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L’inégalité, c’est maintenant

 Derrière le rejet du centralisme européen et le vote sanction, on peut espérer que le vote plus symbolique que politique du 25 mai marque une prise de distance par rapport aux idéologies et aux principes égalitaires imposés par Bruxelles.

Le Père Schmemann, ami de Soljenitsyne et professeur à l’université Columbia de New York, dénonce la culture contemporaine qui impose un « lasso de principes sur notre conscience, sur notre expérience originelle », principes qui ne « découlent d’aucune expérience » mais de l’idéologie relativiste d’aujourd’hui : « tous les hommes sont égaux », « toute limitation est oppressive », « la différence est une discrimination »…

Le Père Schmemann dénonce les prémisses spirituelles de ces  principes abstraits : « Le plus grand mensonge qui soit est ce principe de "comparaison", fondement du pathos de l’égalité. On n’obtient jamais rien par la comparaison, elle est source de mal, c’est-à-dire de jalousie, (pourquoi je ne suis pas comme lui), puis de méchanceté, et enfin de révolte et de division. (…) Et comme la comparaison débouche mathématiquement toujours sur l’expérience, sur la prise de conscience de l’inégalité, elle conduit inéluctablement à la protestation. L’égalité s’affirme comme une interdiction absolue des différences : mais dans la mesure où ces différences sont présentes, elle appelle à la lutte contre ces dernières, à une égalisation sans merci et, pire encore, à leur négation en tant qu’essence même de l’existence. La "personne", homme ou femme peu importe, qui aspire à l’égalité est déjà, au fond, vidée de son être : elle est "impersonnelle", car l’élément "personnel" en elle constituait justement ce qui la différenciait d’autrui et qui n’était pas inféodé à la loi absurde de "l’égalité".

Au principe absurde de "l’égalité", le christianisme oppose l’amour, dont l’essence est justement dans l’absence totale de comparaison. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas et ne peut y avoir au monde d’égalité, car le monde est engendré par l’amour et non par des principes. Rien, nous le savons, n’anéantit autant l’amour, ne lui substitue autant de haine que, précisément, cette égalité, constamment imposée au monde, comme but et comme "valeur".

Or c’est dans l’amour, et dans lui seul, qu’est enracinée la dualité de l’être, en tant qu’homme et femme. Ce n’est pas une erreur, un préjudice, un accident, que l’humanité corrigera par "l’égalité" – c’est l’expression primordiale, ontologique de l’essence même de la vie. C’est l’accomplissement de la personne qui se réalise dans le don de soi, c’est la "loi" qui est transcendée, c’est là que prend fin l’auto-affirmation de l’homme en tant qu’homme et de la femme en tant que femme, etc.

Tout cela signifie donc qu’il n’existe aucune égalité, mais qu’il y a une différence ontologique, qui rend possible l’amour, c’est-à-dire l’unité et non "l’égalité". L’égalité présuppose la multiplicité "d’égaux", et cette multiplicité n’est jamais transmuable en unité, car tout le fondement de l’égalité réside dans la protection zélée qui lui est accordée. Dans l’unité, la différence n’est pas anéantie mais devient elle-même unité, vie, acte créateur…

Les "principes" masculin et féminin son co-naturels au monde, mais seul l’homme les transmue en famille. La culture nourrit de la haine envers la famille, parce que celle-ci démasque le mal induit par "l’égalité". » (Alexandre Schmemann, Journal)

On peut espérer que le « séisme » du 25 mai permette d’ébranler ces « principes » erronés. Tant que les chrétiens acceptent tacitement ces principes, les combats courageux de la « Manif pour tous » ou plus récemment de « One of us », de même que les efforts pour sauvegarder quelques bribes de subsidiarité pour l’école ou la souveraineté nationale seront balayés par la logique juridique et idéologique « égalitaire ».

Sans s’illusionner sur les pouvoirs du parlement européen, le signe d’espérance de ces élections est que plusieurs vainqueurs avaient fait campagne contre cet « égalitarisme », qu’il se manifeste comme un frein économique (AfD en Allemagne – 7 %), une perte de souveraineté politique (UKIP anglais 27%), une perte d’identité (FN en France ou le parti populaire danois qui obtiennent les deux 26% des voix).

Alexis R.

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2 Commentaires

  1. Thomas

    Merci pour ce bel article. ça fait un bien fou de plonger dans le regard d’un homme intelligent, c’est comme si nous montions en quelques secondes au sommet d’une montagne pour y découvrir un point de vue inattendu et du coup plein d’espérance au milieu d’une presse réductrice et désespérante. Voix d’un crieur dans le désert! Muchísimas gracias!

  2. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Le Père Schmemann est mort il y a 30 ans et je ne sais ce qu’il pensait du projet européen. Ce que je constate, c’est que les jeunes générations ne semblent plus sensibles au grand dessein des pères de l’Europe: construire une paix durable entre des nations qui se sont combattu pendant des siècles et plus particulièrement pendant les deux guerres mondiales. Les jeunes ont-ils conscience que ce projet d’unification entre des pays consentants est unique au monde ? La paix leur semble un acquis , elle est normale, elle est un dû. Et pourtant le conflit yougoslave, qui n’est pas si loin, et l’instabilité ukrainienne sont des soubresauts issus de ces conflits et devraient nous rappeler que la paix n’est jamais acquise. Réduire l’Union Européenne au « centralisme » bruxellois -sur quoi s’exerce-t-il donc ? – et à quelques motions exaltées de parlementaires européens en mal d’occupations plus nobles sur des sujets sociétaux me semble très réducteur . Je conçois qu’il faut réexpliquer l’Europe. Dire que la France ne pèse plus grand chose dans le monde. Qu’il faut une défense européenne, une politique étrangère commune, une monnaie et un budget commun pour exister. Qu’il n’y ait actuellement aucun leader européen d’envergure, c’est un fait: chacun gère sa boutique et les souverainistes de tout poil occupent l’espace laissé vacant. Peut-être le jeune chef du gouvernement italien, Mateo Renzi, augure-t-il l’arrivée d’une nouvelle génération qui portera le projet européen.