Home > Cinéma, Théâtre > Un road movie en studio

Il lui a fallu 15 ans pour réaliser son nouveau film LOS FELIZ, dont 3 passés à peindre des paysages américains à l’encre japonaise sur d’immenses toiles. L’artiste et réalisateur autrichien Edgar Honetschläger vient de présenter un Road Movie philsosophique sur le sens et le pouvoir des images dans la cutlure contemporaine.

Une déesse japonaise, une gardienne de musée française et le diable de Rome roulent jusqu’à Los Angeles dans une vielle Mercedes bleue. Derrière la voiture, trois cardinaux font bouger la toile. La voiture parait ainsi rouler à travers le paysage américain. Quel est le sens d'une telle mise en scène ?

Le pouvoir appartient à celui qui fait les images 

Au début du film, trois cardinaux se rencontrent à Rome et constatent avec effroi que le pouvoir est en train de leur échapper. Quelqu’un leur dispute le pouvoir des images.

L'Eglise catholique a en effet reconnu le pouvoir de persuasion des images et a commencé à les utiliser. C’est ainsi qu’elle a diffusé des images et des concepts qui ont dominent et ordonnent le monde occidental. Après la découverte de l’Amérique, les européens ont exporté leurs concepts dans le nouveau monde et ont créé un nouveau centre de production et de manipulation par les images : Hollywood à Los Angeles.

Les images hollywoodiennes sont omniprésentes, elles ne montrent pourtant qu’une illusion en racontant des histoires d’amour romantique, de richesse et de succès. Hollywood semble assécher les aspirations des hommes et, ultimement, l’aspiration à l’éternité.

Dans LOS FELIZ , les protagonistes courent, c’est-à-dire « roulent »  après les illusions, sans jamais être en mouvement. C’est ainsi que souvent nous courons après les illusions que nous nous créons nous-mêmes.

Le film nous fait suivre le chemin de Lydia, une jeune française qui aimerait devenir une célébrité d’Hollywood. Pour cela, elle passe un pacte avec le diable qui lui promet la reconnaissance si elle renonce à l’amour. Ils vont être accompagnés par Kaya, la déesse shintoiste de l’herbe, pour qui l'amour est une illusion (comme la liberté ou la tridimentionalité). Lydia rencontrera sur son chemin plusieures personnes qui lui dévoileront des cultures et des perspectives différentes. Ces rencontres lui permettront de pendre peu à peu conscience de la diversité des conceptions de la vie. Elle va de ce fait prendre de la distance par rapport à ses propres aspirations et ainsi grandir et changer au fur et à mesure du film. Elle comprend finalement qu’il n’y a que des promesses vides qui l’attendent à Hollywood. En reconnaissant cela, elle développe une pensée plus libre, indépendante des illusions de la société. 

Dans son film, Honetschläger relativise les réalités culturelles et tente d’aider le spectateur à prendre de la distance par rapport à une vision centrée sur l'occident. En effet, la conception que nous avons de la vie est toujours une parmi d’autre et n’est jamais quelque chose d’absolu.

Le réalisateur a vécu plus de 10 ans au Japon, il a compris la diversité des conceptions de la vie en découvrant les philosophies orientales. Pour lui, la perspective égocentrique occidentale est une illusion, tout comme la découverte douce-amère du romantisme. C'est ce qu’il montre dans le film à travers le personnage de la déesse orientale pour laquelle le monde fonctionne, avec une perspective réelle, alors même qu’elle ne connaît pas le mot « Amour ».

Ce film a donc de multiples aspects : il révèle Hollywood et ses illusions tout en nous faisant nous poser la question de notre propre conception du monde. 

Pour accompagner la sortie du film, une exposition a lieu actuellement à la Maison 21 à Vienne. Elle présente différent travaux et accessoires du film. LOS FELIZ est depuis début Mars 2016 dans les salles autrichiennes. 

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