Home > Arts plastiques > Vik Muniz : recycler le visage

L’exposition de Vik Muniz à Buenos Aires ne laisse pas de surprendre par son audace et sa diversité. Des portraits réalisés avec des détritus ou avec du sucre, une Mona Lisa de confiture, une Katharine Hepburn de diamants, 95 œuvres sont présentées qui représentent plus de 600 photos de compositions prises d’avion ou sur terre.

Vik Muniz, Sugar.

C’est la première fois que l’artiste expose dans la capitale argentine, dans l’hôtel de l’immigration, dont une aile a été récemment transformée en musée. S’inspirant de photos ou de tableaux célèbres, ils les reconstituent avec les matériaux les plus ordinaires pour ensuite en faire de nouveau une photo grand-format.

Muniz semble allier, entre beaucoup d’autres, deux qualités : L’humilité et la rigueur. L’humilité par les matériaux utilisés, qui apparemment sans noblesse, représentent la simplicité du quotidien, tous ces objets utilisés une ou plusieurs fois pour les besoins les plus basiques puis jetés. 

La rigueur par son art d'assembler une multitude d’objets délicatement juxtaposés, certains plus gros que d’autres, qui se fondent dans le portrait, comme pour faire partie d’une œuvre plus grande, la rondelle de caoutchouc, l’ours en peluche démembré, des morceaux de tissu ou de plastique retrouvent une  dignité en donnant son relief au visage d’un ouvrier de la  décharge de  Rio. Les photos de Muniz sont de véritable puzzle où les pièces ne s’imbriquent pas mais s’unissent pour nous permettre de contempler la beauté d’un paysage. La photo d’un groupe d’enfants employés dans des usines du début du XXème siècle au USA est finement reconstituée de papier découpé : une véritable dentelle.

« J’aime que dans mes œuvres, le spectateur comprenne le processus, comment elles ont été faites ; cela lui permet d’entrer dans une relation avec le temps. On pense les images comme quelque chose d’instantanée, immédiat, mais l’image qui t’invite à imaginer comment elle a été faite te porte à penser au processus à travers lequel elle fût réalisée. Et cela te donne déjà la possibilité de penser à autres choses, à l’intention de l’image, et jusqu’à des conclusions philosophiques sur ce que tu es en train de voir…. Pour moi, l’artiste crée des situations, quelques unes plus personnelles, d’autres qui ont une signification plus universelle, mais qui de toute façon, crée une relation entre l’œuvre et le spectateur. Je souhaite que les spectateurs aient, avec mon œuvre, des relations intenses, complexes, profondes. Mais chacun vient avec un ensemble d’expériences personnelles, d’idées, de préjugés ! Tout cela fait que la relation entre le spectateur et l’œuvre soit un produit unique, personnel et c’est ce qu’il y a de mieux. » répond-il à un journaliste 

Au milieu de l’exposition, le film Wasteland de 2008 retrace l’aventure de Vik avec les ouvriers qui trient les déchets de la décharge de Rio, Jardim Gramacho ; un beau chemin de complicité d’amitié ; d’un côté notre photographe découvre la lutte quotidienne de ces hommes et ces femmes pour travailler dignement malgré de difficiles conditions de vie et l’avenir incertain. De l’autre côté, Tiago et les autres s’ouvrent à l’art, travaillant plusieurs mois dans l’atelier : Ils recouvrent patiemment leurs portraits  projetés  sur le sol et découvrent une autre utilisation de tout ce qu’ils récoltent dans la décharge ; une utilisation qu’il n’aurait jamais pu imaginer auparavant. De cet échange ont résulté des œuvres magnifiques que Muniz a ensuite le désir de vendre au profit de chacun de ces hommes et de ces femmes, afin de leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie.

Vik demande à Tiago : «  Que pensais-tu de l’art contemporain avant la vente aux enchères ? »

Tiago répond : « Je pensais que c’était du déchet !»

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