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Fabienne Verdier, l’énergie en peinture (2/3)

Pour Fabienne Verdier l’art est un engagement spirituel, dans ce troisième entretien, elle nous livre ses réflexions nées de sa pratique et de ses lectures ainsi que de la contemplation des peintres qui comptent pour elle.

 

Fabienne Verdier devant l’une de ses oeuvres, « Yuan : retour aux sources vives ». Source : Internet

 

Épisode 3 : Qu’est-ce que peindre ?

Peindre, dit-elle, c’est penser avec la matière, échanger avec la communauté, transmettre son expérience, partager. D’abord il y a la technique : il faut des pinceaux capables de retenir la peinture, par exemple les pinceaux en crins de queue de cheval de Mongolie :

« Je peins avec le bout de la queue du cheval. C’est cette énergie du bout de la queue du cheval qui permet de retrouver dans l’arrachée de la matière comme des fractales. »

« Lorsque tout à coup ce dynamisme qui naît de l’esprit du peintre, arrive à toucher les strates de l’inconscient ou du conscient de celui qui regarde, alors c’est un échange possible à plus haut sens et qui peut réjouir les êtres. »

Ces outils ont permis à Fabienne Verdier d’entreprendre de grands chantiers : la création de fresque au palais Torlonia à Rome et une œuvre monumentale de 13 m de haut pour la tour Majunga de la défense. Dans le même temps François Cheng prend contact avec elle et lui dépose des poèmes qui la ramène à l’écriture poétique chinoise.

« J’ai créé des outils pour agrandir le pinceau à la dimension humaine et voir si dans des plus grands formats je pouvais apporter quelque chose à cette peinture abstraite. Peindre à la verticale, en travaillant cette énergie en mouvement, cet écoulement. »

Ecouter ici le troisième entretien

 

Épisode 4 : Des voyages à la musique

Fabienne Verdier part pour Bruges, puis travaille pendant cinq ans sur les grandes œuvres des peintres flamands. Puis la musique entre dans son œuvre et la conduit à la Julliard School de New York.

 

Fabienne Verdier dans son atelier, à Hédouville, 2020 Crédits : Archives Fabienne Verdier

 

Déjà, Fabienne Verdier avait expérimenté l’Italie. Mais à Bruges, elle s’initie au travail des maîtres flamands, et crée pendant cinq ans un corpus qui leur rend hommage. Le triptyque de la vierge au chanoine Van der paele de Van Eyck, celui de Memling, Van der Goes et Van der Weyden, le diptyque de Marmion lui font découvrir le mystère des profondeurs des glacis de couleurs et la polyphonie de ces hymnes à la nature autant qu’à l’âme humaine.

« Pour la vierge au chanoine Van der Paele de Van Eyck, je me suis intéressée au Sedes sapientiae, ce trône de la vierge, qu’on appelle le trône de sagesse. J’ai senti dans cette structure comme un couloir de circulation entre le terrestre et le céleste. »

« Pour le chanoine Van der Paele, je me suis interrogée sur comment représenter cette figure de l’homme en prière dans une abstraction qui puisse être porteuse, et incarner quelque chose de puissant pour celui qui va se plonger dans le tableau. »

 

Sedes Sapientiae I d’après “La vierge au chanoine Van Der Paele” de Jan Van Eyck(1436), 2011 Crédits : ADAGP Paris 2019

 

Cette réflexion poétique la conduit à la musique dont nous écoutons un extrait avec l’œuvre de Dutilleux « ainsi la nuit ». Un nouveau champ d’exploration pictural pour l’artiste, pénétrée par la vibration des notes comme par celles des couleurs.

À la Julliard School de New York en 2017, elle suit un atelier musical où elle peint et filme en même temps la ligne picturale et sonore. Bernard Focroulle, directeur du festival d’Aix En Provence, et Bruno Ely, directeur du musée Granet la contacte pour une autre aventure avec un atelier nomade sur le territoire Cézannien. « J’avais proposé d’explorer cette captation simultanée, spontanée, de la ligne sonore et de la ligne peinte. »

 

Ecouter ici le quatrième entretien

 

Le site de Fabienne Verdier

Article et émissions tirés du site France culture. Source 

Cette série d’entretiens est produite par Jérôme Clément, réalisée par Christine Robert. Prise de son : Christophe Goudin. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner

 

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