Home > Spiritualité > La mission de Jacinta et Francisco

Les « Mémoires de Sœur Lucie » plongent le lecteur au cœur du message des apparitions de Fatima (13 mai – 13 octobre 1917) et révèlent le chemin de foi des trois petits voyants. Constituées à la demande des différents évêques de Leiria – Fatima, ces 6 récits offrent un témoignage complet dans un style simple et vivant sur la course vers le ciel de Francisco et Jacinta.

Bientôt au Ciel

Dès la première apparition, la Dame promet aux enfants qu’ils iront au ciel. Lucie, dans « encore un peu de temps », Jacinta, « bientôt », et Francisco, « à condition de beaucoup prier le chapelet ». Chacun des enfants vivra les apparitions avec la conscience très claire d’une mission reçue, mission commune et en même temps mission personnelle. Le 13 mai, la Sainte Vierge leur demande de prier pour les pécheurs et de faire pour eux des sacrifices. Lors de la troisième apparition, elle leur montre une vision de l’enfer, qui les impressionnera très fortement. Dès lors se dessinent leur caractère et leur mission propre. Lucie est la messagère, celle qui parle à la Vierge et transmets ses messages. Francisco – qui lui voit mais n’entend pas – et Jacinta commencent très ardemment à prier pour les pécheurs, ainsi que pour le pape avec une très grande délicatesse d’âme.

Tout offrir 

Dès le départ, alors qu’ils n’ont encore que six ans, huit et dix ans, les trois enfants s’encouragent mutuellement à ne pas perdre la moindre occasion de faire pénitence pour les pécheurs : donner leur goûter à des enfants ou même à leurs moutons, souffrir la persécution provoquée par les apparitions, offrir leur propre vie : tout semble avoir pour eux la même valeur totale d’une occasion unique à ne pas rater pour obéir à la Sainte Vierge et sauver les pauvres pécheurs. 

Un jour qu’ils emmènent les moutons paître très loin, sous un soleil de plomb, et meurent de soif, Lucie obtient de l’eau dans une maison. Elle raconte : « Immédiatement, je donnai l’eau à Francisco et lui dit de boire. 
– Je ne veux pas boire, répondit-il. 
– Pourquoi ?
– Je veux souffrir pour la conversion des pécheurs.
– Toi, Jacinta, bois !
– Je veux moi aussi offrir ce sacrifice pour les pécheurs.

Ils offriront avec la même simplicité leurs peurs d’enfants lorsqu’ils seront mis en prison et menacés de mort. Ils préféreraient mourir martyrs pour les pécheurs plutôt que de trahir le secret de la Sainte Vierge.

Jacinta : la compassion pour les âmes

« Jacinta paraissait insatiable dans la pratique des sacrifices ». Elle est extrêmement marquée par la vision des âmes en enfer et n’aura de cesse jusqu’à sa mort quelques mois plus tard d’offrir sacrifices et pénitences pour les sauver. Une immense compassion suscite en elle une charité et une force admirables. Toute chose désagréable subie ou choisie devient prétexte pour sauver les pécheurs et prier pour leur conversion. Durant sa maladie, elle dira « oui, je souffre, mais je l’offre pour la conversion des pécheurs ». 

Francisco : consoler Jésus

Francisco quant à lui est bouleversé par la souffrance du Christ qui voit les hommes se perdre. Il n’a plus qu’un seul désir : le consoler. Après que l’ange des apparitions leur ait fait faire leur première communion, il vivra dans une grande intimité avec « Jésus caché », comme il appellera dorénavant l’eucharistie.

« Francisco parlait peu ; et pour faire une prière et offrir ses sacrifices, il aimait se cacher même de Jacinta et moi. Souvent nous l’avons surpris, derrière un mur ou derrières des arbres, où, en cachette, il s’était échappé, et se tenait à genoux, priant ou pensant comme il le disait, à Notre Seigneur triste à cause de tant de péché. Nous lui demandions :
– Francisco, pourquoi ne nous dis-tu pas de prier avec toi, Jacinta et moi ?
– J’aime mieux prier seul, répondait-il, pour prier et consoler Notre Seigneur qui est si triste.
Un jour je lui demandai : 
– Francisco, toi, qu’aimes-tu le plus : consoler Notre Seigneur ou convertir les pécheurs pour que n’aillent pas encore plus d’âmes en enfer ?
– J’aimais mieux consoler Notre Seigneur. N’as-tu pas vu comme Notre Dame, le mois dernier, est devenue toute triste quand elle a demandé qu’on n’offense plus Dieu Notre Seigneur qui est déjà tellement offensé ? Je voulais consoler Notre Seigneur, et ensuite convertir les pécheurs, pour qu’ils ne l’offensent plus.
 
Un jour alors que nous entrons dans sa chambre avec Jacinta il nous dit :
– Aujourd’hui parlez peu, car j’ai très mal à la tête.
– N’oublie pas de l’offrir pour les pécheurs, lui dit Jacinta.
– Oui, mais je l’offre d’abord pour consoler Notre Seigneur, Notre Dame, et ensuite je l’offre pour les pécheurs et pour le Saint Père.
 

L’unique nécessaire

« Lors de la troisième apparition, Francisco parut être le moins impressionné par la vision de l’enfer, même s’il lui fit aussi une grande sensation.
Ce qui l’impressionnait ou l’absorbait le plus, c’était Dieu, la Sainte Trinité, dans cette immense lumière qui nous pénétrait le plus intime de l’âme. Il disait suite à cela :
– Nous brûlions, dans cette lumière qui est Dieu, et nous ne brûlions pas. Comment est Dieu !!! On ne peut pas dire ! Ça non, on ne peut pas le dire, pas du tout ! Mais quelle peine de le voir si triste ! Si je pouvais le consoler !… »
 
Quand nous allions à l’école, quelquefois, il me disait en arrivant à Fatima :
– Ecoute, toi, vas à l’école. Je reste à l’église, avec Jésus caché. Ça ne sert à rien que j’apprenne à lire, d’ici peu je vais au Ciel. Au retour, passe me prendre ici. (…)
 
Quand il tomba malade, il me disait quelquefois quand je passais le voir sur le chemin de l’école :
– Ecoute, va à l’église et salue de ma part Jésus caché. Ce qui me rend le plus triste est de ne plus pouvoir aller passer de moments auprès de Jésus caché. »
 

Deux chandelles pour une messagère

Souvent Francisco et Jacinta confirment Lucie dans sa mission. Ainsi, la plus petite dira à sa cousine : « Je pars bientôt au Ciel. Toi tu restes ici pour dire que Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Quand c’est pour dire cela, ne te cache pas. Dis à tout le monde que Dieu nous donne les grâces par le Cœur Immaculé de Marie ; qu’ils les lui demandent à elle ; que le Cœur de Jésus veut qu’à ses côtés, on vénère le Cœur Immaculé de Marie ; qu’ils demandent la paix au Cœur Immaculé de Marie, car Dieu la lui a donnée à elle. Si je pouvais mettre dans le cœur de tout le monde la lumière que j’ai là à l’intérieur de mon cœur qui  me brûle et me fait tant aimer le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie ! ».

De même, sr Lucie raconte :  « Un autre jour, en arrivant je le trouve très content.
– Tu vas mieux ?
– Non. Je vais beaucoup plus mal. Il me reste peu de temps avant d’aller au Ciel. Là je vais consoler beaucoup Notre Seigneur et Notre Dame. Jacinta va beaucoup prier pour les pécheurs, pour le Pape et pour toi : et toi, tu restes là, parce que Notre Dame le veut. Écoute, fais tout ce qu’elle te dira. »
 

Francisco qui avait 8 ans au début des apparitions, Jancinta en avait 6. Le premier mourut début 1919 à l’âge de 10 ans, sa petite soeur avant de fêter ses 9 ans début 1920. Tous deux furent atteints par la grippe espagnole.

Le saint pape Jean-Paul II a dit qu’ils furent « deux chandelles que Dieu alluma pour illuminer l’humanité durant ses heures sombres et inquiètes ». Le Pape François les a canonisés le 13 mai 2017, lors de la célébration à Fatima des 100 ans de la première apparition.

Lucie âgée de 10 ans au début des évènements se retira juste après la dernière apparition et entra au couvent à l’âge de 15 ans. Elle meurt au carmel de Coimbra en 2015, après « encore un peu de temps », âgée de 98 ans. Son procès de béatification est en cours.

 

NB : Toutes les citations à part celle de saint Jean Paul II, sont tirées des Mémoires de Sœur Lucie.

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