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Le Maestro de la furia napolitaine

À Naples, le foot est presque une religion. Surtout lorsque la victoire est au rendez-vous. Maradona a ainsi un autel qui lui est dédié en plein cœur du quartier historique de la ville parthénopéenne. Luigi D’Anto, lui-même initiateur et entraineur d’une équipe de jeunes garçons de la banlieue napolitaine qui ne cesse de rencontrer le succès, analyse la remarquable performance de l’actuel « mister » de l’équipe de Naples en série A, Maurizio Sarri. Le scudetto 2016 (victoire finale au championnat italien) est à portée de ballon. Forza Napoli !

Tout a commencé en mai l’année dernière. C’était le dernier match du championnat et Naples jouait sa place pour la Ligue des Champions avec la Lazio. Ce match fut un peu comme la synthèse de la saison du club napolitain : de grandes qualités individuelles, mais peu de force mentale. Cette force que le très fameux Benitez, l’entraineur espagnol, n’a pas réussi en deux ans à transmettre à ses joueurs, justifiant cet échec en disant que la mentalité victorieuse s’achète sur le marché, à coups de millions, pour s’attacher les services des soi-disant top players. Ce jour-là, Naples perdit son match, et ce fut une grande déception pour nous tous, les tifosi. Le responsable tout désigné d’un tel désastre ne pouvait être que le président. Il n’avait pas agréé les exigences millionnaires du technicien espagnol, et notre équipe ne pouvait donc pas faire plus que ce qu’elle avait réussi à faire. Le jour suivant, Benitez partit pour Madrid, signant un contrat millionnaire avec le club le plus prestigieux du monde. En toute bonne foi : l’échec de Naples ne pouvait pas lui être imputé.

Un nouvel entraineur fut trouvé pour Naples. Un certain Maurizio Sarri, plutôt inconnu, parti d’en bas, un homme en survêtement, avec un peu de ventre, mais qui a eu une vraie réussite avec la petite équipe d’Empoli, remportant notamment un fameux succès de quatre buts contre le Naples de Benitez en mai 2015. Insuffisant cependant, au moins pour commencer : dans le scepticisme général – « il n’arrivera pas à gérer les champions napolitains… », « mais, comment s’habille-t-il ? »… – , les quatre premiers matchs sans victoire ont en effet presque scellé son destin, jusqu’au jour où il a décidé de changer ses idées tactiques et a mis en place une pédagogie sur mesure, adaptée aux garçons qu’il avait à sa disposition.

À partir de ce moment, Naples n’a plus jamais été freiné dans sa montée en puissance, même après sa défaite contre la Juventus. Et, aujourd’hui, c’est encore probablement le club le plus fort d’Italie, avec les mêmes joueurs que l’année dernière. Sarri prit ainsi le risque de dire à Higuain (grand champion, mais qui avouait lui-même n’avoir jamais su jouer au maximum de son potentiel) : « tu dois t’améliorer sur tel ou tel geste technique, et tu dois sourire sur le terrain. Comme adversaire, je t’ai toujours vu triste et nerveux, et ce n’est pas ainsi que tu pourras développer toutes tes capacités ». À Albiol, ex-joueur du Real Madrid et ex-champion du monde, il dit aussi : « tu n’utilises pas correctement ton corps » Incroyable de parler ainsi à un champion avec les mots mêmes qu’utiliserait un professeur de gymnastique de lycée pour ses élèves ! Et nous pourrions prendre ainsi quinze autres exemples parce que, aujourd’hui, tous les joueurs de Naples sont en train de réaliser la meilleure saison de leur carrière, et leur valeur sur le marché des transferts, qui avait terriblement chuté sous l’ère Benitez, a tout simplement triplé ! Sarri leur a parlé en vérité. Il savait ce qu’il disait, et ses joueurs savaient qu’il n’y avait rien de plus intelligent que de l’écouter pour progresser. Malgré leurs trente ans, ils se sont sentis regardés par quelqu’un de sûr.

Nous ne savons pas encore comment le championnat finira cette année, mais nous pouvons dores et déjà affirmer que ce qu’a permis de faire le maestro Sarri à l’équipe de Naples est destiné à s’imposer dans les prochaines années au niveau européen, sans qu’il soit toujours nécessaire d’acheter la mentalité victorieuse sur le marché des transferts.

 

Post Scriptum : Benitez est donc allé à Madrid où se trouvent les meilleurs joueurs du monde… et il en a été chassé ! Le problème cette fois, ce n’était pas l’argent (qui ne manque pas au Real Madrid), mais bien le fait que le technicien espagnol cherchait à tout prix à imposer ses propres idées footballistiques à ses joueurs, même s’ils n’étaient visiblement pas faits pour les suivre. Il ne lui serait sans doute pas inutile de venir prendre quelques leçons auprès du nouveau maître napolitain.

 

Traduction : Vincent Billot

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