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Elie Ferzli aux saoudiens : « Ne croyez pas que vous pouvez nous acheter ! »

Ce débat  éclaire la raison de la démission de Monsieur Hariri : l’accord passé avec le Général Aun et les autorités libanaises au sujet du Hezbollah. Au cours d’un échange avec un journaliste saoudien, Monsieur Elie Ferzli, ancien vice-président de la chambre des députés au Liban, chrétien orthodoxe, s’exprime sur la crise libanaise dans un programme télévisé de la chaîne LBCI le 9 novembre dernier. 

S’adressant au journaliste saoudien : « Je souhaite clarifier un point qui me parait important : il faut que le premier ministre Saad Hariri soit au Liban, dans son pays, parmi les siens, même si ce n’est que pour 24h, afin qu’il puisse expliquer au peuple libanais ces paroles que vous venez de dire…. Vous dites que votre invité (s’adressant au modérateur à propos du journaliste saoudien, ndt) connait beaucoup de choses ? Moi aussi j’en connais autant : Ben Laden et tout ce qu’il représente, Al Qaida et tout ce qu’il représente et a produit, le 11 septembre, je sais que dans tout cela ni l’Iran, ni la Syrie, ou l’Irak et encore moins le président de la chambre des députés libanais Nabih Berry ou le président libanais Aoun n’ont rien à avoir. Bien au contraire, 18 membres sur 19 de ceux qui ont commis l’attentat étaient de nationalité saoudienne…

Au Liban, nous sommes des gens connus pour notre grande dignité, prenez garde de croire que vous pouvez nous acheter facilement. Bien sûr que nous cherchons à garder de bons rapports avec l’Arabie Saoudite. Et même, si un jour l’Arabie Saoudite subit un attentat, nous serons à ses côtés à l’unanimité, l’appuyant publiquement et selon les bonnes coutûmes ».

Le journaliste saoudien l’interrompt en disant qu’à travers le Hezbollah, c’est la mainmise de l’Iran sur le Liban, et qu’ainsi, l’Etat libanais collabore avec le terrorisme. Monsieur Ferzli répond :

« Mais vous, avant de frapper le Hezbollah au Liban, pourquoi ne déclarez-vous pas la guerre à l’Iran directement, si le problème vient de là ? Allez-y, rentrez en guerre avec l’Iran, il n’est éloigné de chez vous que de 20 km. Pourquoi venir jusque chez nous ? Mais, accuser de « terroriste » le Président de la chambre des députés de mon pays, qui est le symbole même de la modération au Moyen-Orient ! Proclamer que le Président de la République de mon pays est un « symbole du terrorisme » ! Accuser de « terroriste » le chef de l’armée de mon pays, alors qu’il y a quelques jours il a été honoré aux États-Unis comme aucun autre chef de l’armée ne l’a jamais été auparavant ! Et pourquoi faites-vous  tout cela ? Parce qu’il a osé prendre la décision d’en finir avec le terrorisme qui envahissait la chaine des montagnes de l’Est du Liban ? Ce terrorisme que vous ne vouliez surtout pas faire disparaître de chez nous afin de pouvoir l’utiliser comme un moyen de déstabilisation au Liban et comme un moyen de guerre contre le Hezbollah. 

Nous ne souhaitons que le bien pour l’Arabie Saoudite et tout particulièrement, pour sa Majesté le Roi. Moi-même j’ai été lui présenter mes condoléances avec Monsieur Hariri pour le décès de son fils. Nous avons des liens d’amitiés personnels et familiaux depuis des générations avec le Roi, des relations de profond respect. Mais de là à vous permettre de me demander d’accepter, par diplomatie ou stratégie, que vous agressiez le peuple libanais à travers le symbole et la personne de son Président de la République et le Président de la Chambre des députés… Je serais plutôt prêt à renoncer à toute relation avec le Royaume.

Notre Premier ministre a quitté le Liban et nous savons tous très bien les circonstances qui ont précédées son départ. Nous savons très bien les accords qu’il avait passé et combien il appuyait profondément la réalité interne du Liban dans toutes ses composantes. L’État libanais progressait beaucoup ces derniers temps grâce à l’unanimité de ses membres. 

Nous, cher monsieur, nous croyons que pour demander au Hezbollah de déposer les armes, il faut commencer par construire l’Etat avec toutes ses composantes. Les instruments pour construire l’Etat libanais n’existaient pas auparavant. Cet accord entre le Président Aoun et le Premier ministre Saad Hariri a commencé justement avec ce chemin de reconstruction de l’Etat. Ce qui est demandé à l’Etat libanais c’est qu’il soit rassurant pour le Hezbollah. Pourquoi ? Afin qu’au moment approprié, l’Etat libanais puisse venir aborder le sujet du désarmement du parti, et ce ne peut être qu’après qu’Israël se soit retiré du Sud du Liban. Vous, en tant que saoudien, tout particulièrement en tant que Royaume, il faut que vous vous mobilisiez, que  vous mettiez la pression sur les pays occidentaux (au lieu de leur payer des milliards de dollars), afin de leur demander qu’Israël sorte du Liban. Alors seulement, l’Etat libanais et les libanais à l’unanimité pourront dirent au Hezbollah : « Vous avez terminé votre mission, celle de l’autodéfense, déposez vos armes ». 

Au sujet de l’accusation de collaboration du Hezbollah avec les Houthis au Yémen, qui ont lancé une bombe en Arabie Saoudite cette semaine, Elie Ferzli ajoute : 

« En 2006, le Hezbollah était-il au Yémen ? En 2006 le Hezbollah était-il en Syrie ? En 2006 le Hezbollah était-il en Irak ? Où était le Hezbollah en 2006 ? Il était au Liban, chez lui, en train de combattre l’invasion d’Israël sur leur terre. Il y a très clairement une agression israélienne couverte par les grandes puissances du monde et par de grands pays arabes ; et pour cela, je vous invite à reprendre la conférence de presse qu’a faite cette semaine le ministre des affaires étrangères du Qatar Hamad ben Jasém. 

Nous avons un grand respect pour le Royaume d’Arabie Saoudite, mais vous, maintenant, vous attendez de moi que je répète après vous que Nabih Berry (Chiite, ndt) est un traitre, que Michel Aoun (chrétien, ndt) est un traitre, que Walid Joumblat (druze, ndt) est un traitre afin que vous soyez heureux et que vous me donniez une attestation comme quoi j’aime l’Arabie Saoudite ? Non, L’argent que vous nous envoyez, reprenez-le. »

Traduit de l’arabe par Josette Khoury

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