Home > Spiritualité > Trois regards sur Auschwitz
Auschwitz. 70 ans ont passé depuis la libération du camp. Mais peut-on dire que l’homme est davantage protégé de la nuit ? N’est-il pas nécessaire, après les discours, de nous diriger vers le silence, pas à pas, en suivant ces grands témoins qui ont porté l’inacceptable et ont cherché à le transformer de l’intérieur ?

 

Où est le bon Dieu ?

Dans ce passage de La Nuit, Elie Wiesel nous met au cœur du drame et au cœur de la question qui en surgit comme un cri effroyable, aussi effroyable que l’est le mal. Mais la réponse (et non la solution), c’est un regard, un regard qui porte jusqu’au fond de la réalité sans jamais évacuer le drame.

« Un soir que nous revenions du travail, nous vîmes trois potences dressées sur la place d’appel, trois corbeaux noirs. Appel. Les SS autour de nous, les mitraillettes braquées. Trois condamnés enchaînés et parmi eux, le petit « Pipel », l’ange aux yeux tristes. Un enfant au visage béat. Incroyable dans ce camp.

Le chef de camp lut le verdict. Les trois condamnés montèrent ensemble sur leurs chaises. Vive la liberté crièrent les adultes. Le petit lui se taisait.

Où est le bon Dieu, où est-il ? demanda quelqu’un derrière moi. Sur un signe du chef de camp les trois chaises basculèrent… Les deux adultes ne vivaient plus. Mais la troisième corde n’était pas immobile : si léger l’enfant vivait encore. Plus d’une demi-heure, il resta ainsi à agoniser sous nos yeux…

Derrière moi, j’entendis le même homme demander : Où est ton Dieu ? Et je sentais en moi une voix qui lui répondait :

– Où est-il ? Le voici – il est pendu ici à cette potence… »

 

Il faut choisir

On ne sait rien de ce qu’Etty Hillesum vécut à Auschwitz sinon qu’elle partagea en 1943 le sort de tant de ses semblables. Mais son journal, Une vie bouleversée, ainsi que ses lettres écrites depuis le camp de transit de Westerbork nous dévoilent son chemin spirituel et comment elle devint une source d’espérance au milieu de l’angoisse. 

« Comme elle est grande, la détresse intérieure de tes créatures terrestres, mon Dieu ! Je te remercie d'avoir fait venir à moi tant de gens avec toute leur détresse. Ils sont en train de me parler calmement, sans y prendre garde, et voilà que tout à coup leur détresse se révèle dans sa nudité. Et j'ai devant moi un pauvre petit être humain, désespéré et se demandant comment continuer à vivre. C'est là que mes difficultés commencent. Il ne suffit pas de te prêcher, mon Dieu, pour t'exhumer, te mettre à jour dans le cœur des autres. Il faut dégager chez l'autre la voie qui mène à toi, mon Dieu, et, pour ce faire, il faut être un grand connaisseur de l'âme humaine. »

« Je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j'essaie toujours de retrouver la place de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes. »

« La force, l’amour et la confiance en Dieu que l’on a en soi, et qui, ces derniers temps, grandissent si merveilleusement en moi, il faut se garder prêt à les partager avec tout un chacun qui croise par hasard notre route et qui en a besoin… Même dans la souffrance il est possible de puiser des forces… Il faut choisir : penser à soi-même sans se soucier des autres, ou prendre distance d’avec ses souhaits personnels et se livrer. Et pour moi, ce don de soi n’est pas une résignation, un abandon à la mort. Il s’agit de soutenir l’espérance, là où je le peux et où Dieu m’a placée. »

« Toi qui m'as tant enrichie, mon Dieu, permets moi aussi de donner à pleine main. Ma vie s'est muée en un dialogue ininterrompu avec toi, mon Dieu, un long dialogue. Quand je me tiens dans un coin du camp, les pieds plantés dans la terre, les yeux levés vers ton ciel, j'ai parfois le visage inondé de larmes. Le soir aussi, lorsque, couchée dans mon lit, je me recueille en Toi, mon Dieu, des larmes de gratitudes m'inondent parfois le visage et c'est ma prière. »  

« Ma vie est une succession de miracles intérieurs. Et comme c'est bon de pouvoir encore le dire à quelqu'un. » (18 août 1943). 

 

La victoire de l’amour

Jean Paul II disait d'Auschwitz qu'il était le Golgotha du XXème siècle. Il proclamait Maximilien Kolbe, martyr de la charité, le 10 octobre 1982. 

« Tout ceci arriva dans le camp de concentration d'Auschwitz où, durant la dernière guerre, environ quatre millions de personnes furent mises à mort parmi lesquelles se trouvait aussi la servante de Dieu Édith Stein (Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix, carmélite) (…). La désobéissance à Dieu, créateur de la vie, qui a dit : « Tu ne tueras pas », a causé en ce lieu l'immense hécatombe de tant d'innocents. Et, en même temps, notre époque est restée ainsi horriblement marquée par l'extermination de l'homme innocent. (…)

Les hommes regardaient ce qui se passait dans le camp d'Auschwitz. Et même s'il semblait à leurs yeux que mourait l'un de leurs compagnons de tourments, même si humainement ils pouvaient considérer « son départ » comme « un malheur », en réalité dans leur conscience cela n'était pas seulement « la mort ».

Maximilien n'est pas mort, mais il a « donné sa vie pour son frère ».

Il y avait dans cette mort, terrible du point de vue humain, toute la grandeur définitive de l'acte humain et du choix humain : lui-même, tout seul, s'est offert à la mort par amour.

Et dans cette mort humaine, il y avait le témoignage transparent donné au Christ : le témoignage donné dans le Christ à la dignité de l'homme, à la sainteté de sa vie et à la force salvifique de la mort, dans laquelle se manifeste la puissance de l'amour.

C'est précisément pour cela que la mort de Maximilien Kolbe est devenue un signe de victoire. Elle a été la victoire remportée sur tout le système de mépris et de haine envers l'homme et envers ce qui est divin dans l'homme, victoire semblable à celle qu'a remportée Notre Seigneur Jésus-Christ sur le calvaire.

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