Home > Fioretti > Le silence apprivoisé

Les rires éclatent et se répercutent sur les murs. Les cris retentissent bruyamment dans l’air. La joie vibre et se répand comme un chant puissant, chaleureux, inextinguible. La vie jaillit dans toute sa splendeur, éclaboussant chaque parcelle du temps qui s’écoule, insouciant.

 

Video : Point-Coeur de Roumanie confiné

 

Et soudain, le silence.

Surgi des voix qui se sont tues les unes après les autres,

il remplit de son anxieuse densité les lieux qui résonnaient hier encore.

Solitaire. Angoissé. Douloureux.

L’âme vide tend l’oreille, cherchant désespérément la plus infime aspérité à laquelle se retenir dans ce gouffre menaçant qui l’engloutit.

Elle lutte. Elle se démêle. Elle a peur.

Lorsqu’épuisée elle s’avoue vaincue et s’abandonne,

l’immensité obscure dans laquelle elle sombre s’éclaire imperceptiblement.

Une faible rai de lumière l’apparait et l’éblouit. Une flamme vacillante éclairant l’obscurité.

Une note à peine audible, aussi assourdissante que le tonnerre dans cette opacité muette.

 

Photo : © Hermine Pillet

 

Le silence était déjà là, depuis longtemps. Depuis toujours peut-être. Tapi dans les recoins d’une vie bruyante et effrénée, il attendait humblement qu’un cœur attentif daigne le remarquer. Mais les yeux, habitués à la lumière vive du dehors, ne pouvaient le distinguer dans la pénombre dont il s’était fait un abri. Maintenant que les voix se sont tues, il se révèle. Et pour peu qu’on accepte de l’écouter, il parle.

Son vide n’est qu’apparent. Il s’exprime, mais les mots qu’il emploie ne nous sont pas familiers. Il faut l’apprivoiser.

Il se lève avec l’aurore, éclairant d’un doux halo les chambres endormies, dissipant la torpeur de la nuit.

Il grandit entre les murmures et sa clarté se précise.

Il chuchote à travers la brise et son récit suit son cours, tout au long du jour,

à travers le frémissement léger des ombres et des lumières, des fleurs et des êtres.

Son appel devient puissant lorsque le chaud soleil à son zénith éclabousse l’obscurité du foyer de plaques étincelantes.

 

Photo : © Hermine Pillet

 

Habituée à ce silence, l’âme renaît et reprend vie, apaisée. Elle redécouvre la saveur du jour, plus intensément.

Elle décèle dans cette absence, une plénitude insoupçonnée.

L’apparente solitude n’est que la trace d’un manque, d’un amour plus profond.

La prime angoisse se révèle une réponse au besoin criant d’épaisseur.

La vive douleur incarne le désire pressant de hauteur, de majesté, d’élévation.

Le silence devient habitable. La soif a trouvé la source à laquelle s’abreuver. L’eau y est douce, claire, savoureuse.

Saveur accentuée par l’aridité du désert alentour.

Le silence devient repos où l’âme apaisée se délecte.

La lumière retombe doucement, rasant la terre courbatue et inondant d’une suave lumière le foyer retrouvé.

Et ce silence chargé de mélodies et de parfums s’élève vers le ciel tandis que le crépuscule s’allonge à l’horizon.

Quelque part dans l’obscurité, une petite flamme tremble et vacille,

heureuse du peu de clarté qu’elle diffuse parmi les ombres du soir.

La nuit désormais, ne lui fait plus peur.

« Silenziu d’amuri ca camini intr’a li vini,

Nun è pussibili staccarimi di tia » 1)Strophe tirée de la chanson « Silenzio d’amuri » – Arpeggiata . Voici les paroles de cette chanson : « Silence d’amour » Je t’ai aimée dès le berceau/Je t’ai donné de la douceur miette après miette/ Silence d’amour qui coule dans les veines/Il n’est possible de te quitter. /Ne pleurez pas vous, les oliviers :L’amour et la tendresse viennent de loin./Ma joie bien aimée, souffle de mon âme/Donne-moi ton coeur, je te donne ma vie./Ma pensée est vide et sans couleur/Et ce n’est que quand une mère oubliera son enfant/Que j’oublierai mon amour pour toi/Je t’aime, ma petite…Hirondelles, envolez-vous vers ma bien-aimée/Et chantez pour elle dans la vie et la mort./Semblable au monde entier est la campagne/Tu es la reine et moi le roi d’Espagne

 

References   [ + ]

1. Strophe tirée de la chanson « Silenzio d’amuri » – Arpeggiata . Voici les paroles de cette chanson : « Silence d’amour » Je t’ai aimée dès le berceau/Je t’ai donné de la douceur miette après miette/ Silence d’amour qui coule dans les veines/Il n’est possible de te quitter. /Ne pleurez pas vous, les oliviers :L’amour et la tendresse viennent de loin./Ma joie bien aimée, souffle de mon âme/Donne-moi ton coeur, je te donne ma vie./Ma pensée est vide et sans couleur/Et ce n’est que quand une mère oubliera son enfant/Que j’oublierai mon amour pour toi/Je t’aime, ma petite…Hirondelles, envolez-vous vers ma bien-aimée/Et chantez pour elle dans la vie et la mort./Semblable au monde entier est la campagne/Tu es la reine et moi le roi d’Espagne
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4 Commentaires

  1. Avatar
    Thibaut

    Merci Hermine pour ces images, pour ce silence, pour cette beauté cachée que tu nous révèles, je l’ai déjà regardée 3 fois !

  2. Avatar
    Aude G

    Magnifique ! Un grand Merci Hermine pour cette vidéo et ce texte si beaux. Cela donne le désir de suivre la lumière qui se pose sur la musique de toute chose….

  3. Avatar
    Anne

    Ok merci Hermine pour ce texte… nous ne savions pas que nous pouvions te retrouver ici. Et si nous sommes trop silencieux, nous pensons bien fort à toi. Mamie a fait suivre ta dernière newsletter et nous y avons répondu. Milles baisers

  4. Avatar
    Thomas

    Une œuvre pleine de promesse pour l’avenir. Hermine, mon petit doigt me dit que tu as un talent qu’il va te falloir creuser car ce sont des images d’une beauté très profonde qui éveillent le cœur en éduquant notre regard. Merci pour ce travail dont tu offres généreusement les fruits. Vivement la prochaine!