Home > Politique > Donald Trump : « le Gorbatchev des Etats-Unis d’Amérique » ?

Donald Trump : « le Gorbatchev des Etats-Unis d’Amérique » ?

Alors que la majorité des sondages et des médias donnaient Hillary Clinton gagnante depuis des semaines, voire des mois, c’est finalement le candidat républicain Donald Trump qui l’a emporté avec une large avance. Si l’on en croit les gros titres des principaux quotidiens français, l’élection du 45ème président des États-Unis signerait « le début du chaos » (Figaro) et constituerait un « séisme pour le monde » (Le Monde). Bref, le « danger Donald Trump » (Mediapart) donne « des sueurs froides » (NouvelObs) et nous devrions tous « avoir peur » (Libération). Les personnalités politiques ne sont d’ailleurs pas en reste : l’élection de ce « petit homme » qui « entretient la haine et les amalgames » (Manuel Valls) «ouvre une période d’incertitudes » (François Hollande). Quant à Alain Juppé, il entend rappeler aux Français « les risques que la démagogie et l'extrémisme font courir à la démocratie ».

Donald Trump speaking at the 2013 Conservative Political Action Conference (CPAC) in National Harbor, Maryland.

Au-delà de ce contexte de quasi unanimité dans le monde des médias et de la politique, nous relayons des extraits de deux articles pour nous aider à discerner ce qui relève de l'analyse et ce qui relève de la posture du combat anti-Trump.

La colère profonde qui traverse l’Amérique

« Ne voir que la caricature qu'il projette serait rater le phénomène Trump et l'histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l'image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n'est pas rien ! Selon plusieurs proches du milliardaire que j'ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l'air du temps, la colère profonde qui traversait l'Amérique, puis l'exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d'autre – à part peut-être le démocrate Bernie Sanders – n'avait su voir : le gigantesque ras le bol d'un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l'immigration massive et du terrorisme islamique ; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s'est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. » (Qui est vraiment Donald Trump, Entretien avec Laure Mandeville, Figarovox, 09/11/2016

« C'est vrai qu'à de rares exceptions près, les commentateurs n'ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu'il était « en dehors des clous », impensable selon leurs propres « grilles de lecture ». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au dessous de la ceinture et s'emparant de sujets largement tabous, qu'ils ont cru que « le grossier personnage » ne durerait pas ! Ils se sont dit que quelqu'un qui se contredisait autant ou disait autant de contre vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste – sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu'il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale : à savoir que l'Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu'un pays sans frontières n'est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu'elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu'elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s'enrichissent entre elles, et défendent une version « du progrès » très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. » (Qui est vraiment Donald Trump, Entretien avec Laure Mandeville, Figarovox, 09/11/2016

Le candidat du sens commun

« Alain Finkelkraut a raison (interview du 12/09/2016 sur RCJ). L'un des atouts de Trump, pour ses partisans, c'est qu'il est politiquement incorrect dans un pays qui l'est devenu à l'excès (…). Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes « neutres » que l'administration actuelle veut établir au nom du droit des « personnes au genre fluide » à « ne pas être offensés ». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l'expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l'expression Joyeuses fêtes, au motif qu'il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes… Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d'expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une « police de la pensée » étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu'un élève s'estime « offensé » dans son identité (…). Dans ce contexte, Trump a été jugé « rafraîchissant » par ses soutiens, presque libérateur ». (Qui est vraiment Donald Trump, Entretien avec Laure Mandeville, Figarovox, 09/11/2016

Voir également l’article Bigot Bainting sur Tdc.

La fin de l’establishment américain

« Une ironie de l’histoire pleine de présages a voulu que la victoire de Donald Trump à la présidence américaine coïncide avec la date du 09 novembre, jour anniversaire de la chute du Mur de Berlin, autrement dit, l’événement qui a marqué le début de la fin du socialisme comme système économique, politique et celle de l’hégémonie militaire de l’Union Soviétique sur l' Europe de l'Est et sur de nombreuses régions du monde définies alors comme le Tiers-Monde. Trump, candidat anti-système qui a fait sauter la banque de l'establishment américain, c’est-à-dire celui de Obama et de l'industrie de la culture de masse d'Hollywood, de Clinton et de Wall Street, de George Soros et de la Cour constitutionnelle à majorité démocratique, sera le Gorbatchev des Etats-Unis d'Amérique. Son accession au pouvoir marque la fin de l'hégémonie  politique et militaire des Etats-Unis dans le monde, de la finance anglo-saxonne et de la mondialisation occidentale. (…) » (traduit de l’italien : « Trump sarà il Gorbaciov degli Stati Uniti », Rodolfo Casadei, Tempi.i, 09/11/2016)

Un changement de perspective à l'international

« Le programme politique de Trump est ainsi une occasion favorable pour une intégration européenne politico-militaire en lieu et place d’une intégration dont les principes – la monnaie unique et les contraintes des budgets nationaux – ont eu des effets socio-économiques désastreux dans nos pays. Il peut favoriser en outre une période de détente entre l'Europe et la Russie, ce qui représenterait un avantage mutuel. Aujourd’hui, sans aucun doute, c’est un jour de fête au Kremlin et dans d'autres capitales, on se réjouit tout autant, bien que plus discrètement. Clinton aurait été inflexible avec la Russie et plus accommodant avec la Chine. Trump, lui, sera plus souple avec la Russie et plus dur avec la Chine, l’isolationnisme de Trump ne posera aucun problème concernant la lutte pour l'hégémonie en Asie. En revanche, en raison de la dynamique propre  à la mondialisation, elle posera des difficultés pour les travailleurs américains avec des pertes d’emploi et des baisses de salaires. » (traduit de l’italien : « Trump sarà il Gorbaciov degli Stati Uniti », Rodolfo Casadei, Tempi.i, 09/11/2016)

 

Vous aimerez aussi
Mickael Pence : « Life is winning ! »
Bigot-Baiting, ou l’utilisation des haines idéologiques à des fins politiques.
Donald Trump, un homme de foi
Cinéma : Nate Parker contre la norme de l’apathie

8 Commentaires

  1. Gherard Gösser

    Il s'agit plus de la défaite d' Hillary que de la victoire de Trump. Obama avait eu 69.4 millions de voix en 2008 et 65.9 millions en 2012. Clinton est à 59.7 millions… 10 millions de moins qu'Obama lors de sa première élection ! De son côté le parti républicain est beaucoup plus stable, Trump ne faisant que 1.4 millions de voix de moins que Romney en 2012. Au lieu d'accuser les "blancs sans dents", la "colère des pauvres", comme le font tous les journaux, il faut regarder les choses en face : 10 millions de votants ne sont pas venus voter, c'est l'abstention qui a fait pencher la balance. Le soutien unanime et visiblement malhonnête de la presse, de Wall-street et des "élites" (Madonna and co…) a fait l'effet contraire, ce qui est bon signe, au moins au plan démocratique. Difficile malgré tout de désigner les gagnants de cette élection. Disons au moins qu'il sera difficile à Trump de faire pire que Mme Clinton en matière de politique internationale et d'irrespect de la volonté populaire et du droit des états en Syrie, en Irak, en Ukraine, en Afganistan. 

  2. Clément R.

    Cher Benoît,

    Si les analyses politiques que vous prenez me semblent tout a fait judicieuses dans le mouvement qu'elles laissent sous- entendre et dans la capacité du désormais Président élu Donald trump à les chebaucher, la comparaison avec Gorbatchev est assez osée… Gorbatchev était un apparatchik avec une experience politique considérable avant son arriver au pouvoir.

    De plus, la personalité de Monsieur Trump est tout de même assez troublante. Monsieur Poutine disait hier de lui qu'il se méfiait de sa "wild unpredictability", son caratère extrement changeant en somme.

    Je crois suffisamment aux institutions américaines pour ne pas tomber dans cette dégoulinante dépression bien pensante dont les medias nous abreuvent depuis 72h.

    Donald Trump à néanmoins tout a prouver en tant que Président des USA. Ne lui donnons pas un blanc-seing parce qu'il est le candidat anti-systême, tout comme nous ne devons le ridiculiser ou le diaboliser pour son absence d'experience politique ou ses propos outranciers pendant la campagne.

  3. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    En fait, Hillary Clinton a obtenu 150 000   suffrages de plus que Donald Trump, mais ce n'est pas suffisant pour être élu aux USA, où il faut aussi remporter la majorité des états . Cette élection est pleine de paradoxes: les "petits blancs" victimes de la crise ont choisi un milliardaire pour les représenter; catholiques et droite religieuse ont eté suffisamment nombreux à voter pour un homme aux convictions fluctuantes; les républicains se sont vu imposer un leader qui s'affichait avec les démocrates il y a dix ans. Le génie de Trump a été de sentir une aspiration profonde du pays et d'en épouser le discours. En ce sens, son élection est démocratique: sera-telle bonne pour l'Amérique et le monde, l'avenir le dira. Il faut dire aussi que l' "establishment" politique lui a fait un cadeau en or, en lui opposant aux primaires un troisième Bush (Jeb) aprés les présidences des deux George, puis une deuxième Clinton aprés la présidence de Bill : pour offrir une image caricaturale des politiciens professionnels issus des élites et monopolisant le pouvoir, il était difficile de faire mieux. Maintenant, il ne reste plus qu'à donner sa chance à Trump, puisque nos alliés l'ont choisi : on ne réussit pas un tel exploit sans savoir-faire.

  4. bekeongle

    Je partage cette analyse de Bruno Anel :on ne réussit pas un tel exploit sans savoir-faire ….

    Ce qui est vraiment réjouissant, et çà, je ne vais pas m'en priver, c'est ce formidable coup de pied au cul donné par ce mec à la classe dominante monstrueusement arrogante et méprisante pour nous tous, corrompue jusqu'à la moëlle, et qui, avec Hilary, mais plutôt avec ce jouet malade et fol-dingue, aurait continué imperturbablement à semer des troubles partout, dans leur manie criminelle de vouloir toutjours plus de pouvoir, toujours plus de puissance, dans une véritable course en avant poussée par le Démon, le Diviseur, dont ils sont indiscutablement les alliés les plus performants.

    Ce qui va être intéressant surtout, c'est de voir si Trump va pouvoir insuffler dans les rapports internationaux une évolution qui se présente réellement comme positive pour tous et dont, précisément, les malades d'en face, avec leur mondialisation en faveur de l'hégémonie US, ne veulent à aucun prix.

    Il y a qques mois, je l'ai entendu dire qu'il contacterait Poutine : rien que cette phrase m'a semblé un espoir formidable, quand on sait ce que ces salauds d' américano-européistes ont fait de l'Ukraine et de la Syrie.

    Trump émerge comme un type qui constate la réalité du monde multipolaire d'aujourd'hui et il pourrait fort bien se dessiner dans un avenir proche, avec ce Président américain d'un côté et Poutine de l'autre, une reconstruction des réalités nationales où chacun pourrait se développer avec son histoire, son type d' Etat-Nation, ses coutumes, tout en collaborant au niveau mondial.

    Ceci n'a rien d'une utopie bécassonne ! C'est le contraire qui est vrai et bien des analystes poussaient leurs réflexions jusqu'à un point de péril nucléaire entre USA et Russie.

    Les seuls opposants dangereux à ce changement de paradigme (çà fait toujours bien de lâcher ce mot …..), ce seront nos vieillards européens qui ne comprennent pas tout çà et ne veulent que leurs illusions mortifères.

    On pourra toujours les utiliser pour réfléchir sur la possibilité de toilettes communes Hommes-Petites filles de 12 ans sans mettre ces dernières en péril ….

    1. marc berger

      Je rigole en lisant cette analyse… D'un ignorant caratériel bas de front comme Trump, on ne pouvait s'attendre qu'à ce qu'on voit maintenant: des décisions incohérentes, impulsives, sans souci des conséquences et des réactions des peuples qu'ils ignore ou méprise. Le chaos. Et pas ces liens renouvelés, enrichis. Il ne connaît pas l'autre, le dialogue, le compromis. Il pousse au blocage. Quant à la Russie, à part son armée, son PIB est à peine supérieur à celui de l'Espagne: elle ne pèse pas tant que cela. Poutine ferait mieux de s'occuper des siens plutôt que séduire les étrangers

       

      sensibles aux hommes Forts , aux brutes qui ne font pas avancer leur pays de l'intérieur. Mais bon ! vous admirez Trump

      et Poutine ! Moi je n'aime pas qu'on renverse pour voir  !Ce qu'on risque de voir c'est l'égoïsme des nations poussé à son paroxysme. America first etc…. L'histoire nous a enseigné je crois à être prudents

      Bonne journée ! 

       

  5. Rigalleau Antoine

    Pourquoi utiliser souvent ce ton dédaigneux et sarcastique ?

    "Salauds" " fol dingue"…

    Pourquoi pas mais assumez vos propos dans ce cas là et n'utilisez pas de pseudo.

    Non mais allo là, t'es chrétien et tu flinges avec tes mots comme un barbouze, allo quoi !

  6. bekeongle

    Rigalleau, çà peut t'énerver mais ne va pas faire d'analyse freudienne sur le pourquoi et le comment, tu risques de te prendre les pieds ds le tapis….Pour moi, un chat est un chat ! Quand des fol-dingues déclenchent des drames partout ds le monde, je ne peux pas les appeler autrement : on comprend en général de quoi je parle sur le sujet qui, nécessairement englobe des personnes qui sont des créatures de Dieu, donc des frères pour moi, mais néanmoins des fils de p….Ch'uis un primaire, qu'est-ce que tu veux et j'vais pas changer du jour au lendemain !!