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La « Santé Reproductive » aux Philippines, les dangers de la nouvelle loi

de Séverine Dubois

Le 17 décembre dernier à Manille, après quinze ans de projet et deux années d’intenses débats, la loi sur la « Santé Reproductive » était adoptée par le parlement philippin. Malgré une importante opposition de l’Eglise philippine reprochant à cette loi d’aller « à l’encontre d’une culture de vie »[1], le président Aquino est parvenu à faire approuver le RH-Bill (Reproductive Health Bill) tout juste quelques jours avant Noël. Appelant à une Parentalité Responsable (Responsible Parenthood), le texte promeut notamment la mise en place d’une aide à la régulation des naissances, « le financement public obligatoire de tous les moyens de contraception, l’introduction de l’éducation sexuelle dans les écoles »[2]. Cette nouvelle politique de santé sera-t-elle une réelle avancée pour les Philippines, un des derniers pays au monde jusqu’alors défenseur de la vie et de la famille ?


© Points-Cœur

Le RH-Bill a été présenté comme une mesure pour le développement de la population et comme une solution au problème de la pauvreté aux Philippines. Il semble cependant qu’une formule erronée soit à la base de cette loi

contraception = moins d’enfants = moins de pauvres

Le raccourci semble douteux… Mais surtout, peut-on croire en une telle solution sans atteindre l’identité même du peuple philippin, sa véritable vocation, et la place prophétique qu’occupent les plus pauvres dans la société ? Quel modèle prend-on comme référence pour affirmer qu’avoir moins d’enfants rendra les gens plus heureux ? Est-ce donc dans le souci d’un réel développement économique et la recherche sincère d’une solution à la pauvreté croissante qu'une telle mesure trouve son origine ?

Une telle loi repose sur différents facteurs. Il y a d’une part les intérêts personnels et financiers des décideurs ainsi que la pression des laboratoires américains déjà chargés de la production des contraceptifs. Mais il y a aussi la propagation d'une mentalité matérialiste et hédoniste où l’enfant devient l’ennemi du confort, une entrave à la liberté, un poids dont on ne sait que faire. En ce sens, on peut se demander si une telle loi conduit à vrai progrès, à un véritable développement au sens humain du mot. Au contraire, le libre accès à la contraception, l’éducation sexuelle des enfants, le planning familial ne conduiront ni à une véritable éducation à la beauté du corps et à la grandeur de la sexualité, ni à une réduction de la pauvreté. Elle conduiront, puisque certains le revendiquent déjà, à un « satisfying sex »[3]. Le RH-Bill promet donc non pas la liberté mais un esclavage encore plus grand : un exercice de la sexualité où l'autre devient l'instrument de mon plaisir. Détachée de sa finalité, celle-ci est une nouvelle fois dénaturée.

Si L’Eglise se bat inlassablement pour promouvoir la vie et la dignité de la personne humaine en la replaçant toujours dans le plan de Dieu dès l’origine[4], c’est parce qu’elle a conscience que l’Homme est bien plus qu’un individu social, et un pays bien plus que son économie. Paul VI avec Humane Vitae, puis Jean-Paul II par ses catéchèses sur la Théologie du corps, ont cherché à redire à la société d’aujourd’hui, la vraie vocation de l’Homme, la valeur du corps humain et la place de la sexualité dans la vie, en soulignant son aspect sacré. Benoît XVI a souvent appelé à une « humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui permette une nouvelle manière de se comporter les uns avec les autres »[5]. Puisque c’est uniquement dans le don total et désintéressé de lui-même, que l’Homme devient pleinement Homme et trouve son véritable bonheur, on peut penser qu’une telle loi au lieu de le servir, le détachera de sa vocation. Eloignant l’homme de la vie, elle l’éloignera de Dieu. Elle laissera pénétrer sournoisement le dard de la désespérance pourtant encore si peu présente dans ce pays. On sait aussi qu’elle aboutira rapidement à « l’autorisation de l’avortement, à ce jour interdit par la Constitution du pays »[6]. Alors, de la culture de vie, fierté du peuple philippin, c’est à cette culture de mort, tant de fois dénoncée par le précédent pape, que conduira le RH-Bill.

Sans la ferme certitude de la présence d’un Dieu Créateur qui a confié à l’Homme la vie par amour, ces oppositions de l’Eglise seront donc toujours jugées réfractaires et conservatrices. Et cependant, elle ne peut être que réfractaire à une culture de mort, et pour une ouverture confiante et généreuse en la vie. Ate Maria, mère de cinq enfants témoigne : « Je suis encore enceinte et le RH-Bill veut m’empêcher d’avoir ce nouvel enfant. Cet enfant, moi je le veux. Nous les pauvres, nous sommes sans argent, mais ouverts à la vie ». Alors, que l’adoption de cette loi qui a tout pour aboutir à une culture de mort, soit une provocation à nous poser au moins sincèrement les vraies questions sur la vie, celles qui donnent sens à l’existence : Qui suis-je ? Pour quoi suis-je fait ? Quelle est la signification de mon corps ? osant comme cette femme de Navotas[7], rendre grâce toujours et encore pour la présence des enfants et le don de la vie.

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3 Commentaires

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    "Au dessus du pape, il y a la conscience", dit Josef Ratzinger. Des lors que les consciences sont éclairées, je crois qu'il faut faire confiance aux baptisés pour discerner ce qui est le meilleur pour le couple et la famille.

  2. S'il est toujours crucial de sans cesse rappeller l'idéal chrétien, il y a parfois aussi le poids du principe de réalité: quand des prostitués refusent l'utilisation de préservatifs par soucis de conformité à l'église, il arrive qu'elles se retrouvent enceintes et séropositives…