à ce que des sous-marins attaquent des bateaux civils. Charles interdit aussi les bombardements de ville et les attaques au gaz. Ces interdictions sont-elles signes de faiblesse comme il a été dit à l’époque ? Au contraire, elles sont fondées sur la défense de la dignité de l’homme et de la vie humaine. Sur un autre plan mais nourri de la même volonté de placer l’homme au centre de tout, Charles tente d’instaurer le suffrage universel en Hongrie, mais sa tentative avorte à cause de l’opposition de son propre gouvernement. Il crée le premier ministère des affaires sociales au monde. Charles fait promulguer des lois protectrices des femmes et des enfants, des lois améliorant l’éducation scolaire. Pendant les deux années passées au pouvoir, il a en fait essayé d'appliquer la doctrine sociale de l’Église, lancée en 1891 par l'encyclique Rerum Novarum du Pape Léon XIII. Cette doctrine contient une grande sagesse dont il faudrait s'inspirer encore  bien plus de nos jours.

Dès son accession au trône, Charles entame des négociations de paix, intenses et risquées, avec la France et la Grande Bretagne. Ces négociations doivent demeurer secrètes, car l’Empereur risque une annexion par l'Allemagne, si celle-ci devait en avoir connaissance. Charles estime que l’Alsace-Lorraine doit retourner à la France et que la neutralité de la Belgique doit être restaurée.

Zita n’a pas été en reste dans ce souci permanent de paix et de préservation de vies humaines. Elle apprend par les services de renseignement austro-hongrois qu'il existe le plan, au sein d'une partie de l'État-major allemand, de porter un coup fatal au moral de l'armée belge qui résiste sur l’Yser, en tâchant d'éliminer la famille royale de Belgique ou encore de raser la cathédrale de Reims pour refroidir les ardeurs de la population française. Elle décide alors de contribuer à faire annuler ces plans. Pendant un dîner avec l’Empereur Guillaume II, avec habileté et forte du soutien de son mari, elle évoque le sujet publiquement, ce qui met l’Empereur Guillaume II dans la confusion et les plans seront abandonnés.

Autant les pourparlers de Charles avec le Président du Conseil français Aristide Briand avançaient bien, autant ceux avec Clemenceau, nouveau Président du Conseil, capotent très rapidement : ce dernier les a laissés être divulgués. Il n'a pas de sympathie pour l'Autriche-Hongrie ni pour sa dynastie catholique. Charles se retrouve alors dans une situation très difficile vis-à-vis de son allié allemand. Comme l’a dit Anatole France, Charles d’Autriche s’est sans doute révélé être le seul homme de valeur à accéder au pouvoir pendant la guerre, qui désirait vraiment la paix. 

Très chrétien

Charles et Zita ont toujours eu une foi et une pratique exemplaires. Depuis tout petit il assiste à la messe quotidienne et ne cesse de le faire même quand ses fonctions l’accaparent. Il lui est arrivé d’arrêter son train en pleine campagne pour faire célébrer la messe. Le soir de son couronnement à Budapest en 1916, il annule le gala car au même moment, ses soldats n’ont pas assez à manger sur le front. À Vienne, il fait distribuer de la nourriture et du charbon aux plus pauvres et supervise l'organisation de cantines populaires.

Charles a toujours refusé d’abdiquer. Réfugié en Suisse près du Lac Léman, il est appelé par le General Lehar à revenir en Hongrie où il est toujours le roi légitime. Deux tentatives successives échouent en février et octobre 1921, car il est trahi par son homme de confiance, l'Amiral Horty.

Le couple est arrêté, et exilé sur l'île de Madère, sans leurs enfants en bas-âge. Pendant quelques mois, ils vivent là sans argent ni nouvelles de leurs enfants. Puis la famille est enfin réunie à Madère dans une villa située sur le sommet de la montagne. Celle-ci est très humide car dans les nuages plusieurs mois par an. La population de l’île se montre très accueillante, mais le froid et la faim tenaillent la famille. En exil, l’ancien roi et empereur se voit proposer un retour au pouvoir par la franc-maçonnerie, en échange d’un engagement à appliquer par la suite un programme politique comprenant l’instauration du divorce ou la diminution du rôle de l’Église dans la société. Il refuse net.

