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Soins palliatifs : suivre Celui qui a vaincu la mort

Olivier Piveteau   13 août 2013
Temps de lecture 2 mn

L’Institut Jeanne Garnier est un établissement de soins palliatifs, c’est-à-dire qu’il accueille des patients en fin de vie. Ils y reçoivent des soins visant à rendre leur fin de vie la plus confortable possible (changement quotidien des draps, toilettes, soins de bouche, etc.), et sont accompagnés par les équipes soignantes, des psychologues, des aumôniers, et souvent par leur famille. L’Institut est divisé en six services, contenant chacun une quinzaine de chambres, et dans chacune de ces chambres un homme ou une femme avec toute son histoire.


© Points-Cœur

Cet après-midi, ma collègue et moi-même (nous sommes tous deux aides-soignants), nous nous occupons de Henri[1]. Henri avait des fonctions dans l’Eglise, et s’il avait travaillé en entreprise on l’aurait sans doute appelé Boss, ou Chef. On ne dira pas quelles responsabilités il avait, ni son nom, ni la date, à cause du secret médical, et le secret, c’est important.

Henri, donc, est en fin de vie. C’est arrivé à beaucoup de gens avant nous et ça nous arrivera à tous. C’est pour ça qu’il y a des endroits comme Jeanne Garnier, et c’est aussi pour ça qu’il y a des gens comme ceux qui y travaillent.

On pourrait parler de la fin de vie. Il faut en parler. Il faut parler de la souffrance, de l’isolement, de la maladie. Et aussi du combat contre la maladie, de la vie et de son sens. Il faut parler de l’Homme quoi. Surtout maintenant. Mais il y aurait beaucoup de gens qui le feront mieux que moi, alors on va parler de Henri aujourd’hui.

Alors Henri est, comme tout patient, allongé dans un lit. Il a mal.
Très mal.
Et souvent il est confus : il oublie où il est, qui sont les soignants, et ce qu’ils font là.

Mais ma collègue et moi sommes des privilégiés : aujourd’hui Henri n’est pas confus. Alors nous discutons. Henri a vécu dans un certain nombre de pays un peu partout sur Terre. Il parle 4 langues et se débrouille dans encore quelques-unes en plus (c’est ce qu’il dit, mais je le soupçonne d’être humble).
Mais surtout, Henri rayonne. Henri sourit et nous parle. Henri est au soir de sa vie, il le sait, et il ne semble pas craindre le grand inconnu.

Dieu peut-il réellement ne pas exister si un homme mourant sourit ainsi ?

Ma collègue n’est pas croyante et lui pose beaucoup de questions sur lui, et donc sur la Foi. Il répond. Henri nous parle de Son Amour, pour lequel il a tout donné, qui l’a comblé, et qui le comble aujourd’hui encore, qui explique toute sa vie. Sa mission, ses responsabilités, son célibat. Et peut-être aussi sa joie et sa force.

Plus tard, alors que nous enregistrons sur un ordinateur que Henri va bien aujourd’hui (ça se note avec des chiffres sur un logiciel fait pour), elle m’interroge : « T’es catho, toi ? ».

« Va et fais ce que tu voudrais avoir fait à l’heure de ta mort », nous dit un cérémonial scout. Jamais cet impératif n’a pu me paraître plus essentiel (et plus urgent) qu’après la rencontre d’un homme qui a fait ce qu’il a voulu faire, à l’heure de sa mort.


[1] Le prénom a été changé

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