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La plus grande bataille de Napoléon

Le 18 mai 1804, Napoléon est proclamé empereur des français. Parler de lui ou de Garibaldi dans le sud de l’Italie est périlleux. On ne peut pas prévoir les réactions des auditeurs. A Naples, tout particulièrement, sa présence et ses conséquences ont laissé des séquelles encore vivantes. Pourtant, le Cardinal Biffi présentait il y a peu un aspect insoupçonné du consul. Loin du personnage cruel, superstitieux et anticlérical décrit tant de fois, il dévoilait le cœur d’un homme « fasciné par la foi »[1].

Oscar Rex, C'est fini, détail (Vers 1900)
 

Un être en comparaison de qui je suis un vrai rien

En 1840 sont publiés des mémoires à partir de témoignages recueillis à Sainte-Hélène. Préfacé par du Cardinal Biffi, le Sentiment de Napoléon sur le christianisme, Conversations religieuses, est aujourd’hui partiellement republié en Italie[2]. Les hommes qui accompagnaient Napoléon dans son exil y confirment sa conversion au catholicisme. Le Cardinal affirme : « pour Napoléon, la foi et la religion étaient une adhésion convaincue, pas une théorie ou une idéologie, il s’agissait d’une personne vivante, Jésus Christ, qui avait confié sa mission de salut à « un signe étrange » : sa mort sur la croix ».

Charles Tristan De Montholon, son confident et exécuteur testamentaire, raconte qu’au cours des derniers mois de sa vie sur l’île Sainte-Hélène, l’Empereur restait dans sa chambre où il gardait toujours l’Evangile dans son secrétaire. Il y parlait posément du christianisme et de Dieu. Il devisait ainsi avec Henri Gatien Compte Bertrand : «Il existe un Être infini, en comparaison de qui – général Bertrand – vous n'êtes qu'un atome, en comparaison de qui moi, Napoléon, je suis un vrai rien, un simple néant, vous comprenez ? Je peux sentir ce Dieu… Je le vois… J'en ai besoin, je crois en lui. » (15/10/1815)

Subjugé par le Christ

Bonaparte était véritablement fasciné par la figure du Christ : «Tout de lui m'étonne ; son esprit me dépasse et sa volonté me confond. Entre lui et quoi que ce soit au monde, il n'y a pas de terme possible de comparaison. » Il affirme nettement que pour lui, l’histoire et la vie de Jésus ainsi que les dogmes le concernant sont “un mystère insondable”. Il explique ainsi à son confident :

"Je vois en Lycurgue, Numa et Mahomet des législateurs qui, à cause de la place élevée qu'ils occupaient, cherchèrent la meilleure solution du problème social ; beaucoup de ressemblances, des faiblesses, des erreurs les rapprochent de moi.
En Christ par contre tout est merveilleux, je suis subjugué par son esprit et par sa volonté ; ses sentiments, les vérités qu'il annonce, sa vie, sa manière d'être, ne s’expliquent nullement du point de vue humain. Sa naissance, l'histoire de sa vie, la profondeur de sa doctrine qui saisit les pires difficultés pour leur donner la plus admirable solution ; son Évangile, son apparition, sa marche de lieu en lieu, tout en lui est pour moi un prodige, un mystère insoluble qui m'inspire un respect profond, un mystère que je ne peux nier ni expliquer, car il n'y a rien d'humain en lui.
Plus je cherche, plus je sonde ce qui le concerne, plus ces questions demeurent au-dessus de ma compréhension, car tout en lui est grand, d'une grandeur trop haute pour moi.
Sa religion révèle une intelligence qui n'est pas humaine, sa doctrine, ses pensées étaient totalement inconnues avant lui".

La terrible arrestation du pape Pie VII le 6 juillet 1809 par les gendarmes du général Radet

Pie VII

On parle beaucoup de la relation de Napoléon avec le Pape Pie VII. Il est vrai que l’empereur le fit séquestrer et ne le libera qu’à la fin de sa carrière politique. Malgré les apparences et la conception utilitaire que Napoléon avait de la religion durant son règne, sa relation avec le pape n’était pas si anticléricale qu’on a bien voulu le dire.

Le Bonapartiste Antoine Claire Thibaudeau raconte l'attrait de Bonaparte pour l’Eglise et comment il avait répudié la doctrine de « l’être suprême » que d’aucuns voulaient imposer comme religion d’état. Il reportera les propos du Général : « Il nous faut une religion pour le peuple. »

Napoléon se souviendra de ce que le pape était témoin de son chemin intérieur. Le prisonnier le pressait sans cesse de se confesser : « Tôt ou tard tu le feras, avec moi ou avec un autre, et tu verras quelle joie tu en recevras » (citation approximative). Si Napoléon prétextera que ses charges l'en empêchaient, il ne cachera pas pour autant son affection pour le « vieux pape ». Il a conscience de porter une mission, mais il croit encore en être le centre. 

Que la volonté de Dieu soit faite

Durant son deuxième exil qui sera définitif, Napoléon sait bien qu’il ne reviendra ni à sa terre ni aux honneurs. Il n’a plus rien à cacher.

La longue maladie qui le mènera à la mort le conduit sur un chemin de simplification intérieure qu’il laissera transparaître. Le Général Bertrand s’entend dire : « Si vous ne comprenez pas que Jésus Christ est Dieu, c’est que je me suis trompé en vous nommant général ! ».

Lorsque le général et les courtisans s’émerveillent de sa dévotion, il explique qu’il faut rechercher les raisons de son comportement dans les efforts et enseignements de sa mère et de l’Evêque de Nantes qui l’aidera à obtenir « une pleine adhésion au catholicisme ».

Sur l’île de Sainte-Hélène, il manque à Napoléon les affections fondamentales. « J’aurai aimé voir ma femme et mon fils, mais que la volonté de Dieu soit faite. » C’est avec ses sentiments qu’il s’approchera de la fin. A son oncle Evêque, Monseigneur Joseph Fesch, il demande « un prêtre cultivé qui ait moins de quarante ans ». Il résistera longtemps à demander la confession qui demeure pour lui « une affaire de confiance » et sans aucun doute, le champ de sa plus dure bataille. 

Il demandera finalement que l’abbé Vignali l'entende, donnera des indications pour les funérailles et recevra le saint viatique. Il décède le 5 mai 1821. Selon son testament, il meurt dans la religion catholique, romaine et apostolique.

Lire : Sentiment de Napoléon sur le christianisme, Conversations religieuses


[1] Francesco Amicone – Ei fu papista e antigiacobino. Il Napoleone cattolico che non vi hanno mai raccontato, TEMPI 05-05-201

[2] Napoléone Bonaparte, CONVERSAZIONI SUL CRISTIANESIMO, Prefazione del Cardinal Giacomo Biffi. Editions Studio Domenecano 2013 http://www.edizionistudiodomenicano.it/Libro.php?id=847

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