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Instrument de la Miséricorde de Dieu

Pour "clôturer" cette année de la Miséricorde proclamée par le pape François, Terre de Compassion publie le témoignage bouleversant d'une jeune volontaire, Sixtine en mission au Point-Coeur d'Afragola (Italie). Sixtine avec une maturité et une profondeur de regard et de coeur, nous présente trois visages : P. , Luisa et la famille de la petite Marianna. Trois vies marquées par de très grandes souffrances, identifiées au Christ et marquées par le sceau de la Miséricorde : "Cette mission m'apprend chaque jour, avec P., Luisa, Marianna et sa famille, que nos amis ne cherchent pas d'actions spectaculaires : ce qui leur importe, c'est le degré d'amour que je mets dans mes gestes, et le don de nous-mêmes que nous faisons pour eux."

 

sixtine                                                    Sixtine avec une amie du quartier d'Afragola

 

Dans le cadre de nos apostolats, je visite un hôpital pour les maladies infectieuses, à l'étage des femmes atteintes du sida mêlé à d'autres maladies, comme tumeurs, cancers, tuberculose… Lors de ma première visite, j'ai été bouleversée. Ce sont des femmes qui souffrent. Des femmes malades, qui n'ont plus confiance en elles. Des femmes qui ne peuvent plus se regarder dans le miroir. Des femmes pleines de crainte. Des femmes qui n'ont plus d'avenir. Des femmes qui semblent avoir perdu toute dignité. Mais à mes yeux ce sont des femmes fortes. Des femmes magnifiques. Des femmes pleines de vie. Et moi, du haut de mes dix-huit ans, je viens les visiter, apporter une présence, leur tenir la main, les réconforter, rire avec elles, partager leurs peines, leurs joies, leurs craintes. Et comme je suis pauvre devant elles ! Ces femmes malades, qui croient plus à la vie que moi ! Ces femmes dignes… Mais que pouvons-nous faire ? Qui peut entrer dans leur esprit pour comprendre quelle chose les tracasse ? Qui peut comprendre la douleur ? Je me suis sentie plusieurs fois inutile face à elles, à leur souffrance. Mais je me rends compte qu'elles ne nous demandent que ça : une présence, un sourire, une simple main à toucher. Un regard à croiser. Un cœur attentif. Une petite prière à marmonner. Si peu, mais tellement pour celui qui se sent seul, abandonné. Notre pauvreté est belle, c'est une pauvreté d'abandon. De patience. Tout comme nos amies, ces femmes.

P. Je pourrais en parler sur des lignes et des lignes. C'est une femme nigérienne de soixante ans, qui vit depuis quelques années en Italie. Elle a le SIDA et des trous dans le cerveau, ce qui lui fait avoir des hallucinations, et elle ne peut plus marcher. Mais elle est consciente de notre présence, se souvient de nous. C'est toujours difficile d’entrer dans sa chambre, car nous la retrouvons souvent en train de pleurer. Sa famille, restée au Niger, n'est pas au courant de son état, elle porte sa croix seule. Mais cette femme est tellement belle, son sourire est absolument incroyable, son regard laisse paraître mille émotions, elle est clouée au lit mais fait sans cesse des blagues. Comme j'aime être cette main qu'elle serre. Comme j'aime lui parler et capter son regard. Elle qui souffre et qui répète sans cesse : « Grazie mio Dio, grazie per la mia famiglia, le mie figlie, le mie nipote » (merci mon Dieu, merci pour ma famille, mes enfants, mes petits-enfants). Vous imaginez cette force ? Comme je suis pauvre à côté de cette femme, qui n'a plus rien et qui remercie Dieu ! Maintenant, à force de l'écouter, cette femme qui souffre, d’écouter ses cris, ses silences, ses craintes, je porte sa croix avec elle. Nous ne devons pas tomber dans l'indifférence, mais nous devenons instruments de Dieu. Nous pouvons tous être instruments de la miséricorde de Dieu, et cela passe à travers un geste, un mot, une visite. Et cet acte peut redonner confiance, joie, dignité à celui qui l'a perdu. Alors chers parrains, je vous demande d'inclure P. dans vos prières. Ainsi qu'Anna-Maria et sa maman, Maya, et son fiancé, et les équipes d'infirmiers. Merci !