Sa mort aussi est exemplaire. En priant, il comprend un jour que Dieu l’appelle à un sacrifice plus grand, celui de sa vie. Peu de temps après, lors d’une promenade dans les montagnes de Madère avec ses enfants, l’un d’eux a froid, il lui donne sa veste et le prend sur ses épaules. L'Empereur transpire et attrape froid. La grippe se transforme rapidement en pleurésie puis en pneumonie. Certains pays empêchent des médecins du continent de venir en aide à leur confrère présent sur l’île pour soigner Charles. Ce dernier, même dans son délire à l’article de la mort, s'inquiète encore pour des réfugiés, pense à des personnes en difficultés, à des amis. Le Saint Sacrement est exposé dans la chambre. Le dernier jour, Charles demande pourquoi les pays européens ne le laissent pas rentrer chez lui. Avant de dire à Zita une dernière fois combien il l’aime, et à Jésus « que Ta volonté soit faite ». Charles meurt le 1er avril 1922, à trente-quatre ans. Il n’a jamais connu son huitième enfant. Son cercueil est déposé dans une petite église proche de leur villa sur l’île de Madère. Il y est encore.

Dès 1925, des témoignages affluent sur la grandeur d’âme de Charles. En 1949, le procès en béatification de Charles est officiellement ouvert par l’Église. Le miracle demandé a eu lieu au Brésil. Jean-Paul II, qui a  été appelé Karol par ses parents en hommage à Charles béatifiera celui dont il porte le prénom en 2004. Jean-Paul II décédera l'année suivante.

 

Bertrand Ducasse

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3 Commentaires

  1. Gerhard Gösser

    Charles d’Autriche est le seul chef d’état qui était au front voilà pourquoi il a fait une proposition de paix dès son arrivée au pouvoir. Clémenceau aurait pu signer la paix en 1916…

    Les commentaires de Charles d’Autriche sur les aberrations du traité de Versailles se sont aussi révélées profondément exactes et expliquent l’histoire du XXe siècle. Il avait une connaissance et un amour pour chaque peuple et il savait que les états créés artificiellement comme la Tchécoslovaquie ou la Yougoslavie n’auraient pas d’avenir viable… Pour démanteler l’Empire austro-hongrois, Clémenceau a fait appel à des fanatiques d’extrême droite ou d’extrême gauche pour créer des gouvernements fantoches dans les différents pays, ouvrant ainsi la voie aux totalitarismes. La Hongrie est sans doute le pays qui a le plus souffert à cause de Clémenceau, perdant presque la moitié de son territoire et passant de Charybde en Scylla.

  2. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Clémenceau n’ oppose pas un refus aux propositions de paix de Charles d’Autriche seulement par hostilité au catholicisme. Il n’a pas oublié que c’est l’empire austro-hongrois qui a déclenché le processus de guerre en 1914 par son entêtement à vouloir punir la Serbie. Pour lui, cet empire aux nationalités multiples est une aberration génératrice de conflits en Europe et il faut le démanteler. En 1917, c’est la guerre à outrance et les propositions de paix tombent à plat, celles de Charles comme celles de Benoît XV. Il suffit de se rappeler le « non possumus » opposé au pape par le Père Sertillanges depuis la chaire de Notre-Dame de Paris.

  3. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    On ne peut pas dire que l’empereur Charles était le seul chef d’Etat au front: le roi Albert 1er de Belgique a dirigé personnellement l’armée belge pendant toute la guerre, et les venues du « Tigre » dans les tranchées étaient fréquentes et célèbres. Mais je concède volontiers que le remodelage de l’Europe par le traité de Versailles portait en germe des conflits futurs. Tout cela n’enlève rien à la sainteté de Charles et de son couple, mais il était au mauvais endroit au mauvais moment. Les tentatives de paix de 1916 se heurtaient à la volonté des dirigeants militaires des deux côtés, du kaïser Guillaume II et du président Raymond Poincaré, lorrain d’origine.