Home > Politique > « Vox populi… » Les mots du cardinal Zen sur les manifestations de Hong Kong

« Vox populi… » Les mots du cardinal Zen sur les manifestations de Hong Kong

Sur son blog personnel, le Cardinal Zen, ancien Evêque de Hong Kong, vient de se prononcer sur les manifestations. L’article répond à l’ouvrage à peine publié du père Peter Choy, directeur du séminaire de Hong Kong. Selon ce prélat, ils s’agit, au delà de logiques manichéennes ne pouvant que diviser la société déjà fragilisée, de chercher le respect et le dialogue qui seuls peuvent servir de fondement à une société juste et pacifique.

Dans sa réponse, le Cardinal Zen, celui-là même qui avait prêché les exercices spirituels de Carême au Vatican en 2008 et avait publié lors des accords du Saint Siège avec le parti communiste chinois une lettre ouverte remarquée, pleine de mesure mais aussi d’amertume, recentre ici le problème sur la nécessaire recherche de la vérité, préalable à tout dialogue. 

 

« Le Quotidien de l’éducation publique a publié la recension du chef-d’oeuvre du père Peter Choy Sortez de l’obscurité: reconnaissez-nous comme des frères et des sœurs. Je pense qu’il y a là quelque vérité, mais il y a aussi des angles morts. En ce moment où la société est divisée et où la nuit n’est pas passée, laissez-moi aussi me munir d’une chandelle et discuter avec le professeur Choy. Bien sûr, la vérité la plus importante que Jésus nous ait enseignée est que nous avons un Père au ciel, que nous sommes tous frères et sœurs, nous devons nous aimer. Mais le fondement de l’amour est la vérité, et la vérité consiste à connaître les faits. La vérité est la suivante:

(1) La situation à Hong Kong aujourd’hui est l’aboutissement d’une longue évolution : l’implantation à long terme de la tyrannie injuste, si bien que ce qui est récolté aujourd’hui est la colère du point d’ébullition. La tromperie, le mépris et les coups impitoyables, que ce soit du Parti communiste autocratique diabolique ou des esclaves égoïstes du gouvernement de Hong Kong, ont atteint un niveau insupportable, et exiger la confiance est une insulte à la sagesse du peuple !

(2) Le père Choy a déclaré: nous devons nous garder d’adopter une attitude extrême, faite de noir et de blanc. Ce n’est pas à cause de notre attitude extrême qu’ils vont nous plonger dans une nuit noire. Bien que le mouvement « Occupy Central » semble avoir échoué, les « trois fils » (Benny Tai Yiuting, Chan Kin-man, et Chu Yiu-ming) ont prouvé l’enracinement du peuple de Hong Kong dans la paix, la rationalité et la lutte contre la violence. Le gouvernement pense que nous sommes faibles et qu’il peut se servir des forces de police et des tribunaux pour poursuivre les personnes qui se battent pour le suffrage universel. Maintenant, ils pensent qu’il est temps d’utiliser l’ordonnance révisée sur « la transition des délinquants fugitifs » pour nous priver de l’unique liberté de parole et pour nous rendre esclaves du pouvoir.

(3) Carrie Lam est aussi fille de Dieu, nous devons l’aimer comme telle. Mais le véritable amour consiste à l’aider à se repentir et à gagner la vie éternelle. Mais non pas de lui donner l’occasion encore de se blesser et de blesser les autres. Elle n’ignore pas du tout la vraie nature de la situation, mais elle est trop confiante, arrogante, menteuse et tyrannique. Le dicton dit que le léopard ne peut pas changer ses taches, ainsi Carrie Lam ne peut-elle changer de nature, rabattre son orgueil tyrannique, qui ne peut que la blesser elle-même et nous nuire, nuire à la prochaine génération.

(4) Lui demander de retirer la loi perverse et lui demander de se retirer n’est pas nécessairement une solution. Le système pervers ne sera pas renversé en un jour et les gens ne se sentiront pas à l’aise en un jour. Cependant, le retrait de la loi perverse et sa démission peuvent contribuer à mettre sur les dents le gouvernement central, le rendre incapable de continuer à opprimer le peuple de Hong Kong, forçant la population au désespoir au point qu’elle choisisse un jour de lui tenir compagnie dans les abysses. J’espère qu’ils vont au moins nous laisser reprendre un peu souffle.

Devant ces faits, nos pasteurs ont la lourde responsabilité de diriger et de protéger le peuple de Dieu. Le Bon Pasteur a une houlette et un bâton (ps 22), la houlette guide le troupeau et un bâton sert à le protéger.

Le père Choy n’était pas à Hong Kong du 11 au 16 juin. Il ne peut pas ressentir l’âme et la souffrance de la population, en particulier des jeunes. Nous ne pouvons plus laisser cette sœur aveugle et sourde diriger la famille. Si une violence catastrophique se produit, comment pourronsnous en rendre compte au Seigneur ?

Ne disons-nous pas « vox populi vox Dei » ? Entendez-vous les gens chanter ? Le rugissement de deux millions de personnes n’est-il pas assez fort ?

Oserons-nous être, devant l’Histoire, un pécheur contre notre temps ? Je suis un pécheur, je n’oserais pas ajouter ce grand péché à de nombreux péchés ! Seigneur, aie pitié de nous !

Source

Vous aimerez aussi
Révolution au Liban : « L’élite pensait que nous étions trop stupides ou trop faibles… Les gens ont prouvé qu’ils sont intelligents et créatifs »
Le Chili au bord du chaos
Hong Kong – une interview récente du Cardinal Zen
“J’ai encore beaucoup de rêves à réaliser”– ou quand le bon génie Jack Ma quitte Alibaba