Quittons un peu Cotugno pour parler de mon quartier. Ah, ce beau quartier d'Afragola ! Je m'y sens de plus en plus chez moi. Mon italien étant plus compréhensible, je crée mes propres liens avec nos amis, mes préférences, je me crée doucement ma place. Je suis particulièrement touchée par une famille, celle de Luisa. Elle vient à la messe tous les dimanches, nous la connaissons par la paroisse. Elle habite à quelques pas de chez nous. Luisa a trois fils. Le premier sort d'une dépression, il ne fait rien de ses journées, rentre seulement pour manger. Le second est maçon, et le troisième est au collège. Gaëtano, son premier fils, l’a fait beaucoup souffrir, elle ne trouve pas de solution pour lui autre que la prière. Mais elle ne s'en plaint jamais. Jamais elle ne nous en parle, seulement si nous lui posons la question. D'une autre façon que Patricia, elle porte cette croix seule. Son mari est récupérateur, il est assez présent dans la vie de famille, ce qui est plutôt rare, mais l’a fait beaucoup souffrir car il ne fréquente pas l'église et s'en moque ouvertement. Elle ressent un grand vide, un grand trou entre elle et son mari sur la question de la prière. Heureusement, elle continue à avoir ce lien avec Dieu avec son dernier fils, pour son plus grand bonheur. Ce qui me touche chez elle, c'est sa simplicité et sa discrétion. Elle fait énormément de belles choses, mais cachées, elle ne se vante de rien. On l'oublierait presque et, pour une Napolitaine, c'est surprenant ! Ces derniers temps, je vais beaucoup la visiter, manger chez elle, et je me sens comme « à la maison », elle nous accueille comme ses enfants.

Comme j'aime ce peuple ! J'en viens à utiliser le « nous » pour parler des Napolitains. Comme c'est beau ! Tellement simple, c'est une révolution du cœur ! Je sens que je grandis de jour en jour grâce à eux, je prends leurs habitudes, je parle avec les mains, j'apprends des expressions napolitaines, leurs chants aussi ! Je parle fort, je bois trois cafés par jour, je commence à me sentir chez moi !

Mais nous vivons aussi des épreuves, des moments où nous ne savons que faire, nous nous sentons comme Marie et Jean au pied de la croix. En pensant à cela, une famille me vient à l'esprit. Comment parler de mon quartier sans les citer ! La famille de Rossella, de grands amis du Point-Cœur. Rossella est une maman de trois beaux enfants. Milly, quatorze ans, Rudy, onze ans, et Marianna, sept ans. Leur souffrance est la maladie de Marianna. Cette petite fille absolument magnifique souffre depuis trois ans de multiples tumeurs malignes au cerveau et au dos, qui reviennent sans cesse. Marianna, encore maintenant, a une tumeur au cerveau. Elle a déjà subi beaucoup d'interventions et elle est trop petite, trop fragile pour encore se faire opérer. Son état n'est pas très stable, mais elle s'accroche à la vie. Comme si cette famille n'était pas encore assez éprouvée, Maria, la sœur de Rossella, la tante de Marianna, est tombée malade. En août, cinq tumeurs au cerveau lui ont été découvertes. Son état s'est dégradé de jour en jour, et vendredi 4 novembre, alors qu'elle luttait contre cette maladie, elle nous a quittés à l'âge de vingt-six ans. Cette maladie l'a emportée en deux mois. Alors je vous demande, chers parrains, famille, amis, de prier pour son âme. De prier pour Marianna, Rossella et Tommaso, son mari, et pour toute leur famille. Parlez-en autour de vous, nous ne pouvons que les aider avec notre pauvre et humble prière.

Si vous voulez suivre cette petite Marianna, sa maman tient une page Facebook pour donner un peu de nouvelles : Preghiamo per Marianna (prions pour Marianna).

Cette mission m'apprend chaque jour, avec P., Luisa, Marianna et sa famille, que nos amis ne cherchent pas d'actions spectaculaires : ce qui leur importe, c'est le degré d'amour que je mets dans mes gestes, et le don de nous-mêmes que nous faisons pour eux.

Sixtine Gremmel

 

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1 Commentaire

  1. David B

    Magnifique !! Merci pour ce beau témoignage. Et c'est d'accord Sixtine, je prierai pour Marianna et sa famille 🙂 !!