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Elections brésiliennes : retour sur le score de Bolsonaro (1)

Dimanche 7 octobre 2018 le résultat a fait l’effet d’une bombe : le candidat du micro parti PSL 1)Partido Social Liberal. Jair Bolsonaro, a obtenu plus de 46% des voix au premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, loin devant le second Fernando Haddad (PT) 2)Partido dos Trabalhadores d’où est issu l’ex-président Lula (2002-2010) et l’ex présidente destituée Dilma Rousseff (2010-2016). avec 29%. Celui qui n’était crédité que de 4% des intentions de vote en début d’année a donc reçu les voix de presque la moitié des brésiliens et il s’en est fallu de peu pour qu’il ne soit élu dès le premier tour. 

Comment en est-t-on arrivé là ? C’est la question du moment de toute la presse nationale et internationale. Et toutes sortes d’analyses sont proposées. Terre de Compassion donne la parole à des brésiliens, les plus divers possible, de toute classe, sexe, comme de condition sociale. Ce sont des brésiliens que nous connaissons, ils ont été invités à répondre à la question : « selon vous pourquoi Jair Bolsonaro a fait un aussi gros score dimanche ? ». Les réponses ont été retranscrites telles quelles et sont accompagnées ensuite d’une petite conclusion générale qui clôturera le second article de témoignage.       

Une mère de famille de Salvador, fonctionnaire de l’Etat : 

« Hier 46% des brésiliens ont voté pour Bolsonaro.  La raison du score de Bolsonaro c’est qu’une bonne partie de la population ici est fatiguée du mensonge, de la corruption ; se sont ces gens qui sont révoltés qui pensent que Bolsonaro doit prendre les rênes du pays. Et ce malgré les nombreuses critiques qui fusent sur sa personne, ses attitudes, certaines mêmes qui me paraissent un peu infantiles. Mais ce qu’on pense c’est qu’on préfère cela, même si c’est un peu infantile, car c’est une personne extrêmement honnête, qui n’a jamais été impliqué dans la corruption. Et donc le brésilien a fait ce choix. »

Un ami, père de famille, chauffeur Uber à Rio de Janeiro : 

« Dans mon taxi hier, les gens avaient le temps de parler de politique et même voulaient en parler. Et ce que j’ai pu voir c’est que sur 11 clients que j’ai pris hier, un seul n’avait pas voté Bolsonaro. Et ce que me disait les 10 autres était assez semblable : les personnes me parlaient de sécurité, me disaient qu’elles se sentaient plus en sécurité si elles votaient Bolsonaro. Et elles veulent aussi changer le profil des politiciens brésiliens : enlever le PMDB 3)Partido Do Movimento democrata Brasileiro. Parti allié du PT jusqu’en 2016. A cette date le vice-président Michel Temer, issu du PMDB, romps l’alliance avec le PT et devient suite à la destitution de Dima Roussef, l’actuel président du Brésil. et le PT du pouvoir. 

Les gens sont fatigués en raison de tous les scandales qu’il y a eu, impliquant le PT, le PMDB, l’opération Lava-Jato 4)Vaste processus judiciaire de la Police Fédérale brésilienne menée par le juge Sergio Moro qui commence le 14 mars 2014 avec l’investigation de mouvements de fonds illicites d’une station essence de Curitiba (Etat du Paraná). De fil en aiguille le juge Moro remonte à la Petrobras et découvre un vaste mouvement de corruption, de surfacturation et de blanchiment d’argent impliquant le PT, le parti au pouvoir mais aussi d’autres partis. A ce jour plus de 1000 mandats d’arrêt ont été émis par le juge Moro en 55 phases opérationnels. C’est le plus gros scandale financier de toute l’histoire du Brésil. et le reste. Et ici le groupe PSL s’est fait élire  beaucoup de députés, plus que le PT. Ce changement je pense qu’il vient du désir de recherche d’une alternative.   

Mon avis à moi ce que ce n’est pas une bonne alternative, personnellement je n’approuve pas, je ne m’identifie pas avec Bolsonaro, j’ai un autre candidat, qui est arrivé quatrième : João Amoêdo 5)Fondateur du PN (partido Novo) qui est arrivé cinquième dimanche 7/10 (avec 2,5%) et non quatrième (qui est Geraldo Alckmin du PSDB avec 4,8%).. Je m’identifie plus avec son parti.

Mais je comprends que les gens votent Bolsonaro pour cette question de la sécurité. Et puis il y a eu ce coup de couteau aussi qu’il a pris 6)Le 6 septembre 2018 un militant d’extrême gauche a poignardé le candidat Bolsonaro en pleine rue, ce qui a entrainé son retrait physique de la campagne. Et sa non-participation aux deux débats télévisés.. Et donc il n’a pas participé aux derniers débats. Et puis ses positions me semblent très agressives, en faveur de l’armement, mais je vois que les gens sont très favorables à ses idées. Simplement pour que les autres s’en aillent. Comme cela fait 28 ans qu’il est en politique, les gens voient en lui quelqu’un qui connait les rouages de la politique mais qui sera différent du PT et du PMDB. Sur les 10 personnes qui ont voté Bolsonaro, pas un ne m’a dit : « je vote pour lui car je l’apprécie beaucoup ». La seule qui n’ait pas voté pour lui, a voté pour Ciro Gomes, qui est arrivé troisième. Et cette personne me dit qu’elle n’arrive pas à supporter Bolsonaro, que c’est une personne agressive, clivante, « qu’on ne peut voter pour le passé, revenir à la dictature… ». Personnellement c’est difficile de penser qu’on va revenir à la dictature, cela serait complètement absurde. »    

Témoignage d’un officier de marine marchande de l’Etat de Rio de Janeiro : 

« Ce fut réellement un phénomène que le résultat d’hier. Il n’a pas seulement réussi un bon score mais il a aussi réussi à faire élire 52 députés fédéraux de son parti et 4 sénateurs. Pour que tu aies une idée son parti n’avait jusqu’aujourd’hui que 8 députés et un sénateur. Avec ce score significatif le groupe PSL (Parti Social libéral) au Congrès National fait un bond et devient le second groupe en nombre de députés à partir de février 2019, qui marque le début de la législature. Ils n’auront que le PT (Parti des Travailleurs) devant eux. Il est important de souligner que si le PT est encore premier c’est parce qu’il est au pouvoir depuis 2002. 

Avec cela, Bolsonaro pourra gouverner, avec un nombre suffisant de députés et pourra faire voter au Congrès les réformes dont le pays a besoin. 

Dommage qu’hier il n’ait pas gagné au premier tour. Il reste une bataille à gagner le second tour. Je prie beaucoup, on vit littéralement une lutte du bien contre le mal ». 

Témoignage d’un prêtre du sud du Brésil (ville de Novo Hamburgo, Etat Rio Grande do Sul) : 

« Les personnes sont fatiguées de ce style « PT-PSDB 7)Partido Social Democrata do Brasil, appelé aussi “tucano” en raison de l’oiseau Toucan symbole du parti. Les « tucanos » furent au pouvoir 10 ans avec l’ex président Fernando Henrique Cardoso (FHC) de 1994 à 2002. Leur candidat qui depuis 1994 figure systématiquement au second tour est arrivé quatrième avec un score très faible de 4,8% des voix. Ce parti aussi a été éclaboussé par les révélations de affaires de corruption à grande échelle spécialement à São Paulo (surfacturation des travaux du Metro) et à Belo Horizonte. » qui est très semblable et veulent autre chose. Ils ne voient pas d’autre candidat qui ferait quelque chose de différent. Lui parle de sécurité, de famille, qui sont des thèmes qui préoccupent beaucoup aujourd’hui au Brésil. Et beaucoup ont perdu confiance dans Lula, qui est en prison. Les gens simples, le peuple, des gens par forcément du PT, savent que Haddad serait comme un fantoche de Lula. Et ne veulent plus de la corruption du PT. Beaucoup de personnes qui ne bénéficient pas des programmes sociaux (« Bolsa familia », « Bolsa gaz » … 8)Divers programmes sociaux implantés par le PT pour les classes les plus pauvres.) ont peu de raisons de voter pour le PT. Ce sont surtout les militants bien ancrés, qui ont le PT comme une religion. 

Bolsonaro c’est la conséquence de la colère que le peuple exprime vis-à-vis de la classe politique actuelle. A Rio Grande Do Sul on a renvoyé de 50 % des députés. Les personnes veulent d’autre têtes, ils veulent autre chose, que les politiciens classiques. »

 

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References   [ + ]

1. Partido Social Liberal.
2. Partido dos Trabalhadores d’où est issu l’ex-président Lula (2002-2010) et l’ex présidente destituée Dilma Rousseff (2010-2016).
3. Partido Do Movimento democrata Brasileiro. Parti allié du PT jusqu’en 2016. A cette date le vice-président Michel Temer, issu du PMDB, romps l’alliance avec le PT et devient suite à la destitution de Dima Roussef, l’actuel président du Brésil.
4. Vaste processus judiciaire de la Police Fédérale brésilienne menée par le juge Sergio Moro qui commence le 14 mars 2014 avec l’investigation de mouvements de fonds illicites d’une station essence de Curitiba (Etat du Paraná). De fil en aiguille le juge Moro remonte à la Petrobras et découvre un vaste mouvement de corruption, de surfacturation et de blanchiment d’argent impliquant le PT, le parti au pouvoir mais aussi d’autres partis. A ce jour plus de 1000 mandats d’arrêt ont été émis par le juge Moro en 55 phases opérationnels. C’est le plus gros scandale financier de toute l’histoire du Brésil.
5. Fondateur du PN (partido Novo) qui est arrivé cinquième dimanche 7/10 (avec 2,5%) et non quatrième (qui est Geraldo Alckmin du PSDB avec 4,8%).
6. Le 6 septembre 2018 un militant d’extrême gauche a poignardé le candidat Bolsonaro en pleine rue, ce qui a entrainé son retrait physique de la campagne. Et sa non-participation aux deux débats télévisés.
7. Partido Social Democrata do Brasil, appelé aussi “tucano” en raison de l’oiseau Toucan symbole du parti. Les « tucanos » furent au pouvoir 10 ans avec l’ex président Fernando Henrique Cardoso (FHC) de 1994 à 2002. Leur candidat qui depuis 1994 figure systématiquement au second tour est arrivé quatrième avec un score très faible de 4,8% des voix. Ce parti aussi a été éclaboussé par les révélations de affaires de corruption à grande échelle spécialement à São Paulo (surfacturation des travaux du Metro) et à Belo Horizonte.
8. Divers programmes sociaux implantés par le PT pour les classes les plus pauvres.
